Au fil des pages

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Au fil des pages

Message  Kashima le Sam 11 Oct 2008 - 9:38

Je n'aime pas ce titre, mais je n'ai pas trouvé mieux pour dire que je voudrais que soient inscrites ici des impressions de lecture et qu'y soient rangés les livres qu'on a lus.

J'ai commencé ce matin, et presque fini Entre les Murs de Bégaudeau.

Impression positive, d'un livre documentaire, qui se lit vite et qu'on ne lâche pas facilement. J'ai même envie d'y retourner tout de suite... C'est peut-être parce que j'ai l'impression d'être avec des collègues?
En revanche, sur la qualité littéraire, je reste dubitative...


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Re: Au fil des pages

Message  Johnny le Sam 11 Oct 2008 - 20:56

Et quels reproches aurais-tu à faire sur la forme, Kashima ? J'avoue y être peu sensible quand je lis, même si je ne suis pas dupe de certaines facilités (comme lorsque j'ai lu Da Vinci Code de Dan Brown).

Johnny
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Re: Au fil des pages

Message  Kashima le Dim 12 Oct 2008 - 18:13

Difficile à expliquer, mais je vais essayer...
Je trouve ce livre écrit, mais sans plus, je ne pourrais dire ni bien ni mal écrit. C'est un livre de prof de français! Je veux dire par là que Bégaudeau écrit avec des méthodes qui sont efficaces, mais qui sautent aux yeux et manquent d'originalité. D'un bon niveau "rédaction imagination bac + 3".
Par exemple, ses artifices sont faits pour qu'un lecteur non averti se dise : "Oh! Comme c'est bien de montrer que le temps passe et est toujours le même en utilisant, en début de chapître, des situations et expressions identiques".

C'est un livre qui veut être au plus près de la façon de parler des élèves. Il leur en fait le reproche, à un moment : ils écrivent comme ils parlent.
Bégaudeau écrit comme ça vient et pourra plaire à tous les publics, même à ceux qui ne seront pas intéressés par ce sujet.
Je pense qu'il aurait pu en faire un livre témoignage, mais ce ne sera pas un classique.

Entre les Murs est divertissant, un "miroir de la réalité" agréable à lire, mais ce qui pour moi fait un bon livre, c'est d'abord le style, le bon style, quel que soit l'histoire. C'est sûr qu'avec un sujet comme ça, on ne pourrait pas écrire du beau, je ne crois pas.

Je reviendrai là-dessus, je n'ai pas le temps de bien développer et de m'appuyer sur des exemples plus précis.

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Entre les Murs

Message  Kashima le Lun 13 Oct 2008 - 9:23

Concernant ce livre, toujours, je voulais ajouter ceci : je partais avec l'idée que j'allais lire quelque chose sur un prof héros, un peu comme dans le Cercle des Poètes disparus, ou un peu comme dans L'Esquive, le truc démagogique, qui insupporte...
Et pas du tout.

Je n'ai pas voulu écouter grand chose sur ce livre et sur ce film. Le prof, dans cette histoire, n'est ni trop démago, ni trop cassant. On sent surtout qu'il voudrait bien faire quelque chose de ses élèves, mais qu'il finit par y renoncer.
C'est finalement très pessimiste, très réaliste. Les paroles rapportées des collègues ("on ne fait pas un étalon avec un cheval de labour") résument le message du livre. En tout cas, je l'ai perçu comme ça. Le prof voudrait bien qu'on l'aime un peu ou qu'on apprécie son travail, et c'est très peu souvent le cas.
Je me souviens qu'à mes débuts, la fin de l'année m'émouvait. J'étais toujours déçue qu'ils partent ; même les élèves avec qui je m'entendais particulièrement bien s'en allaient, sans un signe de regret, sans une petite reconnaissance... J'ai appris à garder mes distances et à ne plus attendre quoi que ce soit. Le travail fourni par le prof est un dû, la reconnaissance est rare...

En ce qui concerne le style, j'ai dit ce que j'en pensais plus haut : je ne reconnais pas de style particulier, juste l'écriture convenable d'un homme publié chez Gallimard, qui maîtrise sa langue. C'est amusant qu'il explique, à un moment donné, ce qu'est le style et ce que sont les figures de style. J'ai eu l'impression qu'il maniait lui-même la figure de style, sans style...

