Littérature juive

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Littérature juive  - Page 2 Empty La colline du mauvais conseil, Amos Oz

Message  Kashima le Mar 26 Aoû 2014 - 15:08

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Ce livre rassemble trois histoires qui se situent toutes en 1947, après la Seconde guerre mondiale et l'Holocauste et tandis que l'Etat d'Israël n'est pas encore né. La Palestine est sous mandat britannique.
La première histoire, "La Colline du mauvais conseil", raconte la vie d'un Juif, vétérinaire qui rêve de construire une belle ferme prospère, marié à une femme qui l'abandonnera lors d'un bal. Cette nouvelle a un goût de Vice-Consul de Duras.
Dans "Monsieur Lévy", le jeune Uri fréquente de très près le voisin Efraïm qui fait partie du mouvement clandestin visant à chasser les Anglais de Palestine. Il rêve de participer à la guerre, voudrait découvrir l'arme qui permettra de vaincre. Il est un enfant à part, que beaucoup traitent de fou. On le retrouve dans la dernière histoire, "Nostalgie", où le docteur Nissembaum, atteint d'une maladie incurable, écrit des lettres à une femme qu'il aime et qui l'a quittée pour partir à New-York. Uri est comme son enfant.

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“Un jour, il lui promit de l’aimer pour l’éternité. Et en ce temps-là, l’éternité lui semblait un royaume circulaire baigné de lumière douce, parfaitement imaginable.”
— La Colline du mauvais conseil, Amos Oz

“Non, la mort des cavaliers n’est pas éternelle, ils renaissent dans la force limpide d’une larme.”
— La Colline du mauvais conseil, Amos Oz

“Je me souviens. Il faut continuer à attendre. Le passé est mort. Un jour nouveau commence.”

La Colline du mauvais conseil, Amos Oz
"Nostalgie"

“Quand la bêtise règne partout, la moindre conversation intéressante fait figure d’événement.”

La Colline du mauvais conseil, Amos Oz
"Nostalgie"

“Si je ne me sers pas du mot culpabilité, c’est parce que tu ne peux être responsable de tes actes, quand tu apparais la nuit dans mes rêves. Mais peut-être que finalement tu y es pour quelque chose.”
— La Colline du mauvais conseil, Amos Oz
“Nostalgie”

Les trois histoires se passent dans le même village et les mêmes personnages reviennent sous un angle différent.
Comme pour l'autre livre d'Amos Oz que j'avais lu (Ailleurs peut-être), j'ai aimé mais n'ai pas été passionnée. pourtant, le sujet m'intéresse beaucoup (l'occupation anglaise, l'armée secrète juive, les années qui précèdent la naissance d'Israël, le sionisme...) Il y a un certain flou qui ne m'accapare pas assez.
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Littérature juive  - Page 2 Empty Edgar Hilsenrath

Message  Kashima le Sam 29 Aoû 2015 - 11:32

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Première lecture de cet auteur : Le Nazi et le Barbier. Époustouflant.
Max Schulz est élevé dans la même rue d'une ville allemande que son camarade juif Itzig Finkelstein mais on comprend très vite, dès les premières lignes, que du côté Schulz, ce n'est pas très reluisant : il a cinq pères potentiels ; sa mère est une obèse qui s'installe avec un piètre coiffeur, envieux, détestable, qui frappe et viole l'enfant. Misère sociale, alors qu'en face, les Finkelstein reçoivent une clientèle raffinée. Max est très ami avec Itzig, va même jusqu'à devenir apprenti coiffeur chez les Finkenlstein, apprenant les prières juives, les rites de la famille... Et puis, Hitler arrive au pouvoir et Max Schulz s'engouffre sans hésiter dans la brèche, devient SS et part au front, assassine les Juifs sans se poser une seule question.
Difficile de résumer ce roman qui foisonne, dans lequel on rencontre des personnages aussi intéressants les uns que les autres. Ce qu'on peut dire, c'est que, revenu de la guerre, Max va devoir se faire discret. Lui qui a assassiné lui même les Finkelstein (du moins, c'est ce qu'il imagine car la particularité de Max est d'avoir une imagination débordante...) va se faire passer pour son défunt ami Itzig. Par chance, il est laid, a des yeux de grenouille et une "tête de juif" (alors qu'Itzig était beau et blond et qu'on les avait toujours confondu enfant, le Juif ne pouvant être que cette affreuse créature). En usurpant son identité, Max/Itzig se fait circoncire, tatouer un numéro de déporté. On n'assiste pas aux aventures d'un homme sadique, qui cache encore ses instincts nazis derrière un faux nom, mais vraiment à la transformation d'un homme qui se croit vraiment juif, qui suit le destin du peuple élu jusqu'à se retrouver en Terre Promise, pendant la grande période de migration qui a suivi la Seconde Guerre Mondiale. Une sorte de rédemption involontaire?
D'une partie à l'autre, on parcourt cette période de l'histoire en compagnie d'un fou, le génocidaire devenu juif.
C'est amusant, l'écriture est légère, vivante, et ça se dévore.
Superbe fin (et je me demandais bien comment il allait terminer le livre. Beau, poétique... et désespérant.

"Des années durant, j'avais engueulé le ciel. Et à chaque fois le ciel m'avait obéi. Et là, tout à coup, ça ne marchait plus. Le ciel ne m'obéissait plus."

"Oui. La vie est cruelle, chère Madame Holle. Même les oiseaux de l'été en bavent."

"Un antisémite, c'est comme un cancéreux. À un stade trop avancé, ça ne sert à rien d'opérer."

