La Polka de Nourissier

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La Polka de Nourissier

Message  Kashima le Sam 22 Juin 2013 - 18:44

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Ce basset s'appelle en réalité Pilule, alors que c'est Polka dans Lettre à mon chien.

Dans Lettre à mon chien, il est question de la relation de François Nourissier avec sa chienne Polka, mais aussi du métier d'écrivain, du retirement qui, comme il le dit, n'était (et n'est) pas très à la mode.
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Dernière édition par Kashima le Sam 1 Nov 2014 - 12:59, édité 3 fois

Kashima
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Polka/Pilule

Message  Kashima le Dim 23 Juin 2013 - 14:37

Lettre à mon chien est un livre dans lequel François Nourissier s'adresse à sa chienne Polka, rebaptisée ainsi par Claude Gallimard car son vrai nom, c'est Pilule. Il nous raconte ses expériences avec les animaux, souvent liées à l'observation, malgré lui, de leurs souffrances. Sa sensibilité en la matière est très grande. Un de ces petits chapitres, à propos, s'appelle "Un grand chien noir". Il nous dit comment il a vu, un jour, dans la circulation parisienne, un grand chien noir éperdu, coincé sur un îlot, près d'un tunnel, prisonnier des voitures. L'auteur s'est affolé, à tout fait pour pouvoir garer sa voiture plus loin,se porter à son secours, mais la peur de le retrouver écrasé a été si grande, si viscérale qu'il a fait demi-tour :

"A un moment, la vision de son corps disloqué, sanglant fut si brutale et précise que j'en ressentis en moi une douleur. Fulgurante et brève comme en ont, disent-ils, les gens que traverse la prémonition d'un malheur."
Un peu plus haut, on peut lire :

"Ou, ne le voyant plus, n'aurais-je qu'à chercher du regard, à quelques mètres plus loin, le tas noir et rouge de son cadavre ou, pis encore, la forme blessée, misérable, que les autos éviteraient encore un moment jusqu'à ce qu'un nouveau choc ou l'épuisement missent fin au supplice?"
Cette description me touche, pour l'éprouver désormais à chaque fois que je prends la route : la hantise de voir un corps mort d'animal, ou pire, comme il dit, un corps agonisant.

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François Nourissier nous raconte la compagnie de Polka dans sa vie quotidienne et sa vie d'écrivain. Tout ce qu'il écrit est tellement vrai, on y retrouve tellement sa vie avec son propre animal que c'en est émouvant. Voilà un auteur qui a tout compris de la présence de l'animal dans une vie. 

J'ai cherché des informations sur Polka, l'année de sa disparition, des photos de Nourissier avec elle. Il y en a peu, hormis cette vidéo postée ci-dessus et datant de 1976. 
En 1981, on le voit sur une photo pour Paris Match avec un berger allemand : Polka, le teckel, était sans doute morte, elle qui avait déjà plus de dix ans au moins au moment de l'écriture de ce roman en 1974 (il mentionne une paralysie en 1967) :

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Extraits de Lettre à mon chien :


“Ne crois surtout pas que ça aille tout seul, cette lettre, cette fausse lettre. On va choquer les humanistes. On va prêter le flanc - si tu me passes l’expression - aux plus rudes critiques. (…)
Toi si grincheuse à l’endroit du monde extérieur, si méfiante envers tout ce qui n’est pas nous, je m’aperçois pourtant que tes années sont tissées de ces parties joyeuses qu’il serait injuste de passer sous silence. Chaque matin, à mon réveil, tu me rappelles - leçon sans prix - que la gravité est une grimace repoussante et que seules comptent les fêtes de la vie. Puissé-je m’en souvenir au jour de la grande peine de ton départ - si je suis là pour la souffrir.”


“S’il est vrai qu’on a les chiens qu’on mérite, comme je suis fier de ta démence et de tes tendresses! Dans cette vie de partout corsetée, colmatée, nourrie de labeurs et de décorations, tu es la fuite du coeur, la fissure par où s’insinuent les déraisons.”


