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La Belle Dame sans merci (Keats)

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La Belle Dame sans merci (Keats) Empty La Belle Dame sans merci (Keats)

Message  Kashima Ven 21 Jan 2022 - 16:23

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"La Belle Dame sans merci", Frank Cadogan Cowper


En 1819, John Keats, poète anglais, a écrit "La Belle dame sans merci", qui s'inspire d'un poème du Moyen âge d'Alain Chartier (1424).
Il raconte comment le poète est envoûté par une femme, à mi-chemin entre l'elfe et la sirène, comment il tombe sous son pouvoir et se retrouve pris dans ses "rets". Le gouffre où elle l'entraîne est celui du tourment amoureux.

Keats travaille à ce poème dont voici le texte en anglais :


O what can ail thee, knight-at-arms,
Alone and palely loitering?
The sedge is withered from the lake,
And no birds sing.

O what can ail thee, knight-at-arms,
So haggard and so woe-begone?
The squirrel’s granary is full,
And the harvest’s done.

I see a lily on thy brow,
With anguish moist and fever-dew,
And on thy cheeks a fading rose
Fast withereth too.

I met a lady in the meads,
Full beautiful, a fairy’s child;
Her hair was long, her foot was light,
And her eyes were wild.

I made a garland for her head,
And bracelets too, and fragrant zone;
She looked at me as she did love,
And made sweet moan

I set her on my pacing steed,
And nothing else saw all day long,
For sidelong would she bend, and sing
A faery’s song.

She found me roots of relish sweet,
And honey wild, and manna-dew,
And sure in language strange she said—
‘I love thee true’.

She took me to her Elfin grot,
And there she wept and sighed full sore,
And there I shut her wild, wild eyes
With kisses four.

And there she lullèd me asleep,
And there I dreamed—Ah! woe betide!—
The latest dream I ever dreamt
On the cold hill side.

I saw pale kings and princes too,
Pale warriors, death-pale were they all;
They cried—‘La Belle Dame sans Merci
Hath thee in thrall!’

I saw their starved lips in the gloam,
With horrid warning gapèd wide,
And I awoke and found me here,
On the cold hill’s side.

And this is why I sojourn here,
Alone and palely loitering,
Though the sedge is withered from the lake,
And no birds sing.


... et une traduction :

Ô, qu'est-ce qui peut te troubler, homme d'armes,
Seul, pâle et hésitant ?
La laîche s'est flétrie et retirée du lac
et aucun oiseau ne chante.

Ô, qu'est-ce qui peut te troubler, homme d'armes,
Si hagard et si affligé ?
Le grenier de l'écureuil est plein,
Et la moisson terminée.

Je vois un lis sur ton front
Ainsi que la sueur de l'angoisse et la rosée de la fièvre,
Et sur ta joue une rose ternissant
Promptement se flétrit aussi.

Je rencontrai une dame dans les prés,
D'une absolue beauté, l'enfant d'une fée.
Ses cheveux étaient longs, son pied léger,
Et ses yeux étaient sauvages.

Je fis une couronne pour sa tête,
Et des bracelets aussi, et une ceinture de fleurs ;
Elle me regarda comme si elle aimait
Et fit un doux gémissement.

Je la plaçais sur ma monture en marche,
Et ne vis rien d'autre tout du jour,
Car de côté elle se courbait, et chantait
Une chanson de fée.

Elle me trouva des racines à la douce saveur,
Et du miel sauvage, et une rosée de manne,
Et pour sûr dans une langue étrange elle dit —
« Je t'aime en vérité ».

Elle me mena jusqu'à sa grotte d'elfe,
Et là elle pleura et soupira en grande peine,
Et là je fermai ses yeux sauvages, sauvages
Avec quatre baisers.

Et là elle me berça pour m'endormir
Et là je rêvai - Ah ! Malheur !
Le dernier rêve que j'eus jamais rêvé
Sur le flanc froid de la colline

Je vis des rois pâles, et des princes aussi,
De pâles guerriers, pâles comme la mort ils l'étaient tous ;
Ils pleuraient - « La belle dame sans merci
t'as en son pouvoir ! »

Je vis leurs lèvres affamées dans l’obscurité
Avec un terrible avertissement s'ouvrir grand
Et je me réveillai et me trouvais là
Sur le flanc froid de la colline

Et c'est pourquoi je séjourne ici,
Seul, pâle et hésitant ?
La laîche s'est flétrie et retirée du lac
et aucun oiseau ne chante.


