Demande à la poussière

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Demande à la poussière

Message  Kashima le Mer 1 Aoû 2012 - 21:17

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“Le désert serait toujours là, blanc, patient, comme un animal à attendre que les hommes meurent, que les civilisations s’éteignent et retournent à l’obscurité.”

Quelle lecture! Ce livre se boit d'un trait, c'est une claque.
Il m'a autant plu que [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] de Salinger, dévoré de la même façon, et auquel on peut le comparer pour le style (langage apparemment familier avec des éclats de poésie, monologue intérieur du personnage principal...)
Arturo Bandini vient du Colorado : il a publié une nouvelle dans un magazine et il est persuadé d'être un grand écrivain. Il se regarde vivre tout en vivant de manière insouciante, sans le sou et, dès qu'il a de l'argent, il le dépense et le gaspille.
Il reste dans sa chambre d'hôtel à Los Angeles, écrit des courriers à son éditeur qu'il admire, et son talent, finalement, le dépasse...
Il rencontre une Américaine d'origine mexicaine, Camilla Lopez, dans un bar où le café est très mauvais. Leur rencontre est électrique, ils se parlent mal, on ne peut pas se douter qu'Arturo en tombera amoureux, à sa façon.
Voici quelques morceaux choisis, citations ou extraits. Je ne reproduis pas la fin, mais la dernière page est digne des plus grands romans, par l'émotion et la beauté qui s'en dégagent...
Il faut le lire, ne serait-ce que pour ce titre si beau, pour les pages où se nichent toutes les poussières dont celles aussi des déserts.


“J’ai tiré la langue devant une cravate comme un saint peut saliver après des indulgences.”

“(…) même si tes yeux de vieille enfant nagent dans le sang comme des sonnets écrits par un maniaque.”

“J’étais pas exactement un ange moi non plus, j’avais moi aussi l’âme qui faisait des noeuds et des faux plis, comme tout le monde.”




Une drôle de prière

“Je tire l’énorme porte et elle s’ouvre en gémissant. Sur l’autel se trouve la lumière éternelle, rouge-sang et cafouilleuse à cause d’un mauvais contact; elle fait des ombres cramoisies sur un silence de près de deux mille ans. C’est mortel, d’accord, mais je me souviens aussi des mouflets hurleurs aux baptêmes. Alors je me mets à genoux. Pure habitude, ça. Je m’assois sur une chaise. Vaut encore mieux être à genoux, parce que ça fait mal et ça distrait de ce silence horrible. Une prière. Sûr, pourquoi pas, allons-y pour la prière : pour raisons sentimentales, uniquement. Dieu Tout-Puissant, désolé mais maintenant je suis athée ; et d’abord est-ce que vous avez lu Nietzsche? Ah, ce bouquin, quel bouquin! Dieu Tout-Puissant, je vais jouer cartes sur table avec vous. Je vais vous faire une proposition. Vous faites de moi un grand écrivain, je rejoins le sein de l’Église. Et s’il Vous plaît, Mon Dieu, encore un petit service. Faites que ma mère soit heureuse. Le Vieux je m’en fiche ; il a son vin et il a sa santé, mais ma mère se fait tellement de mourron. Amen.”

(dessin d’Eloi Valat)