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Tuez-les tous

Message  Kashima le Mer 12 Nov 2008 - 19:47

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Salim Bachi se met dans la tête d'un des terroristes du 11 septembre, quelques heures avant l'attentat.
Le livre est construit en trois parties : dans la première, "L'éternel retour", on voit celui que ses frères surnomment le Pilote aller dans un bar et rentrer avec une fille avec laquelle il ne fera pas l'amour. Dans "Le roi des oiseaux", il la ramène à son hôtel et lui raconte la légende des oiseaux, moment le plus poétique qui donnera une belle fin au livre. Dans la dernière partie, "Le retour de l'Eternel", le terroriste prend place dans l'avion.

Ce livre se lit vite, est assez bien écrit, mais ne m'a pas intéressée plus que cela. Les pensées lancinantes du terroriste ne m'ont pas vraiment touchée. J'ai juste espéré que le livre s'envole en même temps que l'avion, à la page 138...

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Le Parcours de l'Indien

Message  Kashima le Dim 23 Nov 2008 - 17:55

Je viens de finir Le Parcours de l'Indien, de Guy Jean Coissard.
C'est l'histoire d'Abel Gaucher, personnage au début du roman quelque peu nothombien par sa férocité et son manque de scrupule... Un mage va lui révéler que tous les dix ans, chaque année finissant en 8, son destin bascule. C'est l'occasion pour Abel de repenser à sa vie passée, remontant à l'assassinat de son petit cousin, Louis...

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Guy Coissard a publié plusieurs romans, et vit à côté de Moulins, dans l'Allier. Il m'a gentiment envoyé ce livre et me l'a dédicacé.
Je l'ai rencontré le 28 septembre 2008, lors d'une séance de dédicace à Moulins d'Amélie Nothomb et depuis, nous avons tissé des liens amicaux, par correspondance.

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Ce livre m'a plu. Je reste sur l'image du tube de dentifrice qu'on presse, cette image me revient souvent...

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Tombeau pour le collège

Message  Kashima le Mar 16 Déc 2008 - 13:50

Publié dans la collection "Café Voltaire" chez Flammarion, le Tombeau pour le collège est une réflexion de Mara Goyet, professeur d'histoire-géo, sur l'autorité. (paru le 1er septembre 2008).

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Au bout de dix ans d'enseignement dans une ZEP, elle veut partir. Son texte est ponctué de ses doutes, de ses espoirs, est un tableau de professeur au quotidien, dans lequel chaque enseignant peut se retrouver, qu'il enseigne dans un lieu calme ou non.

J'ai choisi ce passage sur la démission des parents et sur la difficulté de trouver un modèle d'autorité dans la hiérarchie :

"Il (le professeur) se dit aussi que, quoi qu'on en pense, représenter l'État était plus facile quand son chef écrivait ses Mémoires de guerre ou lisait Chardonne. (...)
Qui incarne l'autorité aujourd'hui? Faute de modèles réellement satisfaisants, j'en suis venue à considérer que Madonna faisait très bien l'affaire. Il suffit d'entrer en cours en mode Madonna, démarche conquérante, regard assuré et verbe impératif 'avis aux néophytes : une tenue en cuir n'est pas nécessaire) pour avoir un minimum de calme. Madonna, j'en suis là..."
(p 94)

J'aime bien, au début du livre, quand Mara Goyet explique qu'être prof, c'est trouver son personnage, comme au théâtre, le fabriquer petit à petit, lorsqu'elle dit qu'elle a compris qu'elle devait abandonner jeans et baskets pour qu'au moins l'autorité se situe quelque part, dans cette distance avec l'élève.

Même si le titre paraît sombre, le livre de Mara Goyet se lit vite et bien car elle met de l'humour dans son triste constat.

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Un Barrage contre le Pacifique

Message  Kashima le Mar 20 Jan 2009 - 18:35

J'ai fini hier Un Barrage contre le Pacifique de Duras.

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La famille (Suzanne, son frère et sa mère) m'a fait l'effet de gens que la pauvreté a rendus insensibles et fous. L'épisode le plus marquant, c'est celui où le riche M. Joe, fou amoureux de Suzanne, fait tout pour lui plaire. Bien qu'aisé, il est laid, et elle se moque de lui, ne prend aucune précaution avec cet homme qu'on sent mourir d'amour et de désir.

Ils vivent dans un bungalow : la mère a acheté en Indochine, avec ses économies de quinze ans, une concession qui est inexploitable. Elle est ruinée, les gens du cadastre l'ont volée. Joseph a vingt ans, il doit partir, il ne peut pas rester avec cette vieille folle...
Les trois personnages nous montrent chacun leur bizarrerie.