"Mais à première vue ne veut pas dire à deuxième vue. C'est comme en amour. Il faut être sûr de son coup."
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Littérature juive  - Page 2 Empty Un été à Jérusalem, Chochana Boukhobza

Message  Kashima le Mer 17 Aoû 2016 - 10:02

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Je me réjouissais de passer un été à Jérusalem, persuadée de découvrir l'histoire d'une jeune fille d'origine tunisienne, sioniste, qui pousse ses parents à faire leur alya et dont les illusions se brisent peu à peu.
La narratrice revient donc, après trois ans d'absence, en Israël où elle a laissé ses parents et ses frères pour retourner en France.
Au début, le retour, la redécouverte de la ville, l'apparition des personnages comme le père un peu bourru et la mère soumise à son rôle de femme au foyer, m'ont intéressée. Puis j'ai attendu que ce livre prenne la profondeur que j'attendais : on est quand même en pleine guerre du Liban (1986) ; le contexte politique est lourd... Malheureusement, on sent une certaine rancoeur de la narratrice contre Israël, mais on ne revient pas sur ses espoirs d'autrefois. On ne fait que croiser les personnages de sa vie (la grand-mère mourante, le meilleur ami) et l'ennui m'a gagné au milieu du livre que j'ai abandonné...
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Littérature juive  - Page 2 Empty L'espoir, cette tragédie - Shalom Auslander

Message  Kashima le Dim 23 Juil 2017 - 12:15

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Littérature juive  - Page 2 Empty L'espoir, cette tragédie - Shalom Auslander

Message  Kashima le Mer 13 Sep 2017 - 14:03

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Shalom Auslander, L’espoir, cette tragédie : Une Anne Frank au plafond

La rédaction 12/09/2017


Solomon Kugel consulte régulièrement Jovia, conseiller et mentor qui, comme son nom ne l’indique pas, lui inculque l’idée que tout espoir est nocif et que seuls les optimistes sont dangereux. Solomon vit avec sa femme Bree, son fils Jonas et pense que l’avoir mis au monde est un crime. Il regrette de ne pas avoir eu le courage de lui taper la tête contre un mur pour le rendre idiot, les idiots étant plus heureux que les autres dans ce monde ; sa nouvelle maison menace à tout instant de disparaître dans les flammes car un pyromane s’amuse à incendier les anciennes fermes ; il loue une chambre à un locataire désagréable qui réclame une place pour ses affaires dans le grenier et, pour couronner le tout, il héberge sa mère qui n’a plus que quinze jours à vivre, comme le dit le docteur depuis plus de six mois. Mais une chose improbable va venir contrarier encore davantage sa vie : il découvre au grenier, cachée sous des cartons et dans la crasse, une vieille femme qui affirme qu’elle est Anne Frank et l’auteur d’un best-seller qui s’est vendu à 32 millions d’exemplaires !

Solomon songe d’abord à s’en débarrasser en la dénonçant à la police, mais de la part d’un juif, ce serait une honte, se dit-il. Il téléphone au centre Simon Wiesenthal, mais on lui raccroche au nez quand il explique qu’Anne Frank vit sous son toit. Comment est-ce possible ? Devient-il fou ? Il espère qu’elle va mourir, lui fait des doigts d’honneur en douce quand il est dans le jardin. Pourtant, il lui fait des courses, commande des matsot et du bortsch sur Amazon pour la satisfaire. S’il lui apporte du pain d’Ezéchiel, elle le lui balance à la figure ! C’est une vieille sorcière acariâtre : elle fait des caprices, n’est jamais reconnaissante, parle sèchement à son hôte. Jusque-là, elle s’est nourrie d’écureuils et de chats assassinés. Depuis soixante ans, elle vit dans des greniers, attelée à l’écriture de son roman.

Solomon Kugel est un anti-héros, maladif, allergique au gluten, plaintif et qui subit tout ce qui lui arrive. Élevé dans la mémoire de la Shoah, il est aux prises avec une mère envahissante qui ne cesse de déplorer la nouvelle catastrophe à venir et qui, depuis qu’il est enfant, lui raconte l’horreur de la déportation. Elle lui présente chaque soir un membre de sa famille : le grand-père abat-jour, l’arrière-grand-mère savonnette, bien que l’enfant s’étonne que sous la lampe soit écrit « made in Taïwan » ou que le savon s’appelle « Bergamote » :

« Ils n’allaient pas écrire made in Auschwitz ! » s’offusque alors la mère.

« Kugel avait développé une peur phobique des objets inanimés. Puisqu’un abat-jour se révélait être son grand-père, se pourrait-il que le canapé soir son cousin ? Et l’ottomane sa tante ? L’armoire le regardait d’un sale œil, il en était sûr. » (p.85).

Lourd de ce passé, il apprend un jour à l’école que sa mère est née en 1945 et qu’elle a n’a pas du tout été une victime directe du génocide. Tout cela est dit avec une grande désinvolture et beaucoup d’humour !

L’auteur, Shalom Auslander, est américain. Il a grandi dans un milieu juif orthodoxe et a témoigné de cette éducation dans Les lamentations du prépuce. Après un recueil de nouvelles, il publie L’espoir, cette tragédie, considéré comme son premier roman. Il dit écrire pour se faire rire lui-même, sans chercher à être provocant, et ses blagues tournent souvent autour de la mort et de Dieu. Le roman, surtout la première moitié, est très drôle ! La conversation de plus en plus absurde entre Kugel et sa femme Bree, à propos d’Anne Frank, fait beaucoup rire :

« Si je trouvais Elie Wiesel sous le lit en faisant le ménage dans la chambre d’amis, tu ne le mettrais pas dehors ?

— (…) Non. (…) C’est Elie Wiesel, chérie.

— Donc, si Simon Wiesenthal s’installe dans la sèche-linge, tu ne vas pas lui dire de s’en aller ?

— Il est mort, chérie.