“La grande dame qui craint pour ses bas, la vieille qui prétexte l’hygiène pour repousser un coup de langue, les plaisanteries un peu lourdes de tel ami aux pieds redoutables : j’ai appris à me méfier de ces personnages. A tous il manque un peu du naturel, de l’animalité qui font les bons compagnons. (Ce sont les mêmes qui redoutent les orangeades trop glacées, qui disent “un doigt de vin, pas davantage…”) Parfois, quand il s’agit d’aveux publics et de gens considérables, je suis bien embêté. Par exemple je n’aime guère que Simone de Beauvoir, racontant sa première visite à Colette, avoue lui avoir dit qu’elle n’aimait pas les animaux, ni qu’elle ait suspecté l’amitié de Colette pour ses chats.”


“Voilà ce dont je te suis reconnaissant : tu as fertilisé ce coeur où tout poussait de plus en plus mal. Tu m’as rendu à la liberté de ressentir des émotions et à l’audace de les montrer. Tu m’as refait un peu plus humain que je n’étais devenu.”


“Peut-être ne la savais-je pas et l’ai-je découvert en l’écrivant : je ne pourrais plus aimer une ennemie des chiens. Et pas même ennemie : une indifférente. Je ne tolère pas la neutralité dans cette affaire.”


“Contre les humains de mon temps et leurs jeux, j’ai conclu alliance avec le peuple chien.”


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Dans le dernier chapitre, François Nourissier constate qu'il existe deux mondes, deux sortes d'humains. Je me sens dans le même que lui et j'aurais bien aimé connaître un tel homme :



"L’autre jour, un matin de dimanche et dans la torpeur du mois d’août, comme nous quittions notre rue d’Auteuil redevenue provinciale, tu as manifesté ta joie et ton impatience du départ un peu bien bruyamment. Sur quoi des persiennes se sont ouvertes et, par la fenêtre, une dame s’est penchée, des plus convenables, qui de haut en bas m’a expliqué que toi et moi nous embarrassons le quartier, y gâchons la “qualité de vie”, une rue avant nous si tranquille, des jardins de rêve, mais désormais tout cela par toi dévasté, anéanti, et que je n’avais pas à faire le malin, c’est-pas-parce-que-vous-êtes-écrivain, d’ailleurs faut voir, écrivain à la manque, vous ne pourriez pas le semer quelque part votre cabot? - toute une litanie de férocités et de souhaits désobligeants qui tomba sur nous, dans le silence du matin, jusqu’à ce que la voiture s’éloignât.

… J’ai roulé cent kilomètres dans la tristesse de ce monologue. Je n’en voulais pas à la dame aux cheveux blancs : tes aboiements sont souvent odieux et je comprends qu’on enrage contre qui vous abîme le sommeil, fût-ce à neuf heures du matin. Mais l’amalgame me blessait : cette façon (prémonitoire, si l’on y songe) d’associer chien et littérature et de rouler ton bruit et mes griffonnages dans la même farine. (…)

Ce sont vraiment deux sociétés étrangères, celle qui aime les Polka et celle qui rêve de les “semer quelque part”. Je ne dis pas “ennemies”. J’aime de moins en moins voir à tout bout de champ des ennemis. Mais je pense qu’avec le temps le fossé va se creuser entre les uns et les autres. ceux de mon bord - du tien - vont se raidir sur leurs principes et leurs répugnances. Lesquels feront tache d’huile : nous finirons par devenir végétariens, par aller plastiquer les ignobles zoos-cimetières, par préférer la piqûre des moustiques à la chimie mortelle des insecticides, les veaux et les rats aux humains. Je ne me moque plus, ou presque plus, des écologistes à tout crin, des fervents du brin d’herbe ; et moins encore des fidèles bouddhistes pour qui c’est péché que d’écraser une mouche. Chaque geste de mort que nous éliminerons de notre agitation sera une victoire. Sur quoi? Sur l’usage vulgaire et vain fait d’un monde que nous devons partager."
“Le dernier mot”, Lettre à mon chien, François Nourissier

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Dernière édition par Kashima le Dim 23 Juin 2013 - 15:05, édité 2 fois

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Message  Kashima le Dim 23 Juin 2013 - 14:40

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