La mort des êtres chers

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La mort des êtres chers

Message  Kashima le Lun 30 Juil 2012 - 11:37

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Acrylique sur tissu marouflé sur contreplaqué 80×160 cm de Pomme Camille


"Dans ma solitude, je me chante la berceuse douce, si douce, que ma mère me chantait, ma mère sur qui la mort a posé ses doigts de glace et je me dis, avec dans la gorge un sanglot sec qui ne veut pas sortir, je me dis que ses petites mains ne sont plus chaudes et que jamais plus je ne les porterai douces à mon front. Plus jamais je ne connaîtrai ses maladroits baisers à peine posés. Plus jamais, glas des endeuillés, chant des morts que nous avons aimés. Je ne la reverrai plus jamais et jamais je ne pourrai effacer mes indifférences ou mes colères."

Sur la mort de la mère, le plus poignant des livres, écrit dans l'un des plus beaux styles qui existent, est Le Livre de ma Mère d'Albert Cohen. On ne peut le lire sans pleurer ou sentir son sang se glacer, son corps se rétracter.

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Simone de Beauvoir a écrit Une mort très douce où elle raconte comment sa mère, âgée de 78 ans, a tourné la page pour passer dans la phase de la vieillesse acceptée :

"Pour moi, ma mère avait toujours existé et je n'avais jamais sérieusement pensé que je la verrais disparaître un jour, bientôt. Sa fin se situait, comme sa naissance, dans un temps mythique. Quand je me disais : elle a l'âge de mourir, c'étaient des mots vides, comme tant de mots. Pour la première fois, j'apercevais en elle un cadavre en sursis."

Elle a fait une chute chez elle : hospitalisée pour un col du fémur, on lui découvre un cancer aux intestins très avancé : Simone de Beauvoir va assister à l'agonie, hésitant souvent entre la souffrance et la mort pour elle :

“Je me demandais comment on s’arrange pour survivre quand quelqu’un de cher vous a crié en vain : Pitié !”

Elle repense à qui a été sa mère pour elle et pour les autres :

“Pourquoi accorder tant l’importance à un instant, puisqu’il n’y aura pas de mémoire?”

Enfin, cet objet si plein de signification, d'amour, de vie, va partir avec elle dans la tombe :

“Et son alliance?” (…) Nous la lui avons passée au doigt. Pourquoi? Sans doute parce qu’il n’y avait aucune place sur terre pour ce petit cercle d’or.”



Annie Ernaux
, elle aussi, a bien parlé de la déchéance de sa mère (maladie d'Alzheimer) : Je ne suis pas sortie de ma nuit. Dans La Place, tout commence par la mort du père.

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Pierrette Fleutiaux raconte aussi cela dans Des phrases courtes,ma chérie. Sa mère est en maison de retraite et se dégrade lentement : :

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Dernière édition par Kashima le Dim 16 Déc 2012 - 13:20, édité 3 fois

Kashima
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Tiens.... cette image me dit quelque chose...

Message  Pomme Camille le Ven 14 Déc 2012 - 12:11

Cher Kashima,

C'est par hasard en farfouillant sur google que je suis tombée sur cette image sur votre forum... mon image... sans crédit. Je m'appelle Pomme Camille, suis artiste, et je suis l'auteur de ce tableau, "une mort très douce", d'après le roman éponyme de Simone de Beauvoir. Tableau que j'ai réalisé après cette lecture forte et prenante. Je suis ravie que cette image vous plaise pour illustrer votre sujet, mais j'apprécierai d'être créditée.

Bien à vous, Wink

Pomme Camille
pommecamille.wordpress.com

Pomme Camille

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Re: La mort des êtres chers

Message  Kashima le Ven 14 Déc 2012 - 13:16

Bonjour Pomme Camille,

Cette toile est très belle, elle illustrait parfaitement le sujet sur ce livre qui m'a beaucoup plu!
Je vais aller voir votre site.
Ce site n'est pas professionnel, je ne gagne aucun argent pour le tenir. Je peux donc retirer sans problème votre peinture...

Kashima
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Re: La mort des êtres chers

Message  Pomme Camille le Sam 15 Déc 2012 - 14:47

Merci.
Juste mentionner mon nom suffirai, je suis flattée si on utilise mes images, mais j'apprécie qu'on note mon nom.
tchô

Pomme Camille

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Re: La mort des êtres chers

Message  Kashima le Sam 15 Déc 2012 - 16:27

Avec plaisir alors... J ignorais que la peinture était de vous avant votre message...