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La femme au renard

“Un soir une femme beaucoup trop belle pour ce monde m’a visité sur des ailes de parfum, et moi je n’ai pas pu le supporter. Je n’ai jamais su qui elle était au juste, juste une femme avec un renard et un petit chapeau très coquet, et Bandini lui filait le train parce qu’elle était mieux que dans les rêves. Et je l’ai regardée entrer à la Grotte à Poissons, chez Bernstein’s. En transes, que j’étais, à la regarder à travers une vitrine pleine de truites et de grenouilles qui nageaient là derrière., à la regarder manger toute seule à sa table ; et quand elle est partie tu sais pas ce que j’ai fait? Non mais attends avant de pleurer, parce que t’as encore rien entendu, parce que c’est moi le dégueulasse, ma belle, dans le cœur j’ai que de l’encre noire ; moi, Arturo Bandini, je suis entré sans hésiter chez Bernstein’s dans sa Grotte à Poissons, et j’ai pris la même chaise qu’elle, même que ça m’a donné le frisson quand j’ai fait ça, de joie, et j’ai tripoté la serviette dont elle s’était servie et il y avait un mégot de cigarette avec des traces de rouge à lèvres dessus et tu sais pas ce que j’ai fait? Tout et tes petits malheurs, écoute ça : j’ai mangé le mégot, mâché, tabac, papier, tout avalé, et pour un peu j’en aurais redemandé, parce qu’elle était belle comme tu peux pas savoir ; et il y avait une cuiller près de l’assiette, je l’ai mise dans ma poche. De temps en temps je sortais la cuiller de ma poche et je la goûtais, elle était belle à ce point, moi j’aurais fait n’importe quoi. L’amour au rabais, pour les petites bourses, déesse à l’œil, pour pas un rond, rien que pour le cœur noir d’Arturo Bandini - un souvenir à chérir, à travers une vitrine grouillante de truites et de cuisses de grenouilles. Alors pas de larmes, s’il te plaît. Garde-les pour Arturo Bandini, parce que lui les malheurs ça le connaît, et comme tracas ils se posent même un peu là, et j’ai même pas encore commencé, par exemple je pourrais te raconter une certaine nuit sur la plage passée avec une princesse toute dorée, et sa chair qui ne me disait rien, ses baisers comme des fleurs fanées, sans odeur au jardin de ma passion.”


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(peinture de Viktor Oliva)


“La mer est là-bas derrière, derrière ma tête, dans le réservoir de la mémoire.”


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John Fante (1909-1983)

Fils d'immigrés italiens, John Fante naît en 1909 dans le Colorado. Comme ses personnages, il est un écrivain qui se cherche et qui ne sera reconnu mondialement qu'après sa mort. Il commence à écrire à 20 ans des nouvelles qu'il envoie à plusieurs journaux. Il sera publié pour la première fois dans la revue 'The American Mercury', en 1932. Son premier roman Attends le printemps Bandini" est publié en 1938. Après bien des déboires, certaines de ses nouvelles seront éditées, comme Demande à la poussière mais elles ne connaîtront aucun succès..

Sa rencontre avec Joyce, une étudiante fortunée, éditrice et écrivain, qu'il épouse en juillet 1937, va lui permettre de s'adonner pendant de longs mois à ses deux passions, le golf et le jeu. Il trouve tout de même le temps d'écrire et d'éditer son plus grand succès commercial Pleins de vie dont la réussite financière lui permettra d'acquérir une maison à Malibu. Le succès de cette dernière parution lui ouvre les portes d'Hollywood où il devient un scénariste important et reconnu.

De 1950 à 1956, John Fante vit sous le règne de l'abondance, il travaille notamment pour la Fox et la MGM et sera nommé aux oscars du meilleur scénario en 1957 pour Pleins de vie. Durant cette période il part également travailler à Rome et à Naples où se réveille en lui la nostalgie de ses origines italiennes.

Aveugle depuis 1978, à la suite de complications liées au diabète, il meurt le 8 mai 1983 à l'âge de 74 ans tout en ayant encore réussi à écrire Rêves de Bunker Hill en dictant le livre à sa femme Joyce. Ecrivain relativement tombé dans l'oubli, Charles Bukowski essayera de le faire connaître dans les années 80.


(source : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


Demande à la poussière est le 3e volet d'un cycle avec le personnage de Bandini : Bandini, La route de Los Angeles, Demande à la poussière et Rêves de Bunker Hill.

M



Dernière édition par Kashima le Jeu 23 Aoû 2012 - 10:24, édité 2 fois

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Re: Demande à la poussière

Message  interseXion le Jeu 2 Aoû 2012 - 18:27

Pour le titre et pour tout ce que tu m'en as dit j'ai une folle envie de le lire...


(je ne vois pas le petit M,mais cette fois ci,il ne sera pas nécessaire)

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Re: Demande à la poussière

Message  Kashima le Jeu 2 Aoû 2012 - 18:29

J'allais tout reprendre et mettre les M! Smile

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Mon chien Stupide, John Fante

Message  Kashima le Lun 8 Juil 2013 - 20:56

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Mon chien Stupide raconte la vie d'un écrivain un peu raté, Henry J. Molise.
Le livre se caractérise par son ironie, son humour noir aussi et fait ricaner plusieurs fois.