Ce qui est bien, dans la narration, c'est la rupture de point de vue, parfois : on voit apparaître un "je" inattendu qui nous plonge au cœur du tourment d'un des personnages, la plupart du temps Suzanne qui pourrait être Marguerite Duras.

A retenir, le chapitre où Joseph désire et tombe amoureux, ce qui sera son salut : Joseph se retrouve à l'avant d'une belle voiture, entre la femme et son mari.
"J'ai senti contre moi son corps à elle, tendu. Elle avait les bras en croix, l'un autour de ses épaules, l'autre autour des miennes. Le vent plaquait sa robe et j'ai deviné la forme de ses seins presque aussi bien que si elle avait été nue." (265)

En regardant la bande-annonce de l'adaptation qui est sortie il y a peu, je retrouve beaucoup des choses lues, mais M. Joe doit être laid! C'est ce qu'il a contre lui et qui fait que même ces gens pauvres le dédaignent :

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Le livre avait été adapté en 1957 par René Clément :

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Dernière édition par Kashima le Sam 12 Déc 2009 - 12:35, édité 1 fois

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La Pitié dangereuse

Message  Kashima le Lun 2 Mar 2009 - 18:48

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Christophe Sawadogo, Fardeau



Un vieillard paralysé est étendu sur la route et supplie un jeune homme de lui venir en aide. Devant ces supplications, "le jeune homme a pitié (...), il se penche sur le vieillard, le soulève et le met sur son dos."
Mais le vieux paralysé est un djinn, un génie maléfique qui a profiter de la pitié du jeune homme : "A peine est-il assis sur ses épaules qu'il serre brusquement ses cuisses velues autour de la gorge de son bienfaiteur, qui ne peut plus s'en délivrer. Impitoyable il en fait sa bête de somme, il le fouette, le fouette sans cesse, sans lui accorder aucun répit."

Voilà les mots que lit le narrateur de La Pitié dangereuse, le jeune lieutenant Hofmiller tiraillé par les affres de la pitié et pris dans ses filets...

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Un jour, il a décidé de rendre visite aux Kekesfalva, une riche famille vivant dans un château, à l'horizon de la caserne.
Il est reçu par le père, la nièce et la fille. Comme il se sent bien lors de la première soirée où il est invité, il se laisse porter par son enthousiasme, invite tout le monde à danser mais, malheur! - il a oublié d'inviter Édith, la fille de son hôte.
Pour vite réparer sa faute, il se rend auprès d'elle et la prie de vouloir accepter une danse. La jeune fille, loin d'être ravie, éclate en sanglots : le lieutenant vient d'inviter à danser une paralytique!
Rempli de honte, il s'enfuit de la maison mais, le lendemain, il s'en veut d'avoir fui comme un voleur. Il fait porter des fleurs à la demoiselle.
A partir de là, il devient un familier de la maison, et sa pitié pour la jeune fille va le pousser peu à peu dans une situation inextricable...

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Édith marche en s'appuyant sur des béquilles. La première fois où il la voit, il ne le sait pas et la perçoit ainsi, la première fois : "à peine formée, délicate, pâle, fragile, (d'un) visage étroit et nerveux" (17).
Il n'éprouve aucune attirance pour celle qu'il voit comme une pauvre enfant malade.

Stefan Zweig montre très bien comment le jeune homme s'embourbe lui-même dans sa pitié. S'il ne rend pas visite aux Kekesfalva, il s'en veut ; il sent qu'il est aimé et attendu dans cette maison.
Mais ce qui devait arriver arrive. Les sursauts de colère inattendus d'Édith s'expliquent : elle lui voue une passion redoutable! L'horreur du baiser qu'elle lui donne, le dégoût que lui inspire l'étreinte de l'infirme, se lit dans ces lignes. Il s'apprêtait seulement à donner un baiser sur le front à la malade alitée :

"Et avant que j'eusse pu détourner la tête deux crochets me prirent les tempes et attirèrent ma bouche du front jusqu'à ses lèvres. La pression fut si ardente, la succion si avide, que ses dents rencontrèrent les miennes, en même temps que sa poitrine se tendait."
"Si la jeune fille m'avait frappé, insulté, craché à la figure, cela m'aurait moins bouleversé"
(206 - 207)

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L'auteur nous montre que la pitié est loin d'avoir des effets bénéfiques sur l'être qui en est le receveur. Elle oblige le bienfaiteur, elle peut laisser croire à celui qui la reçoit qu'il est aimé alors que le geste n'est que charité.
Par cette pitié, le lieutenant éveille chez la malade une passion fatale, qui la ronge.

