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Les belles abandonnées

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Les belles abandonnées Empty Les belles abandonnées

Message  Kashima Sam 30 Oct 2010 - 9:10

Les belles abandonnées A0780
Angelica Kauffmann


A l'heure de l'abandon, la femme est encore plus belle. Les larmes, "l'horizon du demain" (Kundera) où elle sera si présente dans la pensée et le souvenir.
Une femme quittée, pour un instant ou pour toujours, à l'air triste, aux cheveux défaits, est Ariane sur sa falaise, Pénélope qui travaille et attend, la furieuse Médée prête à tuer pour tuer sa douleur, Hypsipyle, Circé, Didon...
La mythologie regorge de ces femmes qu'un homme abandonna, et toutes ont en commun cette beauté de l'abandon, de s'être donnée entièrement à celui qu'elles aimaient et qui les a trahies, les poussant au désespoir ou à la mort.


Ariane a aidé Thésée à sortir du labyrinthe et à vaincre le Minotaure. Il l'abandonne peu après sur l'île de Naxos. Au désespoir, elle sera emmenée par Dionysos qui tombe amoureux d'elle (n'est-ce pas une façon de dire qu'elle se serait consolée dans le vin?)

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Guido Reni

Les belles abandonnées GenerateurNotice

Dans son poème 64, Catulle montre cette femme qui voit s'éloigner le bateau de celui qu'elle aime :

Les belles abandonnées 913368Capturer


C'est le propre des héros de se servir de ces femmes, d'en tirer une utilité, de consommer un amour ou un désir, puis de les laisser derrière eux : Jason est resté quatre ans sur l'île des femmes qui sentaient mauvais, les Lemniennes. A l'arrivée des Argonautes, la malédiction d'Aphrodite est levée, elles retrouvent leur bonne odeur et Jason a une liaison avec leur reine, Hypsipyle, à qui il donne même des jumeaux. Mais comme toujours (comme pour Enée, Ulysse), le devoir l'appelle : un homme ne peut pas s'amollir indéfiniment dans les délices de l'amour. Il l'abandonne :

Hélas ! Où est la foi promise ? Où sont les droits de l'hyménée ? Où ce flambeau plus digne d'embraser un bûcher ? Ce n'est pas un amour furtif qui m'a liée à toi, c'est sous les yeux de Junon, qui préside au mariage, et de l'Hymen couronné de guirlandes, qu'il fut consacré. Mais non, ce n'est ni Junon ni l'Hymen, mais la triste Erinys qui, tout ensanglantée, l'éclaira de ses torches sinistres. Qu'avais-je affaire aux Argonautes ? Qu'avais-je affaire au vaisseau de Minerve ? Nautonier Tiphys, que t'importait ma patrie ? Là n'étaient point le bélier à l'éclatante Toison d'or, ni Lemnos, la royale demeure du vieil Aetas.

(Héroïdes)

Peu après, il fera la même chose à celle qui lui aura permis de remporter la Toison d'or, celle à qui il a promis le mariage pour obtenir son aide, mais on aurait dû se douter, à lire les vers d'Ovide, qu'il emportait Médée comme un trophée au même titre que la toison, comme un objet :

heros Aesonius potitur spolioque superbus
muneris auctorem secum, spolia altera, portans,
uictor Iolciacos tetigit cum coniuge portus.

(Métamorphoses, 7, 156-158)

"Spolium", c'est le butin, ce qu'il emporte. Le premier désigne la toison, le second Médée, Médée qu'il "porte"! Aucun amour de sa part alors qu'elle avait, pour lui, trahi son père, qu'elle allait assassiner son frère, qu'elle vengerait même Jason de celui qui avait usurpé le trône d'Iolcos. Et on s'étonne après qu'elle sombre dans la folie meurtrière et qu'elle n'ait plus qu'une solution pour toucher l'infâme et le traître insensible : tuer ses propres enfants?
(en ce qui concerne sa culpabilité et son histoire, c'est ici)