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C'est cette même année qu'il entreprend d'écrire des lettres à celle qu'il aime, la poétesse Fanny Brawne (entre 1819 et 1820), qu'il a rencontrée l'année précédente. Elles sont réunies dans un ouvrage paru en 1912 chez Gallimard : Lettres à Fanny Brawne.

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Keats est atteint de tuberculose. Il s'éloigne d'elle dès juillet 1819, ce qui donne lieu au début d'une correspondance amoureuse entre eux. Même s'il revient vivre non loin d'elle, il lui écrit de nombreuses lettres où il lui exprime ses sentiments : l'amour et la mort sont les deux sujets qu'il aborde le plus souvent, comme celui de la création poétique.


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Il éprouve une véritable passion pour elle, lui dit ses désirs, sa jalousie, le manque et le besoin qu'il a d'elle. On peut lire dans ces lettres, qui s'échelonnent du 3 juillet 1819 (Île de Wight) à août 1820, où sa santé se dégrade fortement (il meurt le 23 février 1821 à 25 ans), des phrases pour celle qu'il aime telles que celles-ci :


"Même lorsque je ne pense pas à vous, je subis votre influence et une douceur nouvelle s'élève en moi."

"Vous m'absorbez en dépit de moi-même — vous seule"

"Je veux vous incarner, ce soir, dans Vénus, et prier, prier, prier votre étoile comme un païen!..."



Il lui dit combien un mot d'elle avant la nuit lui permet de trouver un sommeil calme :


"Envoyez-moi les mots "Bonne nuit!" pour que je les mette sous mon oreiller."

"J'ai eu votre mot, hier soir, dans mon lit : c'est sans doute pour cela que j'ai si bien dormi."



Elle envahit ses pensées, et son amour est sa religion :

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Il raconte à Fanny un conte oriental qu'il a lu, et dont on peut imaginer combien il a pu correspondre à son imaginaire (15 juillet 1819, l'année du poème "La Belle dame sans merci" avec qui on peut voir les ressemblances : un peuple plongé dans la mélancolie pour avoir vu une dame trop belle et enchanteresse) :

"C'est l'historie d'une Cité de Mélancolie dont les habitants sont devenus tels par la circonstance suivante : à travers une série d'aventures, ils arrivent, tour à tour, dans des jardins paradisiaques où ils rencontrent la Dame la plus enchanteresse ; au moment où ils approchent d'elle pour lui donner un baiser, elle les prie de fermer les yeux ; — ils les ferment — et quand ils les ouvrent de nouveau, ils se voient suspendus dans un panier magique qui les descend sur terre. Le souvenir de cette Dame et des délices perdues sans retour les rend à tout jamais mélancoliques..."

Et il ajoute à l'adresse de Fanny :

" Combien je vous ai appliqué ceci, ma chère! combien je palpitais en le lisant ! certain que vous étiez avec moi sur une semblable terre, et aussi belle que cette Dame, mais privée de ses talismans!..."

Jane Campion raconte l'histoire d'amour entre Keats et Fanny Brawne dans Brightstar. Une des scènes les plus belles pour mettre en scène le manque est celle où Fanny élève dans sa chambre des papillons, qui représentent chacun des pensées d'amour.

« Demandez-vous mon amour si vous n’avez pas été cruelle de m’avoir ainsi envouté et privé de ma liberté. Quant à moi je ne sais comment exprimer ma dévotion à  une si belle créature. Il me faut un mot plus éclatant qu’éclat, un mot plus beau que beauté. Je rêve que nous sommes des papillons n’ ayant à vivre que trois jours d’été, avec vous ces trois jours seraient plus plaisants que cinquante années d’une vie ordinaire.»

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Cela rappelle le poème de William Wordsworth que pouvait connaître Keats :

" Nous parlerons de soleil et de chants,
Et des jours d’été de nos jeunes années ;
Doux jours d’enfance, qui étaient aussi longs
Que vingt jours le sont à présent"


("To a butterfly 2")

"Reste près de moi – ne prends pas ton envol !
Reste un peu plus longtemps en vue ! / […]
Flotte près de moi ; ne t’en vas pas encore !  En toi revivent les temps qui ne sont plus […]"


("To a butterfly 1")


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Walter Crane
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