— C’est une hypothèse. (…) Et Soljenitsyne, alors ? Imaginons qu’on s’apprête à sortir pour aller dîner, je prends une douche, j’ouvre la penderie pour choisir une robe et là, qui je trouve, Alexandre Soljenitsyne assis par terre. Il a le droit de rester, lui ? »

Comme il lui répond que lui, non, Bree s’exclame :

« Il était au goulag ! (…) Donc, tu n’accueilles que des rescapés de l’Holocauste, exclusivement ? » (p. 1521-152)

Sous la plume de Shalom Auslander, on rit à des plaisanteries très limites. Il ose faire dire à Anne Frank, par exemple, qu’elle est « Miss Holocauste 1945 » ou bien, lors d’une halte à Berlin autrefois, sa mère a voulu lui faire visiter des camps de la mort, mais elle n’a pu aller qu’à Sachsenhausen, à contrecœur. Comme Solomon est malade à cause du gluten, allergie qu’il ignore encore, elle lui dit, après la visite :

« J’espère que tu es satisfait. Tu m’as gâché tout le camp de concentration. Tu entends ? Tu as tout gâché. » (p.220)

Shalom Auslander dit n’être pas pratiquant, mais rester « douloureusement, fatalement, incurablement, pathétiquement religieux. » Ce questionnement sur Dieu et sur le sens de la vie tient une place très importante dans ce livre qui, sous l’apparence d’une vaste blague, aborde des sujets graves. Malheureusement, le roman s’enlise un peu par la suite, et les ressorts comiques sont moins nombreux, les situations se répètent. Mais on garde à l’esprit que l’audace de Shalom Auslander n’est pas permise à tout le monde et que ce qu’il tient entre les mains est explosif.

Céline Maltère

Shalom Auslander, L’espoir, cette tragédie, Shalom Auslanfer, 10/18, 2014, 8€40


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Littérature juive  - Page 2 Empty Chère Anne, Judith Katzir

Message  Kashima le Dim 8 Oct 2017 - 14:02

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J'ai aimé ce livre, mais je l'ai trouvé trop "longuet". L'auteur pouvait éviter de raconter des détails sans importance, qui ralentissent l'histoire et l'éloignent du fil conducteur.
J'ai trouvé gênant aussi l'idée suivante : être lesbienne semble une tare. La bisexualité et l'hétérosexualité sont bien plus honorables... Bof. On dirait qu'une femme ne peut pas s'accomplir si elle n'a pas de mari et d'enfants... Rebof.
Sinon, jolie histoire qui se lit avec plaisir et qui nous fait voyager en Israël.
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Littérature juive  - Page 2 Empty Celui qui voit sans être vu, Isaac Bashevis Singer

Message  Kashima le Dim 25 Fév 2018 - 10:09

Dans cette nouvelle, Nathan Josefover a la soixantaine. Il est marié depuis cinquante ans à une femme avec qui il s'entend à merveille : tous deux adorent manger ; ils s'accordent dans toutes les choses du quotidien.
Mais le narrateur est le Malin : il va tenter Nathan en envoyant chez lui une jeune et belle servante, Shifra Zirel. Alors que sa femme a dû partir au chevet d'une soeur malade, il résiste comme il peut à la tentation. La jeune fille n'acceptera de céder que s'il divorce de sa femme. Comme il n'a pas le courage de le faire ouvertement, il place les papiers du divorce dans la poche de l'épouse et s'enfuit avec sa maîtresse.
Or Shifra est une prostituée qui, après une nuit d'amour, dépouille Nathan de tous ses biens. Errant, sans le sou, il revient chez lui. Mais depuis, sa femme s'est remariée. Il y a une grosse ellipse dans le livre : on ne sait rien des retrouvailles, d'éventuels reproches. Au contraire, on voit Roise l'accueillir à bras ouverts et le cacher dans une cabane à côté de la maison où elle vient, à l'insu de son nouveau mari avec qui elle ne s’entend pas, s'occuper de lui et retrouver ce qu'ils partageaient ensemble. Il devient alors, du haut de ce grenier, "celui qui voit sans être vu", le débauché, qui peut suivre à travers la fenêtre la vie de tous les autres sans vraiment vivre lui-même.

C'est une jolie fable, avec des personnages encore une fois bien campés. On adore lire les choses sur la culture ashkénaze sous la plume de ce conteur, s'imprégner des coutumes et vivre dans ces villages hors du temps.
Cette nouvelle fait partie d'un recueil cité plus haut.

"Eloul ou pas Eloul, une femme est une femme et si vous ne profitez pas de celle-ci dans ce monde, il sera trop tard dans l'autre."

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Littérature juive  - Page 2 Empty Évacuation, Raphaël Jerusalmy

Message  Kashima le Mar 19 Juin 2018 - 20:14

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J'ai aimé, dans ce livre, les petits panneaux routiers écrits en hébreu, qui nous font partir du kibboutz d'Ein Harod pour aller à Tel-Aviv ; le présent et le passé récent qui s'entrecroisent; et surtout cet hymne à Tel-Aviv, l'impression d'être dans ses rues, sur ses plages, de voir au loin la silhouette de Jaffa.
Par hasard, j'ai lu ce livre après Le Troisième Temple de Yishaï Sarid (voir article du Salon littéraire, dystopie qui nous raconte comment un nouveau roi d'Israël tente de réunifier son peuple en rebâtissant le troisième Temple, tant espéré des Juifs). Dans le roman de Raphaël Jerusalmy, on est aussi dans un futur effrayant, mais tout aussi probable : Tel-Aviv est bombardée par les Arabes, l'évacuation est ordonnée. Or, trois personnages vont se refuser à obéir et se cacher dans la ville déserte : Naor, sa petite amie Yaël et son grand-père maternel, Saba.
Sur la route qui le mène à Tel-Aviv, pour un enterrement comme le lecteur le suppose, Naor raconte à sa mère cette aventure peu ordinaire.
La petite carte à la fin du roman est bienvenue, et on aurait même aimé un petit plan de la Ville qui ne dort jamais...
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Littérature juive  - Page 2 Empty Le Troisième Temple, Yishaï Sarid

