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Lorelei, Heinrich Heine

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Lorelei, Heinrich Heine Empty Re: Lorelei, Heinrich Heine

Message  Invité Jeu 12 Déc 2013 - 1:06

Heinrich Heine l'Echo de Brentano...

Le mythe de la Lorelei ne date que du 19e siècle et c’est au poète romantique allemand Clemens Brentano (1778-1842) que l’on doit la création de ce personnage. Il lui a été inspiré par le rocher de la Lorelei, nom qui signifie à peu près « rocher de l’écho ». Celui-ci se trouve sur une portion du Rhin, longue de 65 km, qui se situe entre Bingen et Coblence (en Allemagne) et qu’on appelle aujourd’hui le « Rhin romantique ». La Lorelei est une avancée schisteuse de 132 mètres de haut. Le Rhin forme, en la contournant, un coude où le courant est particulièrement dangereux, si bien que, pendant longtemps, les bateaux se brisèrent contre les falaises. Ces accidents donnèrent au rocher une funeste réputation. Un écho y était audible autrefois, lorsque les activités fluviales étaient moins bruyantes. Le son se répèterait sept fois.

Pour en revenir au personnage, c’est en 1801 que Brentano a évoqué une femme nommée Lore Lay, dans une ballade de son roman Godwi (Sechs und dreißigstes Kapitel) :

Zu Bacharach am Rheine

Zu Bacharach am Rheine
Wohnt eine Zauberin,
Sie war so schön und feine
Und riß viel Herzen hin.

Und brachte viel zu schanden
Der Männer rings umher,
Aus ihren Liebesbanden
War keine Rettung mehr.

Der Bischoff ließ sie laden
Vor geistliche Gewalt –
Und mußte sie begnaden,
So schön war ihr' Gestalt.

Er sprach zu ihr gerühret:
»Du arme Lore Lay!
Wer hat dich denn verführet
Zu böser Zauberei?«

»Herr Bischoff laßt mich sterben,
Ich bin des Lebens müd,
Weil jeder muß verderben,
Der meine Augen sieht.

Die Augen sind zwei Flammen,
Mein Arm ein Zauberstab –
O legt mich in die Flammen!
O brechet mir den Stab!«

»Ich kann dich nicht verdammen,
Bis du mir erst bekennt,
Warum in diesen Flammen
Mein eigen Herz schon brennt.

Den Stab kann ich nicht brechen,
Du schöne Lore Lay!
Ich müßte dann zerbrechen
Mein eigen Herz entzwei.«

»Herr Bischoff mit mir Armen
Treibt nicht so bösen Spott,
Und bittet um Erbarmen,
Für mich den lieben Gott.

Ich darf nicht länger leben,
Ich liebe keinen mehr –
Den Tod sollt Ihr mir geben,
Drum kam ich zu Euch her. –

Mein Schatz hat mich betrogen,
Hat sich von mir gewandt,
Ist fort von hier gezogen,
Fort in ein fremdes Land.

Die Augen sanft und wilde,
Die Wangen roth und weiß,
Die Worte still und milde
Das ist mein Zauberkreis.

Ich selbst muß drinn verderben,
Das Herz thut mir so weh,
Vor Schmerzen möcht ich sterben,
Wenn ich mein Bildniß seh.

Drum laßt mein Recht mich finden,
Mich sterben, wie ein Christ,
Denn alles muß verschwinden,
Weil er nicht bey mir ist.«

Drei Ritter läßt er holen:
»Bringt sie ins Kloster hin,
Geh Lore! – Gott befohlen
Sey dein berückter Sinn.

Du sollst ein Nönnchen werden,
Ein Nönnchen schwarz und weiß,
Bereite dich auf Erden
Zu deines Todes Reis'.«

Zum Kloster sie nun ritten,
Die Ritter alle drei,
Und traurig in der Mitten
Die schöne Lore Lay.

»O Ritter laßt mich gehen,
Auf diesen Felsen groß,
Ich will noch einmal sehen
Nach meines Lieben Schloß.