Les belles abandonnées 963792Mottez_medee
Médée par Mottez


Je n'aime pas me représenter une Sapphô se suicidant pour un homme, elle qui aima tant les femmes, fit des poèmes pour ses aimées. Abandonnée toute sa vie par ses jeunes filles destinées à se marier, elle a écrit ces vers, traduits à maintes reprises (par Yourcenar, entre autres, dans La Couronne et la Lyre ou par Catulle, encore) :

Celui-là me semble être l'égal d'un dieu, il me semble, si c'est possible, surpasser les dieux celui qui, assis en face de toi, peut souvent te contempler et entendre,
ce doux rire qui ravit à ma pauvre âme l'usage de tous mes sens ; car à peine t'ai-je aperçue, Lesbie, que ma voix expire dans ma bouche,
ma langue est paralysée, un feu subtil coule dans mes membres, un bourdonnement intérieur fait tinter mes oreilles et une double nuit s'étend sur mes yeux.
- L'oisiveté, Catulle, t'est funeste ; l'oisiveté te transporte et t'excite trop ; l'oisiveté, jadis, a perdu tant de rois et de villes florissantes.

(poème 51)

Et ce serait pour Phaon, un très beau jeune homme, que Sapphô aurait sauté de Leucade? Moreau a immortalisé ce fait, tout comme Ovide dans ses Héroïdes. Pourtant, et cela conforterait l'idée que je ne me représente pas la poétesse lyrique se donnant la mort pour un homme, il aurait pu être question d'un homonyme de Sapphô :

"la Souda [encyclopédie grecque de la fin du IXe siècle, ouvrage de référence, en particulier pour les citations, très souvent utilisé dans les travaux portant sur l'Antiquité] fait la distinction entre la poétesse Sappho et une courtisane du même nom, auteur de quelques poèmes et attachée à Phaon "

Les belles abandonnées 376076moreau_sappho2
Gustave Moreau, La Mort de Sapphô


Les Héroïdes, écrites par Ovide, sont une source : on peut y lire les lettres fictives de ces héroïnes au désespoir d'avoir été abandonnées par leur amant : rancoeur, tristesse, colère... L'absence ou l'indifférence de l'être aimé sont chacune des abandons.



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Message  Invité Lun 11 Avr 2011 - 13:29

Concernant Sappho, je suis aussi persuadée qu'il s'agit d'une confusion entre les 2 Sappho.
L'une étant poétesse, l'autre la courtisane et joueuse de lyre comme tu le mentionnes.
Confusion qui a fait de Sappho, la poétesse, la fondatrice de la maladie d'amour.

Les belles abandonnées Asappho
Sappho et Phaon, 1809, Jacques-Louis David

Voici ce que J. Pigeaud nous en raconte:

Et Sappho? Inévitablement et très justement Sappho, admirable poète, créatrice, fondatrice de la maladie d'amour. Elle est là, citée pour le saut de Leucade, vieille tradition aussi du suicide de Sappho, amoureuse folle de Phaon. Strabon nous dit rapportant Ménandre, qu'elle fut la première à faire ce saut qui dût lui coûter la vie. «C'est du haut du cap, dominé aujourd'hui encore par le temple d'Apollon-Leucate, que l'on faisait le saut terrible qui, suivant une croyance généralement répandue, pouvait seul mettre un terme aux amours,» (Strabon, Géographie, 10, 2, 9) Entendons le mal d'amour, le désir irrépressible. Esquirol en tire une conclusion historique plutôt saugrenue. Je me permets de la reprendre pour la savourer: «Les anciens regardaient l'érotomanie comme une véritable affection nerveuse qui pouvait se guérir par de vives secousses morales.» (Esquirol, Maladies mentales, Paris, Baillère, 1838, t. 2, p. 42) Étrange secousse morale que ce terrible saut, qui devait souvent se terminer par la mort. (J. Pigeaud, De la mélancolie. Fragments de poétique et d'histoire, Paris, Dilecta, 2005, p. 92)






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Message  Invité Lun 11 Avr 2011 - 14:07

Une autre belle abandonnée, réhabilitée, elle aussi par Christa Wolf: Cassandre. Christa Wolf donne la parole à la prophétesse oubliée.