“Je n’avais pas mon pareil pour tomber en extase devant ma prose.”

Pour dissuader son père de prendre de la marijuana, Dominic dit à son père l'écrivain :

"C'est mauvais pour les écrivains, il a dit. Norman Mailer prétend que l'herbe fait des trous dans le cerveau par lesquels tous les mots fuient.
- De toute façon, ils fuient."


Marié depuis trente ans à Harriet qui lui a fait quatre enfants devenus grands, Henry compte les départs : le vide se fait peu à peu dans cette maison qui fut jadis remplie. Qui vient mettre en relief le moment de ce basculement? Un chien immense, qui dort sous la pluie dans le jardin : il a une tête d'ours, est énorme, sans doute un [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], ou un croisement de plusieurs chiens exotiques... Ils n'en veulent pas, mais il s'impose. Il semble être attiré par les hommes sur lesquels il tente de satisfaire ses pulsions sexuelles.
On fait la connaissance des enfants, on voit un couple vieillissant qui n'est plus celui qui faisait l'amour au premier jour de la rencontre.
Dans un style qui semble relâché, qui nous fait accéder aux pensées de cet écrivain qui rêve de partir à Rome, Mon chien Stupide se lit avec plaisir.
La truie de la fin est des plus attendrissantes...
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Dernière édition par Kashima le Jeu 9 Juil 2015 - 19:12, édité 1 fois

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Plein(s) de vie

Message  Kashima le Jeu 24 Juil 2014 - 13:42

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Titre original : Full of life

Dans ce roman, le héros est John Fante lui-même. Il connaît désormais le succès, a gagné de l'argent, il est un homme accompli... Le livre commence ainsi : sa femme de 25 ans est enceinte. L'avenir est en marche, la maison est achetée... Mais l'angoisse monte chez le narrateur, une angoisse racontée avec beaucoup de recul. On rit!
D'abord, en tâtant le ventre de sa femme, il se demande si elle ne va pas enfanter un montre car il croit percevoir deux têtes. Les deux anciens amants font maintenant chambre à part, la femme enceinte est presque une étrangère. Un jour, alors qu'il rentre chez lui, il voit qu'elle est passée à travers le plancher : la maison est bourrée de termites!
Une solution : aller chercher le père italien qui maîtrise parfaitement la maçonnerie. Les situations cocasses ne sont pas près de prendre fin.
Ce roman se lit avec beaucoup de plaisir. L'écriture n'est pas spécialement remarquable, loin de là, mais les personnages sont intéressants, bizarres, drôles et pourtant bien ordinaires.

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Bandini, John Fante

Message  Kashima le Jeu 9 Juil 2015 - 19:10

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Svevo Bandini est un Américain d'origine italienne. Il est maçon et vit pauvrement avec sa femme et ses trois fils.
Alors que Noël approche, il ne rentre pas à la maison : on l'a vu dans une voiture avec une veuve fortunée de la ville...
Sur un ton humoristique, qui sait tenir à distance le malheur pour le rendre encore plus frappant, John Fante raconte l'enfance d'Arturo Bandini, cet écrivain un peu raté qu'on a découvert dans Demande à la poussière, double de lui-même.
Maria, la mère, perd la tête depuis que le mari a quitté la maison ; August, un des jeunes frères, veut devenir prêtre ; et le petit dernier ne se rend pas trop compte de ce qui se passe.
Arturo déteste tout, sauf Rosa Pinelli, une camarade de classe. Mais comment la séduire?
L'un des meilleurs chapitres est celui où Svevo s'acharne à expliquer au lecteur, tout en croyant parler à sa femme, comment il ne l'a pas trompée. Sauf qu'on voit la veuve faire tout son possible pour le faire tomber dans ses bras : soit il est naïf, soit il est de très mauvaise foi... Et vu le personnage, on a la réponse!
Cet écriture est vraiment limpide et réjouissante. Ca se lit tout seul et on a envie d'en lire d'autres...

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La Route de Los Angeles, John Fante

Message  Kashima le Sam 22 Aoû 2015 - 10:33

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"Un jour, je deviendrais une légende de la mythologie crustacée."


Voilà le pire des narrateurs : hâbleur, exécrable, imbu de lui-même et, malgré tout, par quel miracle? Plutôt attachant!