L'un des plus beaux passages, de ceux qui m'ont le plus touchée par leur vérité, est celui que je reproduis intégralement ci-dessous. Il s'agit de dire que la souffrance la plus terrible n'est pas d'aimer sans retour, mais d'être aimé sans pouvoir rendre à l'autre ce sentiment :

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Le livre s'ouvre sur une exergue du roman, à propos de la pitié :

"Il y a deux sortes de pitié. L'une, molle et sentimentale, qui n'est en réalité que l'impatience du coeur de se débarrasser le plus vite de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d'autrui, qui n'est pas du tout la compassion, mais un mouvement instinctif de défense de l'âme contre la souffrance étrangère. Et l'autre, la seule qui compte, la pitié non sentimentale mais créatrice, qui sait ce qu'elle veut et est décidée à persévérer jusqu'à l'extrême limite des forces humaines."

Malheureusement, le pauvre lieutenant est victime de la première…
Le plus troublant, c’est qu’il a conscience de cette pitié qu’il éprouve. Il veut s’endurcir, s’éloigner, mais plus il se débat, plus il se trouve englué dans ce sentiment.
Avec le médecin Condor, il s’interroge sur la curabilité de la maladie d’Edith.

« Moi on ne m’entendra jamais employer le mot incurable. Jamais ! »
, dit Condor.

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Et il s’en réfère à Nietzsche :
« Je sais, l’homme le plus intelligent du XIXème siècle, Nietzsche a dit : « Il ne faut pas vouloir guérir l’inguérissable. » Mais c’est à mon avis la phrase la plus fausse qu’il ait écrite. C’est justement le contraire qui est vrai et je prétends, quant à moi, que c’est précisément l’inguérissable qu’il faut vouloir guérir. » L’incurabilité est une notion toute relative et jamais absolue. Il y a des cas incurables pour la médecine (…), dans les limites de notre étroite perspective de grenouille. (…) Il n’y a donc pour moi aucune maladie inguérissable. »


Or, Hofmiller est lui-même dans un état de conscience qui semble inguérissable…


Le point de vue interne de la narration permet de sentir, en même temps que le lieutenant, les tortures de l’affreuse pitié. Les actions ne sont pas nombreuses, mais le style est vif. La psychologie du personnage est travaillée si bien qu’on souffre pour lui quand on le voit agir, mu par l’envie de rendre autrui heureux, sans réfléchir aux conséquences.

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Colloque sentimental : le voyage dans le passé

Message  Kashima le Ven 6 Mar 2009 - 20:40

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux spectres ont évoqué le passé.

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—Te souvient-il de notre extase ancienne?
—Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne?

—Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve?—Non.

—Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches!—C’est possible.

—Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir!
—L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.



Ce poème de Verlaine, "Colloque sentimental", résume à merveille le livre inédit de Stefan Zweig publié récemment : Le Voyage dans le Passé.
Un homme, Louis, nous raconte comment il est tombé amoureux d'une femme mariée à celui dont il était le secrétaire. Un jour, il doit partir pour le Mexique. Leur amour est fort, mais non consommé. C'est une catastrophe pour eux de devoir se quitter. La femme se refuse à lui avant qu'il ne parte, elle ne veut pas faire l'amour dans le domicile conjugal. Tant pis, ils attendront son retour.
Mais la deuxième guerre mondiale éclate : Louis ne rentrera pas du Mexique avant neuf ans. Entre-temps, il s'est marié. Le souvenir de la femme aimée s'est peu à peu évanoui.
Et un jour, il retourne en Europe, il la revoit... Les deux êtres vont courir après le passé perdu sans jamais pouvoir le rattraper.


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A la lecture de ce livre, on s'attend aux magnifiques retrouvailles, mais tout est fade, sordide. Ce qui a été vécu, ce qui aurait dû l'être, n'est plus. Les vers de Verlaine, lors d'une promenade dans un parc à la fin du livre, font comprendre à l'homme qu'il veut faire revivre en vain cet amour.
Un amour fané ou moribond, sur lequel les années se sont déchaînées. On a l'impression que Louis est le seul à vouloir souffler sur les braises, et c'est un échec, triste réalité des sentiments...