Ich will noch einmal sehen
Wol in den tiefen Rhein,
Und dann ins Kloster gehen
Und Gottes Jungfrau seyn.«

Der Felsen ist so jähe,
So steil ist seine Wand,
Doch klimmt sie in die Höhe,
Bis daß sie oben stand.

Es binden die drei Ritter,
Die Rosse unten an,
Und klettern immer weiter,
Zum Felsen auch hinan.

Die Jungfrau sprach: »da gehet
Ein Schifflein auf dem Rhein,
Der in dem Schifflein stehet,
Der soll mein Liebster seyn.

Mein Herz wird mir so munter,
Er muß mein Liebster seyn!« –
Da lehnt sie sich hinunter
Und stürzet in den Rhein.

Die Ritter mußten sterben,
Sie konnten nicht hinab,
Sie mußten all verderben,
Ohn Priester und ohn Grab.

Wer hat dies Lied gesungen?
Ein Schiffer auf dem Rhein,
Und immer hats geklungen
Von dem drei Ritterstein. Bei Bacharach steht dieser Felsen, Lore Lay genannt, alle vorbeifahrende Schiffer rufen ihn an, und freuen sich des vielfachen Echos.

Lore Lay
Lore Lay
Lore Lay

Als wären es meiner drei.

***

Voici la traduction française de la version initiale du poème de Clemens Brentano que l'on pourrait qualifier à la fois de conte, de ballade, de complainte et d'élégie !

La pauvre Lore Lay

À Bacharach, au bord du Rhin, habitait une magicienne. Elle était belle et gracieuse. Elle séduisait facilement le coeur. Déjà, plusieurs hommes avaient souffert pour elle. Une fois qu'on était tombé dans ses liens d'amour, on ne pouvait plus s'en délivrer.

L'évêque la cita devant le tribunal ecclésiastique. Il voulait la condamner, mais il n'en eut pas la force, tant il la trouva belle. «Dis-moi, s'écria-t-il avec émotion, dis-moi, pauvre Lore Lay, qui donc a fait de toi une méchante sorcière?

- Seigneur évêque, laissez-moi mourir. Je suis lasse de la vie ; car tous ceux qui me regardent sont condamnés à souffrir. Le feu magique est dans mes regards, et mon bras est une baguette magique. Jetez-moi dans les flammes, détruisez mes enchantements.

- Je ne peux pas te condamner avant que tu m'aies dit comment il se fait que ce feu magique ait déjà pénétré dans mon sein. Je ne peux pas te condamner, car mon coeur se briserait en deux.

- Seigneur évêque, ne vous moquez pas d'une pauvre fille. Priez plutôt, priez pour moi le Dieu de miséricorde. Je ne veux pas vivre plus longtemps. Je ne peux plus aimer. Condamnez-moi à mort. Voilà tout ce que je vous demande. Celui que j'aimais m'a trahi ; il s'est éloigné de moi ; il est parti pour la terre étrangère. La douceur du regard, le frais incarnat du visage, la suave mélodie de la voix, voilà ma magie. Moi-même j'en suis victime. Mon âme est pleine de douleur, et je mourrais si je voyais mon image. Faites-moi donc justice. Laissez-moi mourir. Tout a disparu pour moi dans le monde, depuis que je ne vois plus celui que j'aimais.»

L'évêque appela trois chevaliers : «Conduisez-la, dit-il, dans un cloître, Va, ma belle Lore Lay ; que le ciel ait pitié de toi ! Tu deviendras nonne, tu porteras la robe noire et blanche. Prépare-toi sur cette terre au grand voyage de la mort.»

Les chevaliers partirent pour le cloître, et regardèrent avec tristesse la belle Lore Lay.

«Ô chevaliers ! s'écria-t-elle, laissez-moi monter sur ce rocher. Je veux voir encore une fois la demeure de mon bien-aimé ; je veux contempler encore une fois les vagues profondes du Rhin. Puis nous irons au cloître, et je deviendrai la fiancée du Seigneur.»