Message  Kashima le Jeu 2 Aoû 2018 - 14:20

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Le Troisième Temple, Yishaï Sarid


« La première bombe est tombée sur la ville de Haïfa et l’a effacée, elle a mis le feu aux raffineries qui se sont embrasées comme une boule de feu jusqu’au nord. La deuxième est tombée deux minutes plus tard sur Tel-Aviv, à cent mètres du bâtiment qui abrite le QG de l’armée. » (p.45)

La Vaporisation a eu lieu : les Amalécites, ennemis d’Israël, sont parvenus à pulvériser les villes côtières. Yehoaz, le père du narrateur, parvient miraculeusement à Jérusalem et organise de là-bas la riposte : il fait sauter les mosquées du Mont-du-Temple, déterre l’Arche d’Alliance enfouie sous les fondations, et fait rebâtir le troisième Temple, tant espéré par le peuple juif après la destruction des deux premiers par le Babylonien Nabuchodonosor (587 av. JC) et Titus, le Romain (70 ap. JC). Les survivants de notre siècle s’agrègent autour de la religion primitive restaurée et tentent de résister aux attaques de l’ennemi. Leur nouveau roi clame :

« L’heure n’est plus à la retenue, au silence, à l’attente. Soyons forts et courageux. (…). Ils fêtent la destruction de nos villes mais ne comprennent pas que c’est d’ici que viendra la libération totale. (…) Ne nous laissons plus mener comme des bêtes à l’abattoir. Formons ensemble un poing d’acier. » (p.48)

Yehoaz a rétabli les rites anciens : les habitants d’Israël vivent comme au temps du sanhédrin (assemblée politique et religieuse présidée par un grand prêtre). Ils prient et font leurs offrandes. On juge les renégats, ceux qui, autrefois à Tel-Aviv, incitaient les gens à s’éloigner de la religion ; on lapide, on surveille, on sacrifie pour que règne la loi divine. La Torah s’exerce à la lettre. Tous les jours, les murs de l’autel sont aspergés de sang pour l’expiation : l’agneau, le taureau, le grand cerf meurent lentement sous nos yeux et implorent… C’est Jonathan, prêtre et fils du roi Yehoaz, qui égorge les bêtes bien qu’il en ait horreur :

« Mais moi, depuis le jour où j’ai sacrifié mon premier animal et où j’ai vu dans ses yeux une tristesse infinie tandis qu’il rendait son dernier souffle, je n’ai plus mangé de viande. » (p.56)

Ce fils, qu’un éclat de bombe a rendu infirme, est la voix du récit. Il parle au lecteur du fond d’une prison amalécite, racontant ce dont il a été témoin depuis la reconstruction du Temple.
Malgré tous les efforts de son roi, souvent absent parce qu’il se bat sur le front, le peuple voit la situation économique se dégrader et la misère s’installer. Jonathan reçoit la visite d’un homme à visage d’oiseau : son père Yehoaz doit abdiquer pour le bien du pays ! Mais comme il n’ose pas lui répéter les paroles de l’ange, des phénomènes étranges se manifestent dans le royaume : souillure atroce, un porc brûle sur le bûcher du Temple ; des chants amalécites, des « Allah akbar » s’élèvent durant la cérémonie ; un bélier, sur le point d’être sacrifié, se met à parler à Jonathan et à lui réciter le « Shema Israel »…
Le royaume survivra-t-il, abandonné de tous et renfermé dans cette nouvelle orthodoxie ?

Le Troisième Temple (HaChlichi en hébreu) est une dystopie ; mais il s’appuie sur des faits actuels et réels, une haine d’Israël injuste et trop palpable. Le lecteur a l’impression d’assister à une révélation : les Amalécites, à qui l’on donnera le nom qu’on voudra, sont soutenus sans faillir par la terre entière à coups de menaces, d’embargos et de boycotts, ce qui fait écrire à Jonathan, dans son cachot :

« La fausse pitié du monde s’est vite dissipée, la haine d’Israël inscrite dans l’âme des nations a de nouveau explosé comme du pus. » (p.50)

On accuse Israël de toutes les fautes ; on soutient les Amalécites et on justifie le pire sans s’émouvoir de la Vaporisation des villes, de l’assassinat des hommes, des femmes et des enfants juifs. Retranché à Jérusalem, Yehoaz, nouveau David, est un chef de guerre : il reconquiert des villages, consolide les frontières. Il apparaît aussi comme un autre Abraham, d’autant plus qu’il est question dans le roman du sacrifice du fils.
Le Troisième Temple est passionnant et glaçant. Bien écrit, il est le prolongement de l’ignorance des peuples d’aujourd’hui. Amalek assassine et lance des missiles, mais sur le fronton des nations haineuses, ce n’est pas son nom qui est inscrit comme coupable.