Pourtant, je le déteste quand il tue les crabes, arrache les ailes d'une mouche, décapite un poisson... On retrouve donc Arthuro Bandini, le double littéraire de Fante, à dix-huit ans. Il vit avec sa mère et sa soeur Mona, va de petits boulots en petits boulots (qu'il quitte toujours de lui-même pour x raisons), jusqu'à ce que son oncle Frank lui trouve une place à la conserverie. Mais Bandini a eu une illumination : même s’il n'a pas écrit une ligne, Monsieur est écrivain! Il arrive avec ses prétentions littéraires à l'usine, méprise les autres employés et pourtant, il vomit tripes et boyaux durant des heures ce qui fait dire aux Mexicains et Philippins qu'il dédaigne : "Toi écrivain du dégueulis".

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Bandini a une vie intérieure très riche : il ne cesse de rêver sa vie, sur tout, à la moindre occasion. Par exemple, une femme habillée très pauvrement, même pas jolie, qu'il perçoit comme telle au premier abord, deviendra mentalement sa femme, son amour fou, et il est capable de la suivre dans les rues, d'embrasser le mur où elle a frotté son allumette...


“Allumette”, j'ai dit. “Je t'aime. Ton nom est Henrietta. Je t'aime de tout mon coeur.”
Je l'ai mise dans ma bouche et mâchonnée. Le pin brûlé avait un succulent goût doux-amer, comme une fragile gourmandise. Délicieux, surprenant. L'allumette qu'elle avait tenue entre ses doigts. Henrietta. La meilleure allumette que j'ai jamais mangée, m'dame. Toutes mes félicitations.


Tout est comme ça avec lui : le fantasme et la folie l'habitent. Il est plein de rêves, quitte à largement se surestimer, mais on sent, dans tout ce délire, qu'il peut devenir l'écrivain qu'il prétend quand il aura calmé les chevaux et peut-être, pour la première fois, couché avec une femme. Car ses amours sont au placards, au sens propre : il a l'habitude de prendre son plaisir avec des dizaines de photos découpées dans les magazines et, pour chaque femme, une histoire, je dirais presque : une mythologie!

C'est le premier roman de John Fante, qui n'avait pas été publié dans les années trente car jugé trop provocant. Joyce, sa femme, le fera paraître sur le tard, après sa mort, en 1983.  Il pose déjà les germes des autres textes qui suivront et où l'on retrouvera, sous cette forme ou une autre, Arthuro Bandini (Bandini, 1938 ; Demande à la poussière, 1939 ; Rêves de Bunker Hill, 1982).

A préciser : il faut pouvoir suivre Arthuro Bandini dans ses délires qui n'en finissent pas! Le rythme est très vif, Arthuro est soulant! On le déteste, mais on rit souvent de lui car on sent que cet orgueil vient de ses faiblesses.

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Régime sec, Dan Fante

Message  Kashima le Mer 30 Déc 2015 - 14:49

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Dan Fante est mort le 23 novembre 2015. Il n'avait commencé sa carrière littéraire qu'à 45 ans, ayant un mal fou à trouver un éditeur. Quand on lui pose la question, il répond :
"Je suis un écrivain français" car le premier éditeur à lui avoir fait confiance était français.
Comme son père, John Fante, il a écrit des romans et nouvelles à caractère biographiques. C'est la tétralogie Bruno Dante. On y retrouve beaucoup de John Fante, dans la façon de raconter, les situations...

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Régime sec est un recueil de nouvelles dont le point commun est l'expérience de Dan Fante comme chauffeur de taxi à Los Angeles. Très porté sur l’alcool, il raconte ses mésaventures, ses rencontres improbables dans la ville, comme ce Libby qui avait un python de plus de six mètres dans sa cave et qui, vu qu'il n'avait plus d'argent pour le nourrir, n'a pas trouvé mieux que de répondre aux petites annonces d'animaux.
S'il fait chauffeur de taxi, c'est pour gagner de l'argent car, ce qu'il aime, c'est écrire, et de cela, il ne peut en vivre.

Cette balade à LA se lit vraiment très bien, c'est agréable et drôle et prolonge l'oeuvre de John Fante.

Kashima
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Re: Demande à la poussière

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