Les usurpateurs

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Les usurpateurs

Message  Kashima le Dim 20 Nov 2011 - 18:36

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Comme si un Beigbeder, érigé en ponte de la littérature alors que ce n'est qu'un ancien publicitaire qui a bien mené sa barque pour entrer dans le "monde des lettres", comme si un Beigbeder ne suffisait pas. Il nous fallait un de ses clones, qu'on nous présente comme un nouveau talent, un poète maudit qui sort d'une dépression, qui a du mal à supporter la notoriété de son père et qui en a souffert (je plains ces pauvres petites filles riches!), dont on clame le talent parce qu'il écrit, dans son livre, qu'il s'endort dans les bras de sa nouvelle conquête aux seins refaits, qu'il se montre comme un Dom Juan (plein de coke et qui saute des mannequins siliconées)... L'ami de Beigbeder, c'est Nicolas Bedos. Les nouveaux cyniques, on nous dit! La chute fait très mal... - Pourvu que les chiens antiques soient devenus sourds!

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Attention... Il est déjà vendu comme un grand écrivain.
Les romans de Beigbeder (que je n'ai pas tous lus) ne sont pas désagréables à lire sur une plage ou au bord d'une piscine (j'ai d'ailleurs dû tous les lire en vacances). Le Windows on the world intéresse (enfin, surtout son sujet), le 99 francs divertit (sexe, drogue, bêtise...), le Au secours Pardon est illisible... Une dose de sexe, une dose de drogue, une dose de soi-disant cynisme des temps nouveaux, de désenchantement des hommes qui ont tout mais qui sont... malheureux, la cuillère en or dans la bouche et les doigts sur un clavier, l'édition sur un plateau. Je n'aime pas cette façon d'usurper la littérature. Que cela se lise pour ce que c'est, du divertissement branché... Et être branché (ou débranché) ne fait pas l'écrivain, la culture et l'intelligence non plus.

Le livre qui fait parler de Nicolas Bedos, c'est le Journal d'un mythomane. Volume 1 (merci, il y en aura d'autres). Préface de Jauffret, illisible lui aussi mais encensé pour ces mêmes raisons d'une écriture qui se vautre.

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Critique de Natacha Polony dans l'émission de Ruquier (même si elle est payée pour être méchante) :

L'ouvrage, qui réunit les meilleures chroniques de l'humoriste, n'a pas conquis Polony qui, bien que séduite par son utilisation "Desprogienne" de la langue française, a bon nombre de reproches à faire.

"Au bout d'un moment, on se demande 'pourquoi tout ça ?' Vous passez votre année avec Laure Adler, Alain Finkielkraut, Tariq Ramadan, Emmanuel Todd... Finalement, on referme ce bouquin et qu'est-ce qu'on a retenu ? Que Nicolas Bedos nous a traité de connard toutes les deux lignes - c'est une figure de style ? -, qu'il a vomi sa vodka pomme toutes les deux ou trois lignes... On se dit que finalement, y'a un certain vide dans tout ça ! L'impertinence ne doit pas être le manque de pertinence. (...) Ce qui me dérange, c'est l'ironie permanente !", assène Natacha Polony.

A Bedos de reprendre la parole : "Je me fais chier depuis dix minutes, tu me laisses répondre ! (...) Il m'arrive d'utiliser des mots un peu plus recherché que "connard". C'est injuste. J'ai l'impression d'être devenu Jean-Marie Bigard, d'être passé en dix minutes de la nomination aux Molière au Lâcher de salopes." Manque de bol, Polony est une grande fan de Bigard.
"Ahhh ! C'est pour ça. Je comprends mieux pourquoi t'aimes pas mon travail !", plaisante le fils Bedos.



Je sens qu'on nous le monte de toutes pièces, ce nouveau Beigbeder. On confond communication, littérature, publicité, "buzz", commerce, provocation... Méfiance car, dans quelques années, l'Académie comptera ces usurpateurs dans ses rangs, et personne ne sera étonné.

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PS : tiens, je me rends compte que je ne suis pas la seule à penser cela :


Un roman branché

Marcel Aymé, Céline, Louis Aragon, Roger Peyrefitte, Henri Bosco, Michel Butor, et désormais Frédéric Beigbeder : couronné du prix Renaudot. La littérature française est-elle tombée si bas? Ce serait sombrer dans la catégorie des "C'était mieux-avantistes" que de laisser cette question sans réponse. Evidemment non, la littérature française ne se porte pas si mal. Il y a des bijoux qui surgissent ici et là, rares comme les perles, mais ni plus ni moins qu'avant et que demain. Encore faut-il avoir assez de temps et de liberté d'esprit pour les dégotter...

