Quelques heures de printemps ou le suicide assisté

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Quelques heures de printemps ou le suicide assisté

Message  Invité le Dim 3 Fév 2013 - 21:26

A 48 ans, Alain Evrard est obligé de retourner habiter chez sa mère. Cohabitation forcée qui fait ressurgir toute la violence de leur relation passée. Il découvre alors que sa mère est condamnée par la maladie. Dans ces derniers mois de vie, seront-ils enfin capables de faire un pas l'un vers l'autre ?



Dans « Quelques heures de printemps », Stéphane Brizé met en scène les relations entre un fils et sa mère qui, condamnée par la maladie, suit une procédure de suicide assisté.



Interview du Figaro par Marie-Noëlle Tranchant, le 8/09/2012:

INTERVIEW - Il interprète un fils mutique face à sa mère mourante dans Quelques heures de printemps.

Vincent Lindon retrouve Stéphane Brizé, son metteur en scène de Mademoiselle Chambon, dans un drame entre un fils et sa mère aux résonances très actuelles, puisqu'il aborde la question du suicide assisté. Avec Hélène Vincent, le comédien traverse le film dans un long tête-à-tête mutique, lourd d'incompréhension et d'hostilité accumulées depuis des années, jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour ne pas aller à l'essentiel, cette source cachée, longtemps obstruée, de la tendresse. Fallait-il attendre le dernier moment pour la retrouver? C'est peut-être la vraie question du film, plus secrète et plus lancinante que celle de décider légalement de l'heure de sa mort, et les comédiens lui donnent une densité bouleversante.

LE FIGARO. - Après Welcome, sur les immigrés clandestins,Quelques heures de printemps, sur le suicide assisté. Vincent Lindon, acteur engagé?

Vincent LINDON. -Je ne suis pas engagé au sens de «défendre une cause». Il faut d'abord que l'histoire me plaise. J'aime que l'humanité soit en gros plan, avec un arrière-plan de société. Comme acteur, mais aussi comme spectateur, j'aime les films où l'inconscient a été touché, pendant que le conscient s'est diverti, embarqué dans une histoire. Comme disait Le Vigan dans Quai des Brumes, «je peins les choses qui sont derrière les choses». Si une histoire forte avec des personnages très humains entre en résonance avec un grand sujet de société qui parle à nos contemporains, c'est formidable. Dans Quelques heures de printemps, c'est le suicide assisté, mais ce n'est pas le thème central.

Quel est le thème central, pour vous?

Ce que j'ai vu d'abord, c'est la relation, et tout ce qui l'empêche, la bloque. J'ai aimé cette histoire d'une mère et d'un fils, leur impossibilité à communiquer. J'ai songé à Un mauvais fils, de Claude Sautet.Quelques heures de printemps est un film sur l'amour et comment se le dire. L'incapacité à s'exprimer, et le moment fatidique où il sera trop tard pour le faire. Il y a une phrase qui m'a toujours terrifié: «Si tu as quelque chose à me dire, c'est le moment ou jamais.» C'est un film là-dessus, sur cette urgence de dire ce qui compte vraiment.

Vous parlez beaucoup, vous?

Je n'aime que parler. Souvent quand on m'envoie un texto, je réponds par un message vocal, pour donner ma voix, ma présence. Pour moi, l'essentiel est de dire, de s'expliquer de tout, de s'excuser quand on a fait une erreur, de déclarer son amour à ceux qu'on aime. Je ne crois pas que «qui aime bien châtie bien». Je préfère «qui aime bien aime bien». Mais il y a des gens qui ne peuvent pas entendre «je t'aime» ou comprendre ce qu'il y a sous «je te déteste». Il y a des gens qui ne savent pas ouvrir les cadeaux, parce qu'ils ne savent pas dire merci.

Et sur la question du suicide assisté, que dites-vous?

C'est un problème majeur et extrêmement complexe. On ne peut pas, on ne doit pas l'éviter. Il n'y a pas que la souffrance physique, mais la détresse morale, le sentiment de solitude parfois intolérable. Des gens qui disent: «Vous ne savez pas ce que ça me coûte, de rester.» J'espère que le film peut aider à y réfléchir, parce qu'il ne donne pas d'ordre, ni de mot d'ordre, il fait vivre une situation. Encore une fois, la question vient en second, le film est d'abord sur la relation. L'appartement dans lequel on a tourné appartenait à un frère et une sœur qui ne se parlaient plus. Et ils se sont réconciliés.

Chez Pierre Jolivet, Philippe Lioret, Stéphane Brizé, vous interprétez des personnages populaires souffrant d'isolement social. Avez-vous le sentiment de représenter un certain type masculin d'aujourd'hui, coincé à la périphérie de la société, entre rage et impuissance?

Ce n'est pas moi qui peux dire ce que je véhicule, sinon que je n'entre pas dans un genre trop fashion. Dans les films, j'incarne souvent des personnages en rage, coincés par la société, mais dans la vie, c'est différent. Je suis en colère mais je ne suis pas coincé par la société. Je fais partie d'une famille bourgeoise qui a appris à dire sa colère avec charme et humour. J'ai de l'espace, pour exister, pour m'exprimer. Je dirais plutôt que je suis enfermé dans un vaste enclos où je peux gambader, même s'il y a des palissades trop hautes pour s'évader.

Stéphane Brizé a dit de vous: «Vincent a cette incroyable qualité que tout ce qu'il nous montre de lui nous parle de nous, de nos forces et de nos faiblesses, de nos peurs et de nos certitudes.»

Peut-être simplement parce que je fais les choses, je leur donne leur poids. Quand je mange, je mange ; quand je bois, je bois. J'existe. Et j'avance. Les seuls personnages intéressants pour moi sont ceux qui progressent ou qui empirent, mais qui bougent. Un personnage qui n'a pas évolué durant le film, j'ai envie de lui crier à travers l'écran: «Ça ne sert à rien que tu existes!» Je déteste les personnages qui ne servent à rien. Je veux qu'ils m'apportent autant que je leur apporte. Il faut qu'il y ait du négoce entre le personnage et moi! C'est moi et pas un être factice qui le joue, ce type. C'est moi qui ai passé deux mois à Châlons avec Hélène Vincent, qui ai trié des plastiques, c'est moi qui ai dit à une dame âgée qui est ma mère: «Tu vas le prendre dans la gueule!», qui ai eu cette méchanceté et cette grossièreté. Et je repars avec ça, après le tournage. Mais un personnage qui ne me laisserait pas d'odeur, pas de souvenir, même cuisant, ça ne m'intéresserait pas.

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Quelques heures de printemps

Message  Kashima le Mar 5 Fév 2013 - 7:00

Je l'ai vu ce week-end, je voulais même en parler dans le sujet "La mort des êtres chers". Je l'ai trouvé fin dans les caractères : on sentait le vide entre ce fils et cette mère, qui n'avaient plus (avaient-ils eu?) grand chose en commun. Les froids sonnaient juste, les disputes étaient glaçantes de réalisme, jusqu'à cette mort voulue dans la chambre en Suisse, où j'ai pleuré, quand chacun avoue à l'autre combien il l'aime alors qu'il est trop tard.
Lindon est muet au possible, mais on a l'impression qu'il parle, par exemple quand les gens de l'association Voluntas (au lieu de Dignitas, association suisse qui existe vraiment : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] viennent donner les conditions de ce suicide assisté. J'ai guetté les battements de coeur.
Jamais il ne s'interpose, jamais il ne remet en question le choix de sa mère.
Rares sont les films sur ce sujet, qui plus est traités avec pudeur et finesse.

Kashima
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