Louis-René des Forêts

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Louis-René des Forêts

Message  Kashima le Dim 27 Jan 2013 - 11:41

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Rien que son nom est prometteur quand on tombe sur l'un de ses livres... Le Bavard comporte trois parties, où l'auteur use des artifices de l'écriture pour les démonter après. L'histoire tient à très peu de choses. Ce qui compte, c'est que le narrateur a envie de bavarder :

“Bref, j’avais envie de parler et je n’avais absolument rien à dire.”

Il va donc parler, que ce qu'il dise soit vrai ou non. Il nous raconte comment il est arrivé un soir dans un lieu où l'on boit et on danse :

“C’était agréable de penser que je pourrais me livrer en toute quiétude au plaisir de contempler quelque chose de vivant sans être sollicité à y prendre part ; tout ce que je désirais maintenant, c’était rester dans un coin, environné de fumée, de musique et de rires et cependant solitaire, à observer avidement et lucidement un spectacle plein de vie auquel il me plaisait d’être le seul à ne pas participer d’une manière active.”


Il nous dit sa manière d'être souvent en retrait, sauf ce soir-là, où il voit une belle femme danser avec un garçon plus petit qu'elle, un rouquin pas très engageant. Il décide de l'inviter et là naît un malaise. Cette nuit-là, le narrateur a parlé (sous l'effet de l'alcool?) plus qu'il n'aurait dû et s'est mis dans une situation délicate. Mais tout l'art de l'auteur est de justement nous maintenir, nous lecteurs, dans un état de désir de savoir qui ne sera jamais vraiment satisfait.

“Je ne suis pas de ceux que d’opinion d’une jolie femme laisse indifférents.”

La deuxième partie se passe dans un parc enneigé, après cette soirée dont il a souffert : il tente de camoufler sa blessure psychologique par un mal physique.
Dans la dernière partie, il apostrophe encore le lecteur, le défie, se montre désagréable avec lui. De bavard, il devient paranoïaque, il dit savoir ce qu'on pense de lui mais s'en fiche aussi, il est comme un gamin qui nargue et se fait détestable, par bravade.

Le Bavard est un livre qui ne ressemble pas aux autres : l'auteur écrit soi-disant pour ne rien dire mais dit des choses qui nous tiennent en haleine, ne serait-ce que parce que l'écriture est belle. Et puis, les autres disent-il plus que ce que lui a écrit?
Il nous interroge sur le mensonge, sur l'importance d'une vérité ou non en littérature. Il est possible d'écrire un livre avec du rien, en se centrant sur un fait qu'on peut étirer jusqu'à épuiser sa substance.
C'est à lire, c'est à part...

“Et notez que je ne vous demande pas de me lire vraiment, mais de m’entretenir dans cette illusion que je suis lu.”

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Qui est cet auteur qui n'est pas très connu et qui a pourtant fréquenté des hommes comme Bataille ou Queneau?

Louis-René des Forêts est un écrivain français, né le 28 janvier 1918 à Paris, ville où il est mort le 31 décembre 2000. Il est l'auteur d'une œuvre peu abondante, largement commentée par la critique, mais peu connue du grand public.
Après une scolarité secondaire à Bourges, il suit des études de droit et de sciences politiques et commence à faire paraître des chroniques musicales et littéraires. C'est à la fin des années trente qu'il fait la connaissance de Jean de Frotté, qui le met en relation avec Patrice de La Tour du Pin, Michel du Boisberranger et Jean Chauvel. Mobilisé en 1939, de retour chez lui, dans le Berry, en 1940, il s'y engagera dans la Résistance. Ses débuts littéraires datent de l'Occupation. Entre 1941 et 1943, il écrit Les Mendiants, publié par Gallimard, qui sera suivi en 1946 du Bavard, presque ignoré du public.

Il se lie d'amitié avec Raymond Queneau et André Frénaud. Après une année de travail avec le jeune éditeur Robert Laffont, il se retire en province. Il publie dans quelques revues : L'Arbalète, Les Lettres nouvelles, La Nouvelle Revue française. En 1953, il revient à Paris et participe chez Gallimard (dont il sera membre du comité de lecture de 1966 à 1983) à la conception de l'Encyclopédie de la Pléiade, avec R. Queneau. Il se lie alors d'amitié avec Michel Gallimard, Robert Antelme, Georges Bataille et Maurice Blanchot.

Il fonde en 1954 le Comité contre la guerre d'Algérie, avec Dionys Mascolo, Edgar Morin et Robert Antelme.

En 1960, il publie La Chambre des enfants, prix des Critiques.

En 1967, il fonde la revue L'Éphémère, avec Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Paul Celan, Jacques Dupin, Michel Leiris et Gaétan Picon ; il fait également paraître au Mercure de France Les Mégères de la mer. Chez le même éditeur paraîtra en 1997 son dernier ouvrage, Ostinato, autobiographie fragmentée dont la rédaction avait été entreprise dès 1975 et dont la NRF, L'Ire des vents, Art Press, La Quinzaine littéraire et Le Cahier du refuge avaient donné successivement, entre 1984 et 1994, des extraits et ébauches. Plusieurs prix lui seront remis dans les années 1980 : prix Maeterlinck à Bruxelles (1988), Grand Prix national des lettres pour l'ensemble de son œuvre (1991). En 1997, il obtient le prix de l'écrit intime.



Les Mégères de la mer a été préfacé par [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] :
«Ostentatoire, somptueuse, procédant par dévoilements énigmatiques ou éclaircies ténébreuses, mais d'une évidence en fin de compte saisissante, voici la part la moins connue de l'œuvre de Louis-René des Forêts, loin de tout romanesque, apparemment, mais y souscrivant dans le mouvement paradoxal d'une écriture qu'on peut dire tout entière placée sous le signe ou l'injonction du récit, la poésie ayant ici lieu dans la générosité d'une parole dont elle condamne pourtant les prestiges.»

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Kashima
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