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Re: Au fil des pages

Message  coline le Dim 26 Avr 2009 - 21:42

Kashima a écrit: A la lecture de ce livre, on s'attend aux magnifiques retrouvailles, mais tout est fade, sordide. Ce qui a été vécu, ce qui aurait dû l'être, n'est plus.

Reste la langue de Stefan Zweig et elle me charme...Désuète?...

Voici mon commentaire sur ce livre :
Le voyage dans le passé

Nouvelle de Zweig restée jusqu’à il y a peu inédite, Le voyage dans le passé évoque les retrouvailles d’un couple séparé neuf ans auparavant.

Lui, Louis, 23 ans, d’origine modeste mais d’une « volonté fanatique », était entré après de brillantes études comme secrétaire particulier au service du « directeur de la grande usine de Francfort ».
Louis était même logé à son domicile dans un bel appartement bourgeois tenu avec goût et avec beaucoup d’amabilité par sa charmante épouse dont on ne connaîtra pas le nom.
Au moment où son employeur lui offre de partir pour deux ans au Mexique afin d’y gérer ses affaires, Louis prend conscience de ses sentiments pour cette femme dont il n’osait même pas rêver, la trouvant inaccessible. Louis était amoureux mais il avait refoulé ce sentiment auquel tout faisait barrage : la différence sociale, les convenances, sa situation professionnelle.

« Elle irradiait depuis une autre sphère où le désir n’était pas de mise, pure et immaculée, et même le plus passionné de ses rêves n’avait pas la hardiesse de la dévêtir ».

« Elle lui semblait si lointaine, trop haute, trop distante, cette femme radieuse, ceinte d’un halo d’étoiles, cuirassée de richesses, de tout ce qu’il avait expérimenté de la féminité jusqu’ici ».

Quelques jours avant son départ, Louis avoue son amour et cet amour est partagé. Les amants n’échangent qu’un baiser voluptueux mais la femme promet qu’elle sera à lui à son retour :

"Ce n'était pas lui qui l'avait attirée à lui, ni elle à elle, ils étaient tombés dans les bras l'un de l'autre, comme emportés ensemble par une tempête, l'un avec l'autre, l'un dans l'autre plongeant dans un inconnu sans fond, dans lequel sombrer était un évanouissement à la fois suave et brûlant - un sentiment trop longtemps endigué se déchargea, enflammé par le magnétisme du hasard, en une seule seconde. Et ce n'est que peu à peu, lorsque leurs lèvres collées se détachèrent..."

« Pas maintenant ! Pas ici ! Je t’en prie. »…

« Je n’avais pas le droit de le faire ici, pas dans ma maison, dans la sienne. Mais, lorsque tu reviendras, quand tu le voudras. »

Louis part pour le Mexique. Longtemps, les amoureux vont échanger une correspondance passionnée.
Puis la guerre de 1914-18 éclate : « un rideau de fer entre les deux continents s’était abaissé, tranchant, pour un temps incalculable ».
Impossible à Louis de rentrer. En temps que ressortissant d’un pays ennemi de l’Angleterre, il ne peut retraverser l’Atlantique.

« alors qu'il s'imaginait encore n'en jamais pouvoir aimer qu'une, les rets de sa passion se défirent peu à peu en lui. Il n'est pas dans la nature humaine de vivre, solitaires, de souvenirs et, de même que les plantes et tous les produits de la terre, ont besoin de la force nutritive du sol et de la lumière du ciel, qu'ils filtrent sans relâche, afin que leurs couleurs ne pâlissent pas et que leur corolle ne perde pas ses pétales en fanant, ainsi, les rêves eux-mêmes, même ceux qui semblent éthérés, doivent se nourrir un peu de sensualité, être soutenus par de la tendresse et des images, sans quoi leur sang se fige et leur luminosité pâlit. C'est ce qui arriva aussi à cet être passionné, sans qu'il s'en aperçut - quand les semaines, les mois et finalement une année, puis une deuxième, s'écoulèrent sans que lui parvinssent un mot, un signe d'elle; alors son image commença peu à peu à s'estomper. »

Puis, « submergé par l’angoisse de rester indéfiniment seul au milieu d’un monde que la haine, la guerre et la folie de hommes menaient à sa perte », il finit même par se marier. Il a des enfants.

Dix ans passent et Louis revient. L’épouse de son bienfaiteur est veuve. Ce sont les retrouvailles des anciens amants.