Kashima
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Re: La mort des êtres chers

Message  Kashima le Sam 15 Déc 2012 - 16:36

Je mettrai le lien vers votre site!

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Re: La mort des êtres chers

Message  Pomme Camille le Dim 16 Déc 2012 - 14:35

Merci ! Je suis curieuse de savoir comment vous êtes tombée sur cette image... ça m'amuse beaucoup. Et je vous en pris, tutoyez-moi.

Pomme Camille

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Re: La mort des êtres chers

Message  Kashima le Dim 16 Déc 2012 - 15:22

C'est normal de nommer l'artiste. Mais parfois, on tombe sur des images qui nous plaisent sans que l'auteur soit mentionné. Je cherchais sur Google de quoi illustrer le sujet, j'avais dû taper "une mort très douce", et cette image était idéale. Je ne savais même pas que cette toile avait été faite à partir du livre!

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L'heure bleue de Nathalie Kuperman

Message  Invité le Mer 30 Jan 2013 - 18:48

Une réponse en contre-point qui aurait pu être une symphonie....qui l'est peut-être d'ailleurs....une symphonie des sens: L'heure bleue de Nathalie Kuperman faisant echo au parfum éponyme de Guerlain.


Nathalie Kuperman

J'ai un reste du parfum de maman, L'Heure bleue, qui sent encore elle. J'ai mon carnet Mamamaman dans lequel je lui écris. J'ai sa bague en onyx qui fait comme une boule de cristal noir. J'ai Tanya, ma petite sœur, à protéger. La bague est à nous deux. Je lui demande de me dire quoi faire, de me dire l'avenir. Et elle m'annonce une catastrophe. Il y a trois ans que maman est morte. Elle avait promis de veiller sur nous jusqu'à ses 102 ans et je l'avais crue. Elle avait prétendu, sur son lit d'hôpital, que la chose qui lui ferait le plus plaisir, c'était que papa refasse sa vie, et je ne l'ai pas crue. Comment peut-on avoir envie d'être remplacé quand on est irremplaçable ? Aujourd'hui, trois ans après, maman vieille maman est devenue du silence. La musique qu'elle aimait ne résonne plus dans la cage d'escalier. Nous ne parlons plus d'elle. De jour en jour, elle disparaît davantage. Anne-Sophie, la nouvelle femme de Papa, fait trop de bruit. L'heue bleue, Nathalie Kuperman

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Gaston Puel, l'âme errante

Message  Invité le Mer 30 Jan 2013 - 19:12

Une autre voix ou autre voie, qui me rappelle La symphonie des adieux de Haydn ou La valse aux adieux de Kundera: la voix de Gaston Puel.


Gaston Puel

« Il faut survivre à l’absence... » disait-il

Abandonné, je le fus, enfant, par ma mère. Elle me quitta quand elle était la seule présence. Il faut donc survivre à l’absence. Dans ce trou de malheur vous léchez vos blessures et maintenez l’espoir d’en guérir. S’exprimer alors revient à avancer dans un espace ouvert aux contradictions qui, me semble-t-il, amplifie le sensible. Cet espace, comme un vide, invite à parler. Gaston Puel

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Re: La mort des êtres chers

Message  Kashima le Mer 30 Jan 2013 - 21:59

C'est la plus grande terreur qui soit.
Les mots, même hors contexte, sont si touchants.

Kashima
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Gaston Puel contexte

Message  Invité le Mer 30 Jan 2013 - 23:12

Le contexte, l'entretien suivant:

Tu es devenu ce « livreur » dont tu rêvais enfant, celui qui écrit des livres, mais aussi celui qui leur donne corps : un éditeur. Cette double activité que tu as toujours menée procède-t-elle d’un même désir, ou d’un même besoin ?
Dans nos décisions, comme celle qui me fit éditeur de « la Fenêtre ardente », il y a toujours une part de désir et une autre, circonstancielle, qui peut tenir à l’amitié, par exemple. Il y eut aussi l’opportunité d’acheter d’anciennes presses. Très rapidement je fus étiqueté. Editeur, ma poésie passa à la trappe. Ce fut assez pénible…

Tes entreprises éditoriales, notamment avec tes éditions de « La Fenêtre Ardente », ont généralement associé la poésie et la peinture, qui furent tes deux « tentations ». As-tu réellement abandonné l’une pour l’autre ? Et pour quelle(s) raison(s) ?
Peindre exige un contact avec la matière. Du temps aussi. Cependant qu’un crayon et un peu de papier suffisent au poète. Il m’arrive encore de peindre, de bricoler des objets, j’ai besoin de cette plongée, ça me rassure sans doute, d’autant qu’aucune prétention n’est en jeu. Mais j’ai choisi le crayon.

