Tuons le clair de lune! (le futurisme)

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Tuons le clair de lune! (le futurisme)

Message  Kashima le Ven 13 Mai 2011 - 20:38



A l'occasion d'une exposition des oeuvres de Gino Severini, peintre italien futuriste, à l'Orangerie à Paris, voici quelques tableaux et une définition qui peut être donnée de ce mouvement, le futurisme (qui n'a pas été que pictural, mouvement artistique et littéraire du début du XXe siècle : voir [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]).


Le futurisme, né en Italie en 1909, se caractérise par une recherche de l’expression picturale du mouvement. S’inscrivant dans le prolongement du cubisme, on y voit parfois une certaine géométrisation des formes qui s’y apparente. Le mouvement est principalement fondé sur la fascination des machines, de la vitesse, et sur la décomposition du mouvement et sa représentation.

Le futurisme, créé suite à l'édition du Manifeste du futurisme par Filippo Marinetti, se place dans un contexte d’avant-guerre où le climat politique et social est particulièrement tendu.


De nombreux jeunes veulent changer radicalement le monde et ne voient la révolution qu’à travers la destruction de toutes les valeurs du passé (musée, bibliothèques, villes historiques…) à la faveur de la machine et de la vitesse.
La guerre apparait comme une solution pour repartir à zéro et recréer un monde fondé sur de nouvelles bases. Les futuristes proclament ce côté guerrier de manière assez virulente, certains allant même jusqu'à prôner les valeurs fachistes de manière radicale. Ils sont fascinés par le modernisme, la machine, et notamment les machines de guerre. C’est sur ces bases qu’ils entendent créer le monde nouveau, un monde moderne fondé sur la machine toute-puissante. L'esprit qui anime le mouvement est révolté et révolutionnaire.


Vélocité d'une voiture de Giacomo Balla


La Guerre de Giacomo Balla


Si les formes généralement géométriques peuvent parfois rappeler celles du cubisme, il y a un désaccord avec son aspect statique. La recherche du futurisme est basée sur la dynamique et la vitesse. Ces deux thèmes sont d’ailleurs souvent exploités dans les tableaux.
Plus un corps bouge vite dans l’espace, plus sa perception est abstraite. Manet à son époque, se posant déjà des questions sur la perception (des couleurs, certes, mais aussi des formes en mouvement) avait tenté de représenter une course de chevaux. En observant de manière poussée, on se rend compte, que ce que l’on perçoit alors, c’est le mouvement lui-même et non l’objet.



L'incendie de la Cité de Gerardo Dottori

Les futuristes vont pousser plus loin ces recherches. Les avancées technologiques dans le domaine de la photographie et du cinéma permettent enfin de donner à voir la décomposition du mouvement de manière précise. L’instantané photo donne enfin à voir un instant arrêté de ce mouvement. En effet, avant cette technique révolutionnaire dont Manet s’était sans doute servi, on ne pouvait représenter le cheval au galop que de manière intuitive, avec de grandes chances d’en avoir une vision erronée.
De nombreux artistes vont prendre comme support de recherche des études photographiques sur la décomposition du mouvement afin de réaliser leurs œuvres. C’est le cas du [i]Nu descendant l’escalier
de Marcel Duchamp (qui a fait scandale lors de sa présentation au public). À travers ce tableau, si Duchamp développe les formes plastiques et les thèmes de recherches futuristes, il ne partage pas les opinions politiques et idéologiques des italiens. Sa préoccupation majeure reste un questionnement purement artistique.



Nu descendant l'escalier de Duchamp

Si dans les formes radicales du futurisme on voit souvent apparaître le thème des machines de guerre, parfois, la représentation du mouvement est abordée avec plus de légèreté et un certain humour. C’est le cas de Balla avec la Dynamique d’un chien en laisse :


Dans la Dynamique d’une tête de femme de Boccioni, on voit aussi apparaître une forme d’expression dont Francis Bacon semble s’être inspiré quand on voit la similitude formelle de l’image:


Le futurisme proprement dit s'essoufflera avec l'arrivée du fascisme au pouvoir au cours des années 1920 mais le mouvement aura permis l'apparition du questionnement sur l'appréhension visuelle du mouvement.


Le Cavalier de Carlo Carrà


Dynamisme d'une automobile de Luigi Russolo


Pour résumer, ce mouvement pictural (qui concerne aussi la littérature et l'architecture) s'intéresse au mouvement et à la vitesse, s'inspirant de "la philosophie de Bergson et de la théorie de la relativité d'Einstein selon lesquelles la stabilité est une illusion rétrograde". Ils peignent les actions des machines, des voitures, la vie urbaine et sa frénésie, les métropoles, les lumières, les bruits.
Les principaux noms associés sont italiens : Giacomo Balla, Umberto Boccioni, Carlo Carrà, Luigi Russolo, Gino Severini.


