Des extrêmes

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Des extrêmes

Message  Kashima le Dim 7 Oct 2012 - 15:05

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Le film Kriegerin (la Combattante) raconte l'histoire de Marisa, une Allemande qui appartient au mouvement néo-nazi : elle est tatouée de partout (croix gammée, signes d'appartenance à l'extrême-droite), est très violente. Elle sort avec un homme qui se fait arrêter, un néo-nazi convaincu et lui aussi violent, qui n'hésite pas à avoir recours aux armes.
Un jour qu'ils sont tous sur une plage, ils s'en prennent à deux immigrés, les insultent, leur disent de partir de là. L'un des deux, en partant, de colère, casse le rétroviseur de Marisa. Quand elle voit cela, elle prend sa voiture et rattrape la mobylette dans laquelle elle fonce. Sur son chemin, quelques jours plus tard, elle va retrouver un de ces deux jeunes...

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Parallèlement, la jeune Svesnja, âgée de quinze ans, se cherche une identité : elle croise, chez son père, un jeune homme qui appartient à ce groupe néo-nazi. C'est l'idéal pour faire sortir la colère qui est en elle...

Kriegerin est intéressant et effrayant : il décrit une jeunesse dont l'idéologie n'est pas morte avec la fin de la 2ème guerre mondiale. Haine aveugle, sentiment d'appartenance à une race supérieure, désir de se saouler et de frapper au son d'un rock métal allemand... Ca sent la bière et la vue basse.

Kashima
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Timbuktu

Message  Kashima le Mar 23 Déc 2014 - 12:00

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En avril 2012, les islamistes d'AQMI et d'Ansar Dine s'emparent de Tombouctou au Mali. Ils imposent la charia (la loi islamique).
Le film d'Abderrahmane Sissako (France/Mauritanie) montre un petit village dans les alentours de Tombouctou, où les islamistes ont pris le pouvoir. Qu'on ne s'attende pas à voir des fous crier "Allah Akbar", des fanatiques avides de sang et impitoyables... Le film s'ouvre sur une voiture dans le désert : le drapeau noir du Djihad flotte et les hommes tirent des coups de fusil sans toucher la gazelle qui court. Ils disent : "Ne la tuez pas, mais épuisez-la". Tout est déjà dans cette phrase inaugurale...

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L'horreur de la charia s'applique, mais elle est mise en scène de façon à ce qu'on voie que les djihadistes sont des humains, et c'est bien ce qu'on a le plus de mal à entendre quand on suit de près l'actualité du Moyen-Orient, avec les décapitations et les folies des fanatiques de l'Etat islamique en Syrie et en Irak.
Ce film est impressionniste : on nous montre par touches le mal que font ces extrémistes en imposant leur loi. L'imam s'oppose à eux, tente de leur faire entendre raison quand ils pénètrent en armes dans la mosquée à l'heure de la prière, quand ils forcent des jeunes filles au mariage sans le consentement de leur famille. On ne fait pas taire à coups de fusil ni en faisant sauter les têtes (malheureusement, je crains que sur ce point-là, l'ensemble reste trop angélique, au regard des témoignages que j'avais pu entendre au moment de la prise de Tombouctou par les islamistes...).
La Charia interdit de jouer au foot, d'écouter de la musique ; les femmes doivent se voiler, porter des gants et des chaussettes. A côté de cela, les extrémistes qui semblent passer de longues journées à s'ennuyer à côté de leur téléphone portable, parlent de Zidane et de Messi... Et l'un d'entre eux va même se lancer dans une longue danse solitaire, croyant que personne ne le voit, sous le regard de la folle du village.

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La folle du village, justement, n'est pas inquiétée par les djihadistes. Elle se promène avec son coq, elle chante, elle est bariolée : elle se met devant la voiture des chefs, barrant la route sans avoir peur de rien. Sa folie la protège...
Une des plus belles scènes est celle de la partie de football sans ballon : je l'ai trouvée très touchante. La rébellion est silencieuse. Comment interdire de jouer avec un ballon qui n'existe pas?
Les cruautés sont très peu montrées, pas d'atmosphère angoissante malgré un sujet qui l'est : 80 coups de fouet pour un homme et une femme qui ont joué de la musique et chanté dans la même pièce et surtout, la lapidation d'un couple illégitime qu'on a enterré jusqu'à la tête et qui meurt à coups de pierres...

Il y a aussi, parallèlement, l'existence paisible dans le désert du beau Kidane, avec sa femme et sa fille. Il vit de son bétail dont s'occupe le jeune Issan, fier de mener le troupeau des vaches. Jusqu'au jour où GPS, leur vache préférée, va se faire tuer par un voisin...

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Je n'aurais pas cru dire que ce film laisse une impression de douceur. Il ne cultive pas la haine, mais je me dis aussi qu'il risque d'être un peu trop doux par rapport au sujet qu'il aborde car la vie à Raqqa, la vie sous la loi islamique, n'est pas aussi paisible dans la réalité. Certes, les djihadistes sont des hommes au départ, mais ils ont perdu leur humanité en sombrant dans cette folie qui prend Dieu pour prétexte. La violence n'a pas été le choix du réalisateur, je peux comprendre ce parti pris quand on est dans une oeuvre artistique, réussie qui plus est. Mais la charia à Tombouctou, c'est cela dans la réalité documentaire :




La photographie est très belle. On se laisse prendre par cette sobriété et cette douceur et on se dit qu'en ne montrant pas l'horreur, elle n'en est pas moins là :

"Il ne s'agit pas de dédramatiser les évènements, mais de leur rendre leur dimension absurde et irrationnelle.(...)
Le style intimiste de Timbuktu porte à très haut degré de réalisation artistique ce qui a toujours été le plus beau ferment de résistance face à la Terreur: la préservation de cette part infime de liberté au coeur de l'être humain qui vient dans sa fragilité même vaincre la violence et la barbarie."

Voilà qui est bien résumé par Hugues Maillot (Figaro).
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Kashima
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