Ils prennent un train pour se rendre à Heidelberg afin de se cacher. Dans le compartiment, il y a d’autres voyageurs et ils ne peuvent se parler. Chacun évoque en pensée, pour lui-même, dans le silence, les neuf années de la séparation.

« Résignés, ils se tinrent donc tous deux l'un en face de l'autre, sans oser s'adresser la parole. Néanmoins, quand l'un d'eux levait les yeux, il voyait, survolé par l'ombre incertaine des lampes comme par de sombres nuages, se tourner amoureusement vers lui le tendre regard de l'autre. »

Au bout du voyage ils sauront si leur amour a résisté au temps et à la guerre …

"Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres cherchent le passé"
(Colloque sentimental de Verlaine)

Une nouvelle psychologique, art dans lequel excelle Stefan Zweig. Chaque geste, chaque regard, chaque frôlement, chaque silence, décrits avec subtilité, donne accès au plus profond, au plus intime des personnages et surtout à l’émotion.
L’attention est saisie dès la première ligne puis maintenue sans faillir jusqu’à la fin.
L’écriture, vibrante de passion, est celle d’un autre siècle bien sûr…Mais c’est un bonheur de retrouver son charme et sa suavité :
«Leurs deux corps tremblants s'enflammèrent et, dans un baiser infini, ils étanchèrent les heures et les jours innombrables de soif et de désir innommés.»

coline
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Re: Au fil des pages

Message  Kashima le Lun 27 Avr 2009 - 7:22

coline a écrit:

L’écriture, vibrante de passion, est celle d’un autre siècle bien sûr…Mais c’est un bonheur de retrouver son charme et sa suavité :
«Leurs deux corps tremblants s'enflammèrent et, dans un baiser infini, ils étanchèrent les heures et les jours innombrables de soif et de désir innommés.»

Quand je disais, fade ou sordide, je parlais de l'histoire des retrouvailles, toute cette passion gâchée....
Stefan Zweig, c'est magnifiquement écrit... Impossible que sa langue soit désuète...
C'est une langue classique que je voudrais pouvoir lire plus souvent dans les livres des contemporains....

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Re: Au fil des pages

Message  coline le Lun 27 Avr 2009 - 11:23

Kashima a écrit:
coline a écrit:

L’écriture, vibrante de passion, est celle d’un autre siècle bien sûr…Mais c’est un bonheur de retrouver son charme et sa suavité :
«Leurs deux corps tremblants s'enflammèrent et, dans un baiser infini, ils étanchèrent les heures et les jours innombrables de soif et de désir innommés.»

Quand je disais, fade ou sordide, je parlais de l'histoire des retrouvailles, toute cette passion gâchée....
Stefan Zweig, c'est magnifiquement écrit... Impossible que sa langue soit désuète...
C'est une langue classique que je voudrais pouvoir lire plus souvent dans les livres des contemporains....

J'avais bien compris que tu parlais des retrouvailles décevantes, mais je voulais m'assurer que cette langue magnifique n'a rien perdu aujourd'hui de son attrait auprès des lecteurs, quel que soit leur âge...

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Re: Au fil des pages

Message  Kashima le Lun 27 Avr 2009 - 14:29

Je n'aime que la belle écriture! Smile
Ce qui est beau n'a pas d'âge.

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Re: Au fil des pages

Message  coline le Lun 27 Avr 2009 - 16:30

Kashima a écrit:Je n'aime que la belle écriture! Smile
Ce qui est beau n'a pas d'âge.

Entièrement d'accord avec toi...

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Re: Au fil des pages

Message  Kashima le Lun 27 Avr 2009 - 18:43

(Joli avatar, Coline)
Au fait, Stefan Zweig est à l'honneur du dernier Magazine littéraire...

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Henry Bauchau

Message  Kashima le Jeu 7 Mai 2009 - 17:49

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Je n'ai pas voulu lire des choses sur l'auteur avant de me lancer dans un livre de lui.
J'ai commencé de lire Œdipe sur la route, qui reprend le mythe d'Oedipe à sa fin, quand ce dernier est banni de Thèbes et devient errant.
Déjà, d'emblée, j'ai une petite faiblesse pour les mythes, et celui d'Oedipe, que j'ai eu l'occasion d'étudier d'assez près, me plaît.