Yishaï Sarid nous projette dans un avenir proche, à l’atmosphère antique. Il donne le nom biblique d’« Amalek » à l’adversaire séculaire, celui qui attaqua jadis les Hébreux dans le désert du Sinaï après l’Exode d’Égypte. Avec angoisse, le lecteur devine dans le traitement de l’actualité les prémices de cette dystopie ; et quoiqu’aucune date ne soit donnée, les faits semblent très probables : on ne tremble pas à cause du virage extrême que prend le peuple d’Israël, mais à cause de la surdité des pays du monde entier et de leur fourvoiement perpétuel.
Cette uchronie (« Et si les plus grandes villes d’Israël étaient atomisées, que se passerait-il ?) a le goût d’une sombre réalité. Sans justifier les réactions jusqu’au-boutistes (le sang versé, la justice impitoyable qui s’exerce en vase clos, l’intransigeance religieuse…), l’auteur fait comprendre que ce glissement vers la lettre du Livre se développe sous la contrainte, que c’était le seul moyen pour les Juifs de résister : n’entend-on pas régulièrement certains ennemis héréditaires d’Israël déclarer qu’ils veulent la rayer de la carte, sans que le monde s’en offusque vraiment ? Face à cela, faut-il céder et se laisser tuer, ou renforcer ses positions et se défendre? Le roman naît à partir de ce constat, et l’imagination prend la suite…
Le livre d’Yishaï Sarid, écrivain israélien qui publie son troisième roman chez Actes Sud, sonne comme un avertissement, mais avec subtilité, par une narration en pointillés que nous offre cette confession d’un prince déchu. C’est un coup de semonce à l’égard des nations, qui se réveilleront trop tard — ou jamais.


Céline Maltère

Le Troisième Temple, Yishaï Sarid, Actes Sud, fév. 2018, 22,50 euros.

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Littérature juive  - Page 2 Empty Fille de Jephté, Naomi Ragen

Message  Kashima le Sam 17 Aoû 2019 - 13:41

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Naomi Ragen et les filles de Jephté



Dans les récits bibliques et mythologiques, il arrive que les pères veuillent sacrifier leur enfant. Pour montrer combien il respectait Dieu, Abraham n’a pas hésité à placer son fils Isaac sur l’autel ; Agamemnon, pour avoir des vents favorables qui le mèneraient à Troie et calmer la colère d’Artémis, immola Iphigénie. Dans le Livre des Juges, Jephté a promis à Dieu, contre la victoire, une offrande :

« quiconque sortira des portes de ma maison à ma rencontre,
lorsque je reviendrai victorieux de chez les Ammonites,
sera pour le Seigneur, et je l'offrirai en holocauste.»

Et la première personne à venir à sa rencontre au retour de la guerre, c’est… sa fille ! Jephté doit tenir la parole donnée et l’offrir à Dieu.
Fille de Jephté est le titre du deuxième roman de Naomi Ragen, paru en 2010, et il fait référence à cet épisode biblique : Abraham Ha-Lévi est le dernier représentant d’une illustre dynastie de rabbins hassidiques. Il n’a pas d’autre descendance que sa fille Batsheva (Bethsabée, « fille d’un serment »), toute sa famille ayant péri durant la Shoah. Batsheva est une très belle jeune fille, qui reçoit en Californie une éducation religieuse stricte, mais avec un père aimant qui la laisse découvrir l’art par la visite des musées, lire des livres qui seraient totalement prohibés dans le milieu orthodoxe juif. Elle aime particulièrement D.H. Lawrence, connu pour son Amant de Lady Chatterley, et s’identifie à Anna Karénine.
Batsheva rêve d’amour. Lorsque son père décide de la marier à Isaac Meyer Harshen, le plus prometteur des étudiants de Jérusalem, Batsheva se dit que cet élégant et grand jeune homme saura sans doute satisfaire ses désirs amoureux. Elle ne peut qu’avoir confiance en son père s’il lui a choisi cet époux :

« Batsheva passa le reste de la journée dans un état second. Elle avait envie à la fois de rire et de pleurer, de hurler de joie et de rage. Mais chaque fois que sa colère prenait le dessus, elle songeait à son père qui, du plus loin qu'elle s'en souvienne, avait guetté ses moindres besoins avec un amour sans faille. Jamais il ne ferait rien qui puisse la blesser. Non, Aba ne pourrait jamais... Mais elle repensa aussi à son regard aveugle, aussi distant que celui d'un étranger, lorsqu'il l'avait avertie : « Tu devras le considérer comme ton futur époux. » Son estomac se contracta de peur. Et si elle ne l'aimait pas, ce futur époux ? Et pire encore, si elle l'aimait ? Elle n'avait aucune envie de quitter la maison. D'un autre côté, ce mariage signifiait voyager, vivre des aventures ! Et surtout il signifiait amour… » (p.74)

Le mariage a lieu à Jérusalem, où la riche héritière Batsheva va vivre avec son mari dans une superbe maison offerte par son père. Mais, dès le soir des noces, Batsheva voit que quelque chose ne va pas : Isaac ne semble pas pressé d’accomplir son devoir conjugal et, quand il la rejoint enfin dans le lit, l’étreinte lui laisse une très étrange impression :

« Il éteignit la lumière et vint s'allonger près d'elle. Un inconnu. Malgré tout, c'était un homme. Dans son pyjama frais en coton, il fleurait le savon et le dentifrice. Une odeur mâle, une odeur de propreté, une odeur nouvelle pour elle, qui n'avait rien à voir avec du parfum en flacon, mais s'exhalait de la peau même. Une odeur musquée, très masculine. La présence d'Isaac tout près d'elle l'apaisait. Il se tourna vers elle dans le noir, releva à demi sa chemise de nuit et elle comprit qu'elle devait faire le reste. Honteuse mais exaltée, protégée par l'obscurité, elle se déshabilla complètement et jeta ses vêtements à terre. Elle l'entendit murmurer, une prière peut-être, et se démener pour se déshabiller à son tour. Elle eut ensuite la sensation étrange d'être recouverte de la tête aux pieds par quelque chose de doux et glacé. Isaac se plaça au-dessus d'elle, les mains de part et d'autre de ses minces épaules. Elle ne sentait pas la chaleur de sa peau, seulement une matière froide, du tissu peut-être, qui s'interposait entre leurs corps. Elle était déconcertée et apeurée. Et maintenant, qu'est-ce que je dois faire de mes bras, de mes jambes ? Elle eut l'impression qu'il la poussait du coude, qu'il cherchait à lui communiquer quelque chose, mais elle ne comprenait pas ce qu'il voulait. Une chose chaude et visqueuse se glissa entre ses jambes. Enfin, Isaac se détacha d'elle et se détourna sans un mot. Elle l'entendit se coucher dans l'autre lit.
Elle s'était attendue à avoir mal. Elle s'était attendue à être transportée. Elle s'était attendue à l'humiliation, à la honte, au plaisir délirant. Mais cela, ce rien ? Ce tripotage humide dans le noir ? Cette froideur ? Elle s'interrogea jusqu'à ce que, Dieu merci, les lignes tortueuses de l'imagination nocturne se fondent dans l'étendue plane du sommeil. » (p.131)