Sources :

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Dernière édition par Kashima le Ven 13 Mai 2011 - 20:57, édité 4 fois

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Gino Severini

Message  Kashima le Ven 13 Mai 2011 - 20:44

Gino Severini est un de ces peintres futuristes.
"Il débute comme élève de Giacomo Balla, un peintre futuriste. Il s'installe à Paris en 1906 et fréquente l'avant-garde artistique. En 1910, il signe le manifeste futuriste. Très bon dessinateur, il combine dans son œuvre la science et l'art, la rigueur et l'imagination, pour atteindre le plus complet bonheur d'expression lorsqu'il lance, entre 1910 et 1915, les valeurs dynamiques du futurisme."

















Arrow Musée de l'Orangerie (Paris)
27/04/2011 > 25/07/2011

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Re: Tuons le clair de lune! (le futurisme)

Message  Invité le Dim 15 Mai 2011 - 14:17

J'aime le dynanisme du futurisme. Les futuristes sont d'ailleurs les premiers à réclamer le film comme un art en soi.
A propos du "juif éternel", tu posais la question de l'impact à l'époque du cinéma. Etait-ce dû au fait qu'il s'agissait d'un nouveau médium?
Je dirais oui et non. Le cinéma permet une dynamique qu'aucun autre art est en mesure de rendre.
Le futurisme est rapidement devenu synonyme d'art fasciste, ceci autant dû à son discours-traduit dans son manifeste- que dans une fiction politique....Lart et le mythe au service du Politique. Le Nazisme suivra cette voie. Je vais approfondir cette réflexion dans ton article sur der ewige Jude.
Rien d'étonnant alors que ce mouvement artistique et idéologique ne fut que de courte durée. Cependant, à partir des années 80, il connaît une certaine Renaissance, le Néo- Futurisme naît.
Aujourd'hui, le néo-futurisme Cechini Graziano, qui a trouvé le soutien de Oliviera Toscani , qui fut le créateur de la campagnes publicitaires provocantes pour Benetton , a lancé une série d'actions de protestation complètement à l'opposé tendance politique originale futurisme la recherche d'une provocation contre le gouvernement Berlusconi qui l'a amené à comparaître à trois reprises

Autre forme de néo-futurisme au Japon, celui de l'artiste Odani Motohiko



« Pour l’instant j’ai ce vif intérêt futuriste dans la façon de saisir les concepts de mouvement et de transformation, le dynamisme et la rapidité dans la sculpture», a déclaré Odani. «Je peux vraiment rejoindre l’affirmation de Boccioni, qui affirme que la sculpture moderne a été un « art mort, et son souci de la régénérer. Bien que dans mon cas, nous parlons de prendre un nouveau regard sur l’histoire de la sculpture au Japon. » Odani Motohiko

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Re: Tuons le clair de lune! (le futurisme)

Message  Kashima le Dim 15 Mai 2011 - 18:03

Quelle belle sculpture! Rendre le mouvement par la matière inerte, c'est beaucoup plus méritant que par le cinéma.
Je savais que tu donnerais un autre éclairage en ta qualité de connaisseuse des arts. Peut-être saurais-tu parler du futurisme en architecture?
Le contre-pied italien de ces dernières années est intéressant, renverser les idées fascistes pour combattre un populiste!

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Re: Tuons le clair de lune! (le futurisme)

Message  Invité le Mar 17 Mai 2011 - 14:39


Une autre sculpture d' Odani Motohiko.

"Rendre le mouvement par la matière inerte, c'est beaucoup plus méritant que par le cinéma." C'est vrai mais Odani Motohiko s'exprime aussi à travers des médias aussi divers que la sculpture, la photographie et la vidéo.
Il a représenté le Japon à le Biennale de Venise en 2003.
La difficulté de rendre le dynamisme en sculpture n'est pas seulement dûe à la "matière inerte" mais aussi et surtout à sa sacralisation. Tout comme l'architecture, sa soeur, la sculpture est dès son origine un art sacré, portant líttéralement une divinité (cf. les statues antiques). La statue repose sur un socle.
Si tu prends l'Homme qui marche de Giacommetti, certes il marche mais il est attaché au sol par un socle.
Même chose pour L'homme en mouvement d'Umbero Boccioni (peintre et sculpteur futuriste), 1913:

Le socle en tant que support est un peu comme un encadrement sur un tableau, situant la sculpture dans le champ visuel du visiteur et délimitant un espace propre à chaque oeuvre. Supprimer le socle est alors repousser l'horizon.
Rodin, en 1885, désacralise la sculpture dans Les Bourgeois de Calais, en créant cette sculpture monumentale, sans socle. Acte révolutionnaire!
Petit détour sculptural avant de passer à l'architecture.....


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Re: Tuons le clair de lune! (le futurisme)

Message  Invité le Mar 17 Mai 2011 - 15:40


Dessins perspectifs de La Citta Nuova de Sant'Elia en 1914

Le principal architecte futuriste est Sant’Elia (Come 1888 – Montefalcone Gorizia 1916).
« […] nous devons trouver l’inspiration artistique dans les éléments du nouveau monde mécanique créé par nous, dont l’architecture doit être la plus complète expression, la synthèse la plus belle, l’intégration la plus efficace. » Manifeste de l’architecture futuriste, Sant’Elia 1914

Une habitation futuriste est « la maison de ciment, de verre, de fer, sans peinture et sans sculpture, riche seulement de la beauté des formes et de ses volumes, extraordinairement laide dans sa simplicité