La main dans le sac (1955)

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La main dans le sac (1955)

Message  Kashima le Dim 15 Juin 2014 - 17:19

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Les Editions du chemin de fer publient ce texte inédit (car censuré) de Violette Leduc :

Pour la première fois, La main dans le sac donne à lire le début du manuscrit de Ravages, resté jusqu'alors inédit.
Il s'agit du souvenir du premier émoi érotique de Thérèse (le prénom d'état civil de Violette Leduc) adolescente : lorsque mademoiselle Godfroy la désigne pour aller chercher son sac à main dans la bibliothèque des professeurs, Thérèse, en glissant sa main dans le sac, en l'explorant sans pouvoir résister à cette attirance, vit une véritable scène initiatique.
Dans une lettre à Simone de Beauvoir, Violette Leduc affirme que cet épisode est l'un des trois événements les plus importants de sa vie. Il disparaît pourtant de Ravages, son roman autobiographique paru en 1955. Quand elle en propose le manuscrit à Gallimard, l'éditeur lui impose en effet la suppression pure et simple de toute la première partie qu'il juge “d'une obscénité énorme et précise”. Violette Leduc ne s'en remettra jamais vraiment, qui écrit des années plus tard : “Ils ont refusé le début de Ravages. C'est un assassinat. […] La censure tranche vos feuillets. C'est une guillotine cachée.”


’est très probablement en raison de la censure de la première partie du roman autobiographique intitulé Ravages – relatant la rencontre amoureuse entre les deux collégiennes Thérèse et Isabelle, jugée par le comité de lecture de Gallimard “d’une obscénité énorme et précise” –, qu’a disparu l’incipit sur le vent nocturne et, de manière corollaire, l’épisode de “La main dans le sac”. Impossible de savoir s’il s’agit d’une conséquence directe de la censure (la partie “Thérèse et Isabelle” supprimée, cet épisode n’avait plus sa place, et perdait sa légitimité narrative), ou d’une des manifestations de l’autocensure exercée par Violette Leduc après ce qui fut pour elle un véritable choc : “Le début supprimé, la suite n’aura pas de poids. Thérèse manquera de pesanteur. Il s’appelait Ravages. […] Je ne guérirai pas de notre amputation”, écrira-t-elle, des années plus tard, dans La Chasse à l’amour. Car si, dans le cahier manuscrit le plus tardif, l’incipit du roman sur le vent précède immédiatement l’épisode de “la main dans le sac”, ce dernier introduit à son tour, de manière magistrale, la rencontre érotique et passionnée de la jeune héroïne, Thérèse, avec Isabelle, qui “s’aiment dans un collège pendant trois jours et trois nuits”.
Violette Leduc conçoit en effet Ravages comme un récit initiatique, un roman de formation, une Éducation sentimentale au féminin, montrant l’évolution de Thérèse (son propre prénom d’état civil) de l’adolescence à la maturité, à travers ses diverses relations érotiques et amoureuses – sans qu’elle établisse aucune hiérarchie entre des amours tantôt homo-, tantôt hétérosexuelles : “Je reste déchirée que ces pages n’aient pas paru comme je les avais écrites, au début de Ravages. Dans le roman, on voyait Thérèse devenir une adulte, avec son passé d’adolescente qui pesait sur ses épaules et qui lui donnait du poids”, affirme-t-elle dans un entretien radiophonique, lors de l’édition en 1966 de Thérèse et Isabelle.
C’est en 1948, à la suggestion de Simone de Beauvoir – après avoir publié un recueil de fragments autobiographiques, L’Asphyxie (Gallimard, 1946, dans la collection “Espoir” dirigée par Albert Camus), puis L’Affamée, discours d’amour incandescent adressé à Simone de Beauvoir –, que Violette Leduc entreprend la rédaction du récit qui deviendra Ravages. Rien d’étonnant donc, à ce que les cahiers manuscrits de Ravages lui soient dédiés l’un après l’autre ; Beauvoir en est non seulement la destinataire, mais aussi la première lectrice, et y insère de son écriture “script” quelques corrections stylistiques. Car c’est un défi littéraire exigeant que s’est fixé, en véritable pionnière, Violette Leduc. Elle veut s’employer à décrire “le plus exactement possible, le plus minutieusement possible” les sensations fugitives qu’éprouve une femme dans l’amour physique. Capter les gestes, les émotions en jeu dans l’exercice de la sexualité : aussi difficile que de “transporter la brise dans un panier”.

(Extrait de la postface de Catherine Viollet)

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La main dans le sac, Violette Leduc

Message  Kashima le Ven 11 Juil 2014 - 20:09

Les éditions du Chemin de fer proposent de découvrir ce texte de Violette Leduc, qui aurait dû faire partie de Ravages.
Trois textes nous sont proposés à la lecture, du plus abouti à la première version qui se trouvait dans les cahiers donnés à Simone de Beauvoir.
Etrangement, la version que je préfère n'est pas celle qui est censée être la plus "aboutie", mais la deuxième, celle qui se trouve dans les cahiers de Jacques Guérin. Le style est enflammé, moins fou tout de même que dans la version première trop pleine de présentatifs, et selon moi beaucoup plus érotique que la version finale.
De quoi s'agit-il? Violette raconte un fait : elle a environ treize ans et son professeur de géographie, mademoiselle Godfroy, lui demande d'aller chercher son sac dans la salle des profs. Pénétrant dans ce lieu interdit, Violette n'a qu'une envie : plonger sa main dans le sac, pénétrer l'intimité de mademoiselle Godfroy... Le moment de la transgression, émoi érotique, est décrit avec les termes et métaphores auxquels Violette Leduc nous a habitués. On est dans cette pièce avec elle, et on ressent avec plaisir ce que ressent la main qui viole.

“Il fallait savoir où était le mal quand on introduisait sa main dans un trou, quand on caressait les objets de celle dont on est l’esclave secrète. Mon corps faisait des efforts pour apprendre.”

“J’avançai le pouce et l’index de ma main libre vers les boules de nacre du fermoir. Mon pouce et mon index jouissaient à l’avance tant leur position pour cette prise était prête. Les boules furent palpées, désunies, écartées, le sac peu ouvert. Je refermai.”

“Cela finira par un scandale. Je ne peux pas me retenir. Il faut que je mette encore ma main dans le sac de mademoiselle Godfroy. Au fond, tout au fond, le plus profond possible. C’est affreux ce que je fais.”

“Ma mère dit que les nids sont des ventres. J’ai mis ma main dans un ventre. Le sac à main de mademoiselle Godfroy est un nid.”

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