Et comme le temps manque à beaucoup, et que la liberté d'esprit est amoindrie par l'impact médiatique, il y a toutes les chances qu'à Noël, on s'offre souvent le prix Renaudot. Avec les meilleures intentions du monde. Et qu'on le fasse lire à des gens qu'on aime, qui auront eux-mêmes manqué du temps et de la liberté d'esprit nécessaire pour entendre parler d'autres livres que de ceux couronnés de Prix, après avoir été présentés dans tous les magazines. Alors ils liront, et, pour beaucoup, sans doute, s'efforceront de trouver ici et là de quoi justifier ce bruit et ce cadeau.

Car bien sûr, il y a des petits instants sympathiques dans cet ouvrage. Peut-être même des instants d'émotions que voudront partager ceux qui s'y retrouveront : fils de parents divorcés, livré à lui-même, en manque de mémoire et de repères, Beigbeder est un enfant de son temps, de notre époque. Et parfois, du quartier de ceux qui écrivent les critiques dans les mags faiseurs de tendances...

Cela suffit-il à en faire un romancier mémorable? Un écrivain assez symbolique et fort pour marquer à jamais l'année 2009 ? Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit, non? Couronner l'ouvrage mémorable de l'année pour le laisser en héritage aux générations futures de lecteurs : ce n'est rien moins que cela, un prix Renaudot, non? "Un roman français" le vaut-il?

Beigbeder est un usurpateur. Sympathique, intelligent, cultivé, riche certes. Mais usurpateur quand même. Et ici, encore, il y a usurpation. Dans le titre, déjà, reprenant celui d'un livre stupéfiant, écrit dans un style inattendu, coupant dans la chair à vif, bref, un vrai roman ("Un roman russe" d'Emmanuel Carrère). Dans l'écriture, aussi, banalement quotidienne, lue, relue mille fois ailleurs. Et dans le fond : cette histoire d'une jeunesse paumée par le fric, la cocaïne et hantée par l'ombre, même invisible, d'une enfance sans attention, emprunte les contours d'un bon Bret Easton Ellis. Mais jamais elle n'en a la dureté, la douleur - de cette souffrance qui ne s'étale pas dans les mots mais se fait ressentir à chaque ligne, et nous enfonce à chaque page.

Pourquoi est-ce que ça ne prend pas ? Qu'est-ce qui manque? La démarche de Beigbeder était, paraît-il, sincère. Il l'a assez dit, écrit ou fait écrire: pour la première fois, il estime avoir dit tout ce qu'il ressentait sans tabou, être allé au cœur de son malaise. Mais a-t-il vraiment accès à cette profondeur? Il ne suffit pas d'avoir vécu le pire, même banal en apparence, pour savoir l'exprimer. Encore faut-il être capable d'y retourner. Que ce soit plus important que tout, qu'on se moque de l'image qu'on renvoie et du masque que l'on porte. Que ce soit affaire de survie, en quelque sorte. Alors, tout passe, tout bouleverse, et l'émotion n'est plus affaire de situation mais de justesse, de réalité. Mais ici, Beigbeder reste le Beigbeder télévisuel. Pas plus profond, juste plus à poil. Une parure supplémentaire dans son attirail de parisien branché.


Anne Eyrolle

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Kashima
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L'amour dure trois ans

Message  Kashima le Mar 21 Aoû 2012 - 11:30

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C'est carrément insupportable, ce livre. Écrit avec une facilité de publicitaire alignant les formules qui sont censées faire mouche, se couvrant peut-être aussi sous l'ironie, mais ça ne passe pas...
Illisible... Même en lecture de plage. Les "Car c'est soi-même qu'on abîme le plus, quand on fait souffrir quelqu'un" ou "On peut être grand, brun, et pleurer", "Bonjour à tous, ici l'auteur. Je vous souhaite la bienvenue dans mon cerveau, pardonnez-mon intrusion". Tout se veut style sous des semblants de naturel et de je-suis-cynique-et-prends-de-la-distance-avec-les-codes... Il y en a partout. Fond de commerce = amour, sexe cru, drogues, mondanités, dans une écriture transparente et commerciale.
J'avais pourtant assez aimé Windows on the world, lu sans déplaisir (tout en le prenant pour ce que c'était) 99 francs. Mais trop, c'est trop. Je n'avais pas tenu longtemps à la lecture de Au secours pardon qui utilisait les mêmes ressorts du sexe avec toutes sortes de belles femmes, un homme laid et blasé qui les tombe toutes, puisqu'il peut sortir "3000 balles" de son compte pour une nuit avec l'une de ces créatures. Le nez se poudre à la coke, les ecstasys sont des petits bonbons : stop!
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] était distrayant et m'avait fait passer un bon moment, comme quoi... L'écriture ne tient pas. Lire durant une centaine de pages des slogans et des formules est urticant. J'ai d'ailleurs abandonné à la page 39 du livre de poche.
J'ai de gros doutes sur Un roman français qui a valu à Beigbeder tant d'articles et de bonnes critiques. Je vais laisser passer le temps avant de m'y risquer car c'est l'overdose, avec pourtant une petite dose.
La littérature se porte mal si elle tient dans ses rangs cette caricature d'écrivain. Et pourtant...

Kashima
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