Maintenant je peux mettre à l’épreuve ce à quoi je me suis entraînée toute ma vie : vaincre mes sentiments par le
moyen de la pensée. L’amour autrefois, à présent la peur. Elle m’a assaillie au moment où la voiture, que les
chevaux fourbus avaient péniblement tirée juqu’au sommet de la pente, s’immobilisa entre les sinistre murailles.
Devant cette ultime porte. Lorsque le ciel se déchira et que le soleil tomba sur les lionnes de pierre, dont le regard
va - et ira toujours - au-delà de moi et au-delà de tout. La peur, je connais, mais ceci est autre chose.
Extrait de Cassandre, Christa Wolf

Les belles abandonnées Akassandra

Le monologue de Cassandre: l'un des plus beaux récits de l'Antiquité revisité, six ans avant la chute du Mur (1983), en pleine période de SS-20 et de Pershings, par une écrivaine est-allemande de génie. Ce texte est un choc, cette prémonition de la logique de guerre n'est ni de Troie ni de Mycènes, mais de toutes les époques, c'est-à-dire d'aujourd'hui. Il aurait pu, tout autant, se prononcer en janvier 1991, juste avant l'agression du Yankee Bush contre l'Irak (suivie d'une décennie d'embargo où meurent des enfants), ou en avril 1999, avant celle du Yankee Clinton contre la Yougoslavie. Etre dans son époque, viscéralement, tout en feignant d'y échapper par un recours aux mythes grecs, c'est, depuis Goethe et Kleist, l'une des grandes spécialités de la littérature allemande: c'est dans cette filiation, portée à son sommet par l'«Antigone» de Brecht, que s'inscrit Christa Wolf.

La force du récit de Christa Wolf, explique l'écrivain Michèle Fabien qui a adapté son texte pour le théâtre, c'est de ne pas voir en Cassandre la prophétesse hagarde et tonitruante. C'est aussi de ne pas la faire entendre comme pour réparer une erreur de l'histoire. Elle n'a pas réécrit Cassandre pour qu'on entende enfin ses prophéties et que la guerre de Troie n'ait pas lieu. C'est devant les portes de Mycènes que l'on retrouve Cassandre, juste avant qu'elle ne meure en même temps qu'Agamemnon par la hache de Clytemnestre. Au cours de ses derniers instants, Cassandre met à profit le temps qui lui est laissé pour se souvenir, parler, mettre au clair et à plat l'Histoire et ses enjeux.

En 1994, Michaël Jarrell n’avait plus abordé l’opéra depuis Dérives (1980-1985). Lorsqu’un ami dramaturge lui
conseilla de voir l’adaptation scénique, due à Gerhard Wolf, du Cassandre de Christa Wolf, il fut aussitôt frappé par
le destin de cette femme seule dans l’attente de la mort – celui d’une prophétesse qui vit approcher la destruction
de sa cité sans que nul ne puisse l’entendre, et qui survécut pour porter, du haut de sa solitude, un regard
rétrospectif sur l’extermination des siens ou leur asservissement. Jarrell, fasciné par cette vision de la vaincue, ainsi
que par l’opposition entre la version officielle – héroïque, homérique, masculine – de la chute de Troie et l’expérience
singulière qu’en fit Cassandre, songea d’abord à tirer du texte de Christa Wolf un opéra de chambre pour plusieurs
chanteurs, puis une version pour voix unique traitée selon plusieurs niveaux de lecture
.[...] «Cassandre est en dehors de l’opéra,
comme dans la première oeuvre scénique que j’avais écrite […]. Et cette fois, c’est encore plus fort : il n’y a plus de
raisons de chanter, il ne reste plus que la voix et le récit. Dans sa situation, Cassandre, qui ava it la faculté de prédire
l’avenir, ne peut plus que regarder en arrière : l’action est passée, comme une longue coda». Jarrell composa
donc un opéra dont il réserva le rôle unique à une comédienne.

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