Le marquis de Vargas Llosa

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Le marquis de Vargas Llosa

Message  Kashima le Dim 10 Juil 2011 - 17:27

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Mario Vargas Llosa est un écrivain reconnu, régulièrement invité dans les universités du monde entier pour y donner des cours et des conférences. Il est considéré par une partie de la critique comme le maître du « bouillonnement romanesque ». Ses ouvrages ont pour cadre l'histoire sud-américaine et se démarquent par un style polyphonique, une ironie mordante et une tonalité dramatico-bouffonne dans l'évocation des mythes et des aspirations de peuples écrasés par les dictatures.
Le 7 octobre 2010, Mario Vargas Llosa a reçu le prix Nobel de littérature pour « sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées des résistances, révoltes, et défaites des individus».

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Eh bien, ce n'est pas ce qui va nous intéresser ici, pas du tout... Plutôt l'érotisme du roman et le don que l'écrivain a de décrire l'imperceptible et de le mettre en perspective grâce au mythe...

"Cette nuit je ne ferai pas, j'écouterai l'amour. (...) Laisse-moi entendre tes seins", marmotterait-il, et, installant amoureusement, l'un après l'autre, les mamelons de son épouse dans la grotte hypersensible de ses oreilles, (...) il les écouterait les yeux fermés, religieusement, extatique, concentré comme lors de la révélation de l'hostie, jusqu'à entendre monter à l'âpreté terreuse de chaque bouton, depuis de souterraines profondeurs charnelles, certaines cadences étouffées, peut-être le souffle de ses pores s'ouvrant, peut-être le bouillonnement de son sang enflammé par l'excitation." (p.44, chap.3, "Les oreilles du mercredi")

A suivre...

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Eloge de la marâtre

Message  Kashima le Mar 12 Juil 2011 - 9:52

Le roman s'ouvre sur ces mots :
"Joyeux anniversaire belle-maman! (...) Tu es la meilleure, la plus jolie, et c'est à toi que je rêve toutes les nuits."

Lucrecia croyait, en épousant en secondes noces don Rigoberto, que l'enfant serait un obstacle à leur union, ses amies lui avaient prédit. Or, il se trouve que le petit Alfonso est plus que troublé par sa marâtre...
Le livre donne une impression baroque : on se croirait dans une vieille bâtisse, avec des personnages nobles, quasiment hors du temps. Pourtant, l'histoire se passe à Lima (Pérou), dans la maison d'un directeur d'assurances : mais cela n'a aucune importance.
Trois caractères se dessinent au fil des chapitres : celui de Lucrecia, la femme adorée et désirée par son nouvel époux qui fait d'ailleurs l'éloge de sa croupe dès le premier chapitre, Llosa ayant recours au mythe de Candaule pour faire le panégyrique de cette partie de son corps ; Rigoberto, l'époux fou de désir et très porté sur les soins de son corps pour plaire à sa femme ; Alfonsito, l'enfant à l'âge incertain que Rigoberto a eu avec sa première femme, Eloisa, amoureux de sa belle-mère...

Les chapitres s'entremêlent de cette façon, à savoir qu'on vit l'histoire de Rigoberto, de Lucrecia et d'Alfonso mise en relief par des épisodes mythologiques et des descriptions de tableaux aucunement gratuites : elles sont des interprétations personnelles de l’auteur qui se rattachent à l’histoire.

Par exemple, pour décrire le désir naissant, celui qui précède la nuit d’amour quotidienne, l’auteur s’attarde sur le tableau du Titien Vénus, l’Amour et la Musique. Vénus/Lucrecia est attisée par un joueur d'orgue qui a interdiction de la toucher et l’angelot Amour avant d’aller rejoindre son époux – préfiguration de l’excitation qu’elle aura de passer des bras de l’enfant à celui de l’époux…

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Par cette construction poétique et habile, la narration devient métaphorique car l’auteur juxtapose (superpose ?) au récit des informations essentielles. La description de Sur le chemin de Mendieta de Szyszlo (voir aussi [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] annonce la violence finale.

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Il reste la mystérieuse annonciation de Gabriel à Marie, fille simple qui ne croit pas un mot de ce qu’il lui dit :

« Vous vous êtes trompé de jeune fille et de maison, seigneur. »

Difficile de faire le lien entre ce chapitre et celui qui suit, même si cet ange rose, annonciateur de grandes choses, pourrait être, paradoxalement, le héraut de la chute finale, une sorte de Lucifer sous des airs d’ange.


Llosa s’attarde sur l’intime, la manie, la folie ordinaire d’un homme à l’abri des regards entre les murs hermétiques d’une salle de bains. Rigoberto est un fou d’hygiène. Il a donné un jour spécial à une partie de son corps :

« lundi, les mains ; mercredi, les oreilles ; jeudi, le nez ; vendredi, les cheveux ; samedi, les yeux ; et dimanche, la peau. »
(Le mardi est le jour des pieds.)