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Henry Bauchau nous plonge dans un monde sec et chaud, au cœur d'une Grèce antique qui reste floue sous un regard impressionniste. Je dois dire que, pour l'instant, je suis bien rentrée dans le livre que je trouve écrit de façon sobre et poétique :

"L'écriture doit être précise et (...) sans cela elle est sans valeur." (50), glisse-t-il dans les pensées d'Antigone, peut-être comme une définition de sa propre écriture?
Je me suis habituée au procédé récurrent de la coordination, qui me gênait un peu au début mais qui permet de donner cette impression poétique.

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La rencontre avec le bandit Clios est très intéressante. On apprend qu'il a tué le seul garçon qu'il ait aimé. Comme si je m'y reconnaissais, j'aime quand il dit : "Moi je désire, je n'aime plus." (53)

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Message  coline le Jeu 7 Mai 2009 - 18:03

Œdipe sur la route

Œdipe sur la route est le premier ouvrage d’un cycle mythologique pour Henry Bauchau.
Il est sorti en 1990. Viendront ensuite Diotime et les lions (1991) puis Antigone (1997).

Œdipe sur la route reprend le mythe.

« Roman qui raconte les aventures et l'évolution d'Oedipe et d'Antigone entre Thèbes, lieu de l'aveuglement d'Oedipe, et Colone, où il devient un voyant. »
(Henry Bauchau)

"Les blessures des yeux d’Œdipe, qui ont saigné si longtemps, se cicatrisent. On ne voit plus couler sur ses joues ces larmes noires qui inspirent de l’effroi comme si elles provenaient de votre propre sang. L’incroyable désordre, qui a régné au palais après la mort de Jocaste, s’efface ? Créon a rétabli les usages et le cérémonial mais chacun à Thèbes sent persister une dangereuse et secrète fêlure.
Œdipe met longtemps, près d’un an, à comprendre. Si ses fils s’agitent et se querellent, si parfois une rumeur de détresse s’élève sourdement de la ville, Créon, qui détient le pouvoir, est patient, encore patient. Il sait qu’un jour Œdipe n’en pourra plus d’attendre. D’attendre quoi ?"


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Œdipe s’est crevé les yeux pour se punir car, jouet des dieux, il a comme cela avait été prédit, tué son père et épousé sa mère Jocaste, reine de Thèbes. Après le suicide de cette dernière, il est chassé de Thèbes. Déchu, il doit errer jusqu’à sa mort.
Il prend la route accablé par le poids de ses fautes.
Sa fille Antigone le suit.

Ils seront rejoints par Clios, un bandit, un très beau jeune homme qui assassine les jeunes femmes. Œdipe va le vaincre et Clios décidera de les accompagner pour les aider. Clios effraie puis subjugue Antigone.

La route est longue et semée d’embûches. Œdipe la suit parce que c’est son destin. Antigone sur ses pas, par amour pour son père.

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Au contact de Clios, Œdipe et Antigone vont découvrir les vertus de l’Art. L’Art comme thérapie, l’Art qui libère.
« Est-ce que bonheur et malheur peuvent exister en dehors de la danse ? »

Clios danse :

« C’est la nuit de la lune noire, Clios le sent à la violente certitude, à la nécessité de danser qui l’habitent. Quand il croit Œdipe endormi, il sort de la cabane et descend dans le vallon solitaire. Il attend le moment qui va survenir, qui se produisait chaque année quand le clan existait encore.
Il s’aperçoit qu’Œdipe l’a suivi, mais il est trop tard pour s’occuper de lui. Les nuages ferment le ciel, l’obscurité est totale et déjà la danse s’est emparée de lui. Il n’y a plus de pas, plus de gestes maîtrisés, plus d’issue que de s’enfoncer dans la Femme divine et de se perdre en elle comme elle se perd en vous. Vous êtes obligé de tournoyer et de vous perdre dans le mouvement du monde qui, lorsque vous penchez la tête en arrière, se renverse sauvagement sur vous.
Au milieu de la course effrénée des nuages, à la fugitive apparition d’un astre, un étrange plaisir vous prend. Sur le fil tranchant d’un couteau, vous progressez dans la direction la plus dangereuse, celle peut-être de la pensée, si ce que vous appeliez ainsi avec des mots n’avait pas perdu contact avec la mère. Or elle est là, tout en parfums, en chair ardente et en violences de squelette. Est-ce que vous pourrez survivre à cela ? Est-ce qu’Œdipe le vit comme vous ? Peut-être puisque vous le voyez, énorme, tourbillonnant comme une montagne et renversant vers le ciel, vers ses millions d’étoiles aveugles, son visage de voyant. Vous tournez sur le bord tremblant du plaisir et vous découvrez tous les deux le bonheur de n’être plus ni le sens ni le centre de vous-même. Vous parvenez au terme du temps. Vous êtes fauchés et jetés par lui sur le sol, n’importe où, n’importe comment. »


Au cours de son errance, Œdipe va peindre, sculpter, chanter et peu à peu, se libérer de sa culpabilité, de sa peur et de ses remords. Chaque jour qui passe est aussi celui d’ un voyage intérieur. Lorsqu’ Œdipe parvient à Colone,.il est devenu clairvoyant.