En quoi tous les peintres que tu as côtoyés t’ont-ils « aidé à vivre » et lequel t’aura le plus marqué ?
Tous m’ont aidé car tous étaient engagés dans un combat permanent que je respectais et admirais. Capdeville appelait le sien « mon affaire ». Il était entièrement voué à celle-ci. Ubac était attentif et coopérait. Carrade, qui fut un ami de toujours, était un combattant infatigable.

Tu as été l’ami de beaucoup de poète, Joë Bousquet, Char, Frénaud, etc. Quel aura été le plus important pour toi, en termes d’amitié et d’écriture ?
Chacun était irremplaçable et différent. Char m’a illuminé, Bousquet m’a éveillé, Frénaud m’a rassuré. Char, plus tard, m’a déçu. Breton n’était pas le hautain personnage qu’on a décrit. Je les assemble aujourd’hui comme des sentinelles qui me gardent des fastes littéraires à gros tirages.

« Lointaine enfance, tisane refroidie »… Lorsque tu évoques l’enfance, tu parles de la nécessité de « neutraliser narcissisme, pudeur, censure, autant de fards insidieux dont se maquillent nos souvenirs. » Quelle est la bonne distance pour l’aborder ?
Témoin émerveillé de l’enfance, il faut aussi en suspecter le douteux enchantement (s’il a lieu, car l’enfance peut être malheureuse, etc.). L’écriture tangue entre le doute et le bonheur, la vérité oscille. Nous sommes souvent déçus devant la page où rien n’apparaît de cette lointaine lumière.

Ta poésie ne renvoie à aucune transcendance, elle est matérialiste. Pourtant, tu écris quelque part : « Je suspectais la littérature d’obéir à quelque sacrement ». Aura-t-elle eu quelque chose de religieux pour toi ?
Nourri d’une religion révélée, il peut m’arriver d’en appeler à ses valeurs sans y adhérer. Ces religions sont des leçons qui nous limitent, nous emprisonnent. Détaché, je ne peux les oublier totalement. Je vis avec les dieux grecs, avec les dieux de nature qui me sont proches, comme des animaux parfois. Quelle plus grande liberté que de s’enchanter de la naissance d’un dieu ? Les Grecs en inventèrent. Des scribes vinrent puis des bibles, des interdits. Les églises sont des tombeaux.

En quoi le surréalisme a-t-il influencé ton écriture ?
La rapidité (métaphore) la concentration, soit une économie due au lecteur.

Tu as consacré un « Poète d’aujourd’hui » (Seghers) à Lucien Becker. Peux-tu nous dire en quoi tu te sens proche de ce grand poète à la fois du désenchantement et de l’amour ?
Becker m’a demandé d’écrire sur sa poésie. Je me sentais proche de son désarroi de poète.

Tu écris : « On ne s’exprime qu’avec son être abandonné ». Que veux-tu dire ?
Abandonné, je le fus, enfant, par ma mère. Elle me quitta quand elle était la seule présence. Il faut donc survivre à l’absence. Dans ce trou de malheur vous léchez vos blessures et maintenez l’espoir d’en guérir. S’exprimer alors revient à avancer dans un espace ouvert aux contradictions qui, me semble-t-il, amplifie le sensible. Cet espace, comme un vide, invite à parler.

Ton approche de la société et de la morale est plutôt libertaire. Qu’est-ce qui te révolte ou te révulse le plus aujourd’hui ?
Je suis pessimiste. La Terre est malade, Les terriens aussi. Naguère un abruti a mis le feu à l’Europe. L’espèce humaine peut disparaître demain. La violence est permanente.

Te considères-tu comme un écrivain engagé ?
Je n’ai pas de message. Je me sens démuni. La tragédie politique n’est qu’une farce. Chaque poème invite à l’humilité. Son pouvoir reste sauf.

Quels sont tes projets d’écriture, d’édition ?
Je n’en ai pas. Au jour le jour ! Si vient un poème, il est le plus souvent à l’intérieur d’un livre accompagné par un peintre ou un graveur. Tirage confidentiel, ce qui convient à la poésie d’aujourd’hui.

Qu’est-ce qui approche le plus aujourd’hui pour toi le visage de la poésie ?
La poésie a de multiples visages. Un jour, un poète donne son meilleur. Le sait-il ? Même pas. Hugo, qui a tant écrit, a donné son grand poème, peut-être par identification : « Booz endormi. »


Propos recueillis par Michel Baglin

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