Il se consacre à cette partie et la rend propre de la meilleure façon possible. Dans le chapitre « Les oreilles du mercredi », on voit tout le soin qu’il prête à érotiser cette partie de son corps car toutes ces ablutions sont faites dans le but de plaire à Lucrecia, de lui faire sentir un corps agréablement propre :

« La félicité se cache dans le creux de mes oreilles. »
(48)

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Dans le chapitre 6, il est question de la purification de ses entrailles. Avec poésie, l’auteur décrit Rigoberto aux « vécés » et il va même jusqu’à faire un parallèle avec la purification de l’âme. Cette épisode passe de la trivialité à la métaphysique ! En contemplant ses excréments, il se souvient d’un rite des novices bouddhistes en Inde purifiant leurs intestins à l’aide d’une corde dans un but spirituel. La légèreté corporelle accompagne celle de l’âme.
« Mais vider son ventre est beaucoup moins incertain que nettoyer son âme. » (87)

On a parfois des impressions qui rappellent Belle du Seigneur de Cohen (la douce folie d’Ariane dans son bain, l’attention que porte Solal à ses dents…)

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Llosa écrit le désir et l’érotisme avec beauté et retenue, il parvient à rendre les sensations par des images de la sorte :

« elle ouvrit les siennes [ses lèvres] et laissa une nerveuse petite vipère, gauche et effrayée au début, puis audacieuse, visiter sa bouche et la parcourir » (123)

Éloge de la marâtre raconte le désir, le mal, la beauté, l’amour, l’innocence. Il est aussi une illustration de la beauté du vice, placée en exergue avec les mots du poète Cesar Moro :

« La beauté est un vice, merveilleux, de la forme. »



A lire, comme suite de l'Éloge de la marâtre, Les Cahiers de Don Rigoberto :

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"Le malheureux Rigoberto, privé de sa dulcinée, se lamente de ne plus pouvoir folâtrer sur sa croupe généreuse. Comment se consoler? En fantasmant. Beaucoup, à la folie. Alors, dans sa thébaïde de Lima, il rêvasse. Et noircit de sulfureux carnets où il prête à Lucrecia les postures les plus scabreuses, lui invente un amant zoophile, la fait entrer - en tenue d'Eve - dans les tableaux de Renoir et de Rubens, la pousse dans un bordel de Mexico, l'entraîne à Lesbos en compagnie d'une ambassadrice en rut, offre ses divins petons à un «fétichiste français du XVIIIe siècle» qui ressemble étrangement à Restif de La Bretonne."

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Diane sortant du bain

Message  Kashima le Sam 30 Juil 2011 - 8:51

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Diane sortant du bain, François Boucher


Celle qui est à gauche, c'est moi, Diane Lucrecia. Oui, moi, la déesse du chêne et des bois, de la fertilité et des accouchements, la déesse de la chasse. Les Grecs m'appellent Artémis. Je suis apparentée à la Lune et Apollon est mon frère. Parmi mes adorateurs abondent les femmes et les plébéiens. Il y a des temples en mon honneur éparpillés dans toutes les forêts de l'Empire. A ma droite, penchée, regardant mon pied, voici Justiniana, ma favorite. Nous venons de nous baigner et nous allons faire l'amour.
Le lièvre, les perdrix et les faisans, je les ai chassés ce matin, avec les flèches qui, retirées du gibier et nettoyées par Justiniana, ont rejoint leur carquois. Les dogues sont décoratifs ; je les utilise rarement quand je pars à la chasse. Jamais, en tout cas, pour des pièces délicates comme celles d'aujourd'hui parce que leurs mâchoires les broient jusqu'à les rendre immangeables. Cette nuit nous ferons un festin de ces animaux à la chair tendre et savoureuse assaisonnés d'épices exotiques en buvant du vin de Capoue jusqu'à tomber de lassitude. Je sais jouir. C'est une aptitude que j'ai perfectionnée sans relâche, au long du temps et de l'histoire, et j'affirme sans arrogance que j'ai atteint dans ce domaine à la sagesse. Je veux dire : l'art de butiner le nectar du plaisir de tous les fruits - même pourris - de la vie.
Le personnage principal n'est pas sur le tableau. Ou plutôt, on ne le voit pas. Il est par là, derrière, caché dans la futaie, nous espionnant. Avec ses beaux yeux couleur d'aurore méridionale, écarquillés et sa face ronde enflammée de désir il doit être là, accroupi et en transe, m'adorant. Avec ses boucles blondes prises à la ramée et son petit membre pâlichon dressé comme un étendard, nous buvant des yeux et nous dévorant de son imagination de pur infant, il sera sûrement là. Le savoir nous réjouit et ajoute de la malice à nos jeux. Il n'est ni dieu ni bestiole, mais il appartient à l'espèce humaine. Il garde les chèvres et joue du fifre. On l'appelle Foncín.

"Diane après son bain", chap.5, Éloge de la Marâtre, M. Vargas Llosa

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Re: Le marquis de Vargas Llosa

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