Le roc est taillé à pic, difficile à gravir. Mais elle s'élança rapidement jusqu'à son sommet, et là, debout, elle s'écria : «Je vois un bateau sur le Rhin ; celui qui guide ce bateau doit être mon bien-aimé. Oui, c'est sans doute mon bien-aimé, et la joie me revient au coeur.»

À ces mots, elle baissa la tête et se précipita dans le fleuve.

Là s'arrêta le chant du poète. Mais le peuple continua la tradition. Il raconte que Lore Lay apparaît encore au milieu du fleuve où elle s'est jetée, comme Sapho. Souvent on la voit à la surface des vagues, tresser ses longs cheveux ; souvent, le soir, on l'entend jouer de la harpe et chanter, et ceux qui prêtent l'oreille à ses chants, ne peuvent résister à la magie de sa voix, à la fascination de son regard. Ils abandonnent leur barque et se jettent dans les flots.

Clemens BRENTANO (1801)


Se croyant victime d’une malédiction, car tous les hommes tombent amoureux d’elle jusqu’à en périr, Lore Lay ne souhaite rien d’autre que mourir. De plus, elle se sent trahie par son amant qui est parti dans un pays lointain et qui ne l’aime pas. L’évêque n’est quant à lui pas insensible à son charme. Plutôt que de la condamner, il préférerait la voir entrer au couvent. Trois chevaliers doivent l’y conduire. Mais, en chemin, elle demande à son escorte de la laisser grimper en haut d’un rocher, afin de pouvoir contempler une dernière fois le château de son amant. C’est alors qu’elle voit une barque sur le fleuve. Elle est persuadée que son amant en est le passager. Transportée de joie, ne sachant plus vraiment ce qu’elle fait, elle se jette dans les flots, sans que les chevaliers, ralentis par leurs montures, puissent la rattraper.

Tout au long du poème, la malchance de la Lorelei est évoquée par des termes qui sont propres au domaine de la magie : « Zauberin » (la magicienne), « böser Zauberei » (la mauvaise magie), « Zauberstab » (la baguette magique), « Zauber Kreis » (le cercle magique). En contrepartie, d’autres mots font allusion à la religion (« Bischoff » (l’évêque), « Gott » (Dieu), « Christ », Kloster (le couvent), Nönnchen (la petite nonne), Gottes Jungfrau (la vierge de Dieu). Ce n’est finalement pas la religion qui est le remède aux maux de la Lorelei, mais la mort.

Le feu, qui symbolise la passion destructrice, est évoqué à travers plusieurs termes : « Flammen » (flammes), utilisé 3 fois et « brennt » (brûle).

L’issue finale est en fait prévisible :
« Weil jeder muß verderben,
Der meine Augen sieht. » (parce que celui qui voit mes yeux doit se précipiter dans l’abîme)
« Vor Schmerzen möcht ich sterben,
Wenn ich mein Bildniß seh. » (je voudrais mourir de douleur en voyant mon image)
« Ich will noch einmal sehen
Wol in den tiefen Rhein, » (je veux encore une fois voir dans les profondeurs du Rhin)

Le chiffre trois apparaît très fréquemment dans le poème : certains termes sont répétés trois fois (« Flammen » (flammes), « verderben » (s’abîmer)), les chevaliers de l’escorte sont trois et l’écho, que Brentano évoque à la fin, se répète trois fois. Le chiffre trois a de tout temps été un symbole très puissant ; ici, il peut être rapproché de la magie autant que de la religion.

Brentano s’est inspiré des Métamorphoses d’Ovide et notamment du mythe d’Echo (Echo tombe amoureuse de Narcisse, mais celui-ci la reçoit avec mépris. Le cœur brisé, elle s’enfuit dans une grotte où, solitaire, elle se laisse dépérir. Elle maigrit jusqu’à disparaître et seule sa voix demeure. Ainsi naît le phénomène de l’écho).

Il a également utilisé le mythe de Narcisse (Narcisse se voit dans l’eau de source et tombe amoureux de sa propre image. Ne pouvant atteindre son reflet, il reste à côté de la source et se laisse dépérir).

Un autre version de ce poème, qui a pour titre Loreley, est présente dans le recueil Gedichte, paru en 1854, après la mort de l’auteur.

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