Le lendemain, on apprend qu’Isaac a percé un trou dans un drap et s’est allongé contre Batsheva en espérant que leurs corps ne se touchent pas. Isaac n’est pas charnel. Il ne connaît rien aux femmes et s’ouvre au docteur (aussi rabbi) : il accuse Batsheva de ne pas être vierge, sans comprendre que c’est lui-même qui n’a pas été capable d’accomplir l’acte sexuel. C’est le début du cauchemar pour la belle et jeune Batsheva, qui va subir la folie et la violence de cet ultra-orthodoxe : il l’humilie à toute occasion, brûle les livres qu’elle a fait venir des USA ; il la prive de son appareil photo, la bat, jusqu’au jour où naît le petit Akiva, héritier de cette lignée des Ha-Lévi. Qu’Isaac la maltraite, elle peut le supporter. Mais son fils chéri, elle ne tolérera pas qu’il puisse lui faire du mal.

Les moments les plus intéressants des romans de Naomi Ragen sont ceux qui se passent au cœur de Méa Shéarim (quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem), criants de réalisme. Elle décrit avec beaucoup de savoir et de précision la vie quotidienne et réglée des Haredim. Elle ne fait aucune concession à ce milieu, montrant la malveillance et l’aigreur de bon nombre de ces hommes et de ces femmes qui vivent dans la frustration, mais elle ne met jamais cela sur le compte de Dieu ou de la religion. Pour Naomi Ragen, la foi et l’étude religieuse ne sont pas de mauvaises choses ; c’est l’usage qu’en font les hommes en les détournant à leur profit qui est pointé du doigt.
Ses héroïnes lui ressemblent souvent. Par exemple, Batsheva aime l’étude, elle prend plaisir aux controverses, au débat. Un soir de Shabbat, elle intervient devant tout le monde alors que son époux a entamé ses explications talmudiques. Pour les personne présentes, c’est une « transgression intolérable » :

« En de telles circonstances la femme reste silencieuse, respectueuse et légèrement éblouie devant l’excellence du raisonnement de l’orateur, reconnaissante d’être autorisée à boire, sinon à comprendre, les paroles de la Tora transmises par ceux qui ne cessent d’étudier, à savoir les hommes. » (p.144)

Une femme ne doit pas posséder la science, en aucun cas montrer son savoir et son intelligence. Dans le milieu haredi, l’épouse s’occupe des enfants, travaille pour rapporter l’argent à la maison et permettre à son mari d’étudier à la yeshiva. Elle est pudique, discrète, porte de longs vêtements et une perruque, se consacre à son foyer. Bien que très croyante et élevée dans la religion, Batsheva n’a pas ces codes-là. Le judaïsme est son identité, mais elle ne croit pas un seul instant qu’elle sera asservie par ce biais.
Dans Fille de Jehpté, Naomi Ragen montre comment une jeune femme très belle et intelligente peut se sacrifier par amour pour son père. En proie à maintes souffrances conjugales dans une Jérusalem qu’elle aime par-dessus tout, Batsheva ne peut se résoudre à quitter son mari odieux, car sur elle pèse le fardeau de la lignée à perpétuer :

« Penses-y, Batsheva. Toute notre famille a été exterminée - grands-parents, oncles, tantes, cousins. Tous. Tu es la seule qui reste. Tu es la seule qui puisse perpétuer la chaîne vivante, transmettre les gènes qui ramèneraient les Ha-Lévi à la vie. Je sais combien tu es bonne. Tu ne m'as jamais donné que du nahess, du bonheur et de la fierté. Tu as lénifié les profondes blessures de mon cœur. Tu m'as rendu l'espoir, Batshevalé, l'espoir que notre famille survivrait, l'emporterait sur tous les assassins. » Il sortit un mouchoir et essuya la sueur de son front. Batsheva lui serra la main. Son cœur saignait d'amour et de compassion pour lui. « Tu vois, les autres filles peuvent n'écouter que leur cœur. Mais toi, tu es comme Sara ou Rivka - la matriarche d'une nouvelle lignée. » (p.110)

Et le lecteur assiste à sa déchéance, à sa lente résignation. Aucune circonstance atténuante n’est donnée à Isaac, parfaitement égoïste et intéressé (la famille de Batsheva est extrêmement riche et, dès la rencontre, on sent qu’il est attiré par cet argent plus que par la jeune fille) :

« La demeure des Ha-Lévi lui avait ouvert les yeux sur ce qu'était le plaisir de s'asseoir dans des fauteuils moelleux, d'être servi par des domestiques prévenants et de savourer les aliments les plus fins. Ce n'était pas juste, pensa-t-il, de lui avoir révélé tout ce luxe pour l'en priver ensuite ! » (p.113)