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Oedipe à Colone. Jean Hugues (Musée d'Orsay)

Sur la route, Œdipe et Antigone atteignent souvent leurs limites physiques. Ils sont au bord du gouffre, délirant, frôlant la folie. Ils sont des demi-dieux mais Henry Bauchau leur a donné une vraie présence charnelle.
Bien que l'histoire d'Oedipe soit violente, il se dégage de ce livre une paix incroyable. Poétique, il est carrément éblouissant !
Il traite de philosophie, de psychologie et d’Art, mais on se trouve face à un récit limpide, aisément accessible et palpitant.
Une merveille...

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Message  Kashima le Jeu 7 Mai 2009 - 18:16

Je n'ose pas lire avant d'avoir fini! Mais merci! Smile

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Re: Au fil des pages

Message  coline le Jeu 7 Mai 2009 - 18:41

Kashima a écrit:Je n'ose pas lire avant d'avoir fini! Mais merci! Smile

Non, ne lis pas...Mais de toutes façons, je ne raconte pas tout non plus!...Tu posteras ton commentaire à la fin de ta lecture et nous comparerons ainsi nos points de vue... Smile

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Re: Au fil des pages

Message  Kashima le Jeu 7 Mai 2009 - 18:44

Ton avis m'importe!

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Re: Au fil des pages

Message  coline le Jeu 7 Mai 2009 - 18:55

Kashima a écrit:Ton avis m'importe!

Et le tien m'importe aussi... Smile

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Alcyon

Message  Kashima le Ven 8 Mai 2009 - 9:17

Un des plus beaux chapitres jusqu'à maintenant : Clios raconte à Œdipe le seul amour qu'il a eu et perdu.

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Deux clans, celui de la danse, des choses plus terrestres, et celui de la musique, s'opposent dans une haine ancestrale. Clios, le jeune danseur, se laisse porter dans les hauteurs de l'amour au son de la flûte d'Alcyon, l'ennemi qu'il aime et ne pourra jamais toucher - le seul contact possible sera fatal.
Cet amour impossible commence par la chute de l'étoile (62) :
"Cette nuit là a été la plus heureuse de ma vie. J'ai rêvé d'étoiles et quand la plus brillante est tombée dans une grande traînée de lumière, je n'ai pas pensé en m'éveillant que cela pouvait présager autre chose qu'un bonheur."

Quand Clios raconte cet amour, le style change et devient plus dense, plus fourni, moins dépouillé que dans l'errance.

"Jamais nos mains ne pourraient se toucher ni nos bouches se parler" (64), ni le contraire non plus. On sent l'immense désir qui lie les deux garçons et l'impossibilité de le vivre autrement qu'à distance. Ne dirait-on pas un amour virtuel?

Alcyion est celui qui aime "plus et mieux", comme le dit Clios au chapitre précédent, parce que c'est lui qui élève leur amour :
"La musique d'Alcyon nous soulevait au-dessus de nous-mêmes et nous, avec nous corps, nous le ramenions vers la terre d'où, comme un oiseau, elle voulait à nouveau s'élancer vers le ciel". (69)
J'aime bien l'idée que le terrestre et le céleste puissent former le parfait amour.


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Lune noire

Message  Kashima le Ven 8 Mai 2009 - 9:19

coline a écrit:
"C’est la nuit de la lune noire, Clios le sent à la violente certitude, à la nécessité de danser qui l’habitent. Quand il croit Œdipe endormi, il sort de la cabane et descend dans le vallon solitaire. Il attend le moment qui va survenir, qui se produisait chaque année quand le clan existait encore."

Beau passage qui m'a marquée par la lune noire.

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Re: Au fil des pages

Message  coline le Ven 8 Mai 2009 - 14:44

Je t'envierais presque d'être encore dans la lecture, dans la découverte de ce livre merveilleux... Smile

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