Classiques
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Classiques

Encore un beau titre et une phrase de début de roman qui se font jalouser :
"Le mouvements d'un coeur comme celui de la comtesse d'Orgel sont-ils surannés?"
Raymond Radiguet est mort à vingt ans de la fièvre typhoïde. Il a eu le temps d'écrire deux livres devenus des classiques : Le Diable au corps et Le Bal du Comte d'Orgel.
François de Séryeuse fait la connaissance, au cirque, du comte Anne d'Orgel et de sa femme Mahaut. Très vite, il devient leur intime. On sait que, dès le premier regard, François tombe amoureux de Mahaut, mais toute la subtilité du livre est de ne pas aller de plein fouet dans ces sentiments interdits des deux côtés : Anne est l'ami de François qui ne peut désirer la femme de son hôte. De son côté, Mahaut va elle aussi s'éprendre de lui.
C'est un livre sentimental, où rien ne se consomme, qui reste dans les avants de l'aveu :
“Mais on n’a encore trouvé qu’un seul moyen d’empêcher son coeur de battre, c’est la mort.”
Graziella

Après avoir vu le (supposé) foulard de Graziella dans le château de Lamartine à Saint-Point, je me suis dit qu'il serait peut-être temps de lire ce livre.

Château de Saint-Point
Lamartine a dix-huit ans. Il part séjourner en Italie, avec un ami, dans la baie de Naples, où ils visitent Cumes, la paradisiaque Ischia... Restant plus longtemps que prévu, ils décident tous deux de s'embarquer avec des pêcheurs qui les accueillent sur leur barque. Un jour, la mer se déchaîne. Ils accostent à Procida où vivent le pêcheur et son petit-fils. Le temps d'un été, ils vont être accueillis par cette famille composée d'Andréa, le pêcheur, de sa femme et des petits-enfants, dont Graziella, jeune et belle Italienne de quinze ans.

Lamartine raconte la beauté des lieux, son goût pour la lecture, l'écriture, le rêve. C'est un récit de la jeunesse qui connaît les premiers élans du cœur.
Graziella se laisse attendrir par la lecture de Paul et Virginie, faite tous les soirs à la famille. L'ami de Lamartine rentre en France, et le poète reste seul chez ces gens qu'il ne désire pas quitter. Il noue une amitié avec Graziella, et jamais ne se soupçonne amoureux d'elle jusqu'au jour où un cousin va la demander en mariage...
Graziella fut d'abord intégré à l'ouvrage autobiographique Les Confidences en 1849, puis publié seul en 1852.
La mort en pleine jeunesse de ce premier amour inspire au poète ce refrain (car le livre se clôt sur un poème écrit à la vue d'un cercueil dans une église) :
"Mais pourquoi m'entraîner vers ces scènes passées?
Laissons le vent gémir et le flot murmurer ;
Revenez, revenez, ô mes tristes pensées!
Je veux rêver et non pleurer!"
Le Premier regret

La déclaration de Graziella au narrateur est faite dans le grand style romantique :
“ Que je me sens bien ! ” me dit-elle en parlant tout bas, d'un ton doux, égal et monotone, comme si sa poitrine eût perdu à la fois toute vibration et tout accent et n'eût plus conservé qu'une seule note dans la voix. “ J'ai voulu en vain me le cacher à moi-même, j'ai voulu en vain te le cacher toujours, à toi. Je peux mourir mais je ne peux pas aimer un autre que toi. Ils ont voulu me donner un fiancé, c'est toi qui es le fiancé de mon âme ! Je ne me donnerai pas à un autre sur la terre, car je me suis donnée en secret à toi ! Toi sur la terre, ou Dieu dans le ciel ! c'est le voeu que j'ai fait le premier jour où j'ai compris que mon cœur était malade de toi. Je sais bien que je ne suis qu'une pauvre fille indigne de toucher seulement tes pieds par sa pensée. Aussi je ne t'ai jamais demandé de m'aimer. Je ne te demanderai jamais si tu m'aimes. Mais moi, je t'aime, je t'aime, je t'aime ! ” Et elle semblait concentrer toute son âme dans ces trois mots. “ Et maintenant, méprise-moi, raille-moi, foule-moi aux pieds ! "
Texte intégral ici : http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre2256.html#page_1

Quelques extraits :
“Il n’y a pas une âme de vingt ans qui ne soit républicaine.”
“On ne peut jamais frapper un peu fort sur le coeur de l’homme sans qu’il en sorte des larmes, tant la nature est pleine, au fond, de tristesse.”
“Il y a plus de génie dans une larme que dans tous les musées et dans toutes les bibliothèques de l’univers.”
“Pauvre Graziella, répondis-je en souriant, Dieu me garde du jour où où j’aurai honte de ceux qui m’aiment!”
“Aimé pour être aimé, c’est de l’homme; mais aimer pour aimer c’est presque de l’ange.”
“L’homme a beau regarder et embrasser l’espace, la nature entière ne se compose pour lui que de deux ou trois points sensibles auxquels toute son âme aboutit. Otez de la vie le coeur qui vous aime, qu’y reste-t-il? (…) Un nuage sur l’âme couvre et décolore plus la terre qu’un nuage sur l’horizon. Le spectacle est dans le spectateur.”
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