Autour de Batsheva, il y a d’autres personnages féminins : sa mère, toujours silencieuse et au service d’un époux qu’elle adore, sa préceptrice et confidente, Elizabeth, qui aura un rôle important et contribuera à sa renaissance ; la mère d’Isaac, odieuse Gveret (madame) qui déteste sa bru ; Gilda, femme d’un rabbin qui lui permet de comprendre que les préceptes religieux d’Isaac sont faux et dus à une mauvaise interprétation visant à la soumettre… La première partie du roman se passe donc aux USA, puis à Jérusalem, et se termine par la disparition de Batsheva et de son fils. La seconde racontera le retour progressif à la vie…

Comment Batsheva pourra-t-elle échapper à son milieu, elle qui croit en Dieu et ne voudra jamais renier sa religion ? Comme dans Sotah, autre roman de Naomi, Ragen, on assiste, impuissant, à l’enfermement et aux déceptions des héroïnes qui rêvent d’amour et de liberté. Dina de Sotah, comme Batsheva, a cru qu’elle serait heureuse avec ce grand mari doux et maladroit, Judah :

« Elle examina ses yeux sombres, sensibles, bons, qu’une maladresse timide gardait baissés, ses mâchoires solides et bien rasées dont les muscles étaient tendus d’une émotion singulière, ses lèvres tendres — les lèvres d’un jeune garçon. » (p.146).
Mais elle s’est trompée et, pleine de désir, elle se laisse peu à peu séduire par un voisin voluptueux. « Sotah », en hébreu, c’est la femme adultère, celle qui jette la honte sur la famille et entache pour toujours le passé. Issue elle-même d’une famille juive orthodoxe, Naomi Ragen sait brosser des portraits de femmes qui aspirent toujours à un idéal, qui rêvent de bonheur partagé et qui se retrouvent victimes de maris décevants. Auteur de huit romans qui ont eu beaucoup de succès, Naomi Ragen vit à Jérusalem où elle est journaliste et écrivaine à succès. Fille de Jephté a été écrit sous l’effet d’une grosse colère : une de ses voisines s’était jetée du haut du Sheraton de Tel Aviv avec sa petite fille de trois ans. Tout le monde l’avait traitée de folle après sa mort et avait pris son mari en pitié, rejetant la faute sur elle, alors qu’elle était prisonnière d’un mariage douloureux. Naomi Ragen a voulu raconter son histoire. Elle se bat pour le droit des femmes, particulièrement dans le milieu haredi. Née à New York, ayant étudié avec passion les textes sacrés, Naomi Ragen s’appuie sur ses expériences et rencontres pour l’écriture de ses romans :
« L’une des personnes que j’ai rencontrée dans mon voisinage était une mère de six enfants, originaire de Brooklyn. Elle m’a lancé un appel au secours, m’a demandé de l’aide en m’expliquant qu’elle souhaitait récupérer son passeport, confisqué par son propre mari. Lequel la battait, elle et ses enfants, et l’empêchait de retourner auprès de sa famille, à New York. J’ai été stupéfaite et bouleversée que de tels faits puissent se produire dans une famille ultra-religieuse. Comment un homme qui prétendait respecter la Torah et la halacha pouvait-il battre sa femme et ses enfants ? Un des grands chocs de ma vie. Pour autant, je n’ai pas blâmé la religion juive. Je me suis dit que cet homme ne pouvait être sincèrement religieux, et cela ne devait pas modifier mon propre rapport à la religion. » (Interview pour L’Arche Magazine, 2012)

Fille de Jephté fait partie de la « trilogie haredie », composée de Sotah et du Silence de Tamar (qui aborde la question du viol). Ses livres, traduits en français, sont parus aux éditions Yodéa.


Fille de Jephté, Naomi Ragen, Yodéa éditions, 2010, 22 euros.


Céline Maltère pour Le Salon littéraire
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Littérature juive  - Page 2 Empty Santiago Amigorena - Le Ghetto intérieur

Message  Kashima le Jeu 31 Oct 2019 - 12:38

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Le Ghetto intérieur… conscience et silence.


« Il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé à écrire un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né. »

Santiago Amigorena raconte, à la première personne, l’histoire de son grand-père,Vicente Rosenberg qui, en 1928, a quitté l’Allemagne pour aller vivre en Argentine. Il a laissé au shtetl sa famille (mère, frère et sœur) et s’est bien gardé, durant toutes ces années, de répondre régulièrement aux lettres de sa mère ou de la faire venir auprès de lui à Buenos Aires.
Vicente s’est marié avec Rosita. Il vend les meubles de son beau-père et mène une vie plutôt tranquille, avec sa femme, ses trois enfants et ses amis, exilés, comme lui. Or, en Europe, les événements se précipitent : les Allemands regroupent dans le ghetto de Varsovie tous les Juifs, dont la mère de Vicente qui lui envoie des nouvelles alarmantes :

Mon chéri,

          Merci pour les dollars. Tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit. Heureusement la rue Sienna est restée à l’intérieur, ce qui est une chance, car sinon on aurait été obligés d’abandonner l’appartement et de déménager. Comme ça, au moins, on a pu éviter qu’il soit saisi. La vie n’est pas facile, mais on s’organise. Le problème c’est la foule. Ils ont emmené beaucoup de Juifs des autres quartiers. Ils remplissent les rues de tristesse. On peut dire que nous, on a eu de la chance. Même si, comme tout le monde, on a du mal à trouver de quoi se nourrir. J’ai dû vendre les bijoux qui me restaient et le manteau de fourrure que m’avait offert ton père pour mes quarante ans. Tu t’en souviens ? Envoie-nous tout ce que tu peux. Ton grand frère t’embrasse. Il demande que tu lui écrives.
     
    Ta mère qui t’aime

Chaque lettre qu’il reçoit le plonge dans un état d’inquiétude intense. Impuissant, il ne peut rien faire pour sa mère, désormais prisonnière du ghetto où sévissent la faim, la maladie, la misère :

(6 septembre 1941)

Wincenty, mon Wincenty, mon cœur, mon enfant,
     
    Tout est devenu compliqué ici. Beaucoup de voisins de l’immeuble sont morts ces derniers mois. Berl [le frère de Vicente] soigne des gens pour quelques złotys, mais la plupart n’ont plus de quoi payer. On ne sait pas ce qu’on va devenir. Il y a bien Shlomo qui nous aide parfois un peu, mais même pour lui les choses sont devenues difficiles. Les Allemands ne nous parlent plus, ils nous traitent comme des animaux. Dans les rues les gens meurent de faim, et on ne s’arrête même plus pour contempler les cadavres. Hier, j’ai vu par la fenêtre une femme qui faisait des allers et retours sur le trottoir. Elle a fait ça pendant des heures, son enfant mort dans les bras. Elle pleurait et elle hurlait et elle serrait son enfant mort et elle le montrait aux passants, aux centaines, aux milliers de passants. Et personne ne la voyait. Personne. Personne ne voyait son enfant mort. C’était comme s’il n’existait pas. Heureusement que tu es loin d’ici, mon Wincenty chéri. Et heureusement que ta sœur a pu partir en Russie.      

    Ta mère qui pense toujours à toi

Vicente vit la guerre de loin. Il lit sporadiquement des nouvelles dans les journaux, apprend, au détour d’un article, des horreurs difficilement imaginables : on éliminerait les Juifs, on les conduirait dans des camps… En juillet 1942 paraît un article du Daily Telegraph dont le titre est :

« Les Allemands tuent 700 000 Juifs en Pologne. Et le sous-titre : Des chambres à gaz mobiles. »

Le journaliste raconte « le plus grand massacre de l’histoire ». 700 000 Juifs ont déjà été assassinés par les Allemands :

« Les plus horribles détails de cet assassinat massif, qui incluent l’utilisation d’un gaz vénéneux, ont été révélés par un rapport envoyé secrètement à M. Samuel Zygelbojm, représentant juif dans le Conseil national polonais de Londres. »

De telles atrocités ne font pas la Une, mais passent presque inaperçues dans les journaux. La solitude s’empare de Vicente qui, envahi aussi par la culpabilité, construit peu à peu, et parallèlement à l’aggravement de la situation, un « ghetto intérieur » : il se mure, se désintéresse de tout, ne parle plus, s’absente (tout en étant là) de plus en plus. Tout ce qui l’entoure l’indiffère : il ne fait plus attention à sa femme ni à ses enfants, passe son temps à jouer au poker pour perdre l’argent qu’il possède. Il se punit, s’anesthésie, incapable de racheter une faute — qui n’est pourtant pas la sienne —, se faisant prisonnier comme sa mère qu’il ne peut pas aider :

« Il avait rêvé qu’il était dans son lit et qu’il se réveillait et qu’il se levait et qu’il remarquait qu’on avait construit un mur autour de lui. Il faisait le tour du mur mais le mur l’encerclait, et il était fermé, entièrement fermé. Vicente essayait de sauter, de creuser, de frapper, mais le mur était très haut et il était indestructible. »

Santiago Amigorena livre un récit autobiographique (la vie de son grand-père et les conséquences que celle-ci aura sur la sienne) qui s’inscrit dans l’histoire. La judéité de Vicente n’a jamais eu vraiment d’importance, jusqu’au jour où les Nazis lui ont renvoyé cette appartenance à son peuple. Lui d’ordinaire si peu bavard se lance, devant ses amis, dans une définition du fait d’être juif :

« Et cette identité incroyable, douloureuse, absurde et incontestable à la fois, elle a aussi quelque chose de merveilleux… Un peuple sans État, une manière de survivre comme si on était vraiment une communauté, mais une communauté qui n’est pas échafaudée sur des rois, sur une langue, sur une terre qu’on partage, ou sur des guerres qu’on a partagées… même pas vraiment sur un dieu, puisque presque plus personne n’y croit… mais juste sur quelques livres et un petit tas de souvenirs qu’on se rappelle à peine… (…) On est différents. On est différents de tout, on est différents de tous. On est différents de quoi que ce soit. C’est la seule chose qui compte. On est le seul peuple sans armée, sans État. Et on a été élus, mais on n’a jamais vraiment su pourquoi on avait été élus. On a été élus seulement pour se poser la question de pourquoi on a été élus ! C’est ça ! On est juifs. Je suis juif. Mais on ne sait pas ce que c’est. On ne sait absolument pas ce que c’est. Et le plus beau et le plus triste à la fois, c’est qu’on n’arrêtera jamais de se le demander, et qu’on ne le saura jamais. (…) Et… et je ne sais pas… je crois… aujourd’hui je crois que… que même si c’est beau et triste à la fois, on peut être plutôt fiers de ça. »

Par moment, le mutisme de Vicente, à la lecture, est agaçant, presque pas crédible, mais, qu’il soit vrai ou non, il faut le prendre comme une métaphore de la culpabilité d’un fils qui pense avoir condamné sa mère par égoïsme et par goût de la liberté. Le bruit assourdissant de la conscience se traduit par le silence :

« Pour ne plus penser à sa mère, Vicente s’efforçait aussi de ne jamais penser à Rosita ni à ses enfants, ni à lui-même. La moindre considération pour un être humain lui semblait comme une insulte à… à quoi au fait ? à la situation de sa mère ? à sa souffrance ? – à sa mémoire ?
« Se taire. Oui, se taire. Ne plus savoir ce que parler veut dire. (…) Il voulait faire taire ses voix : celle qui lui faisait encore, rarement, prononcer des mots que les autres pouvaient entendre et aussi cette autre voix, muette, intérieure, qui lui parlait de plus en plus et qui résonnait parfois comme celle d’un ami intime et parfois comme celle d’un dieu étranger – la voix de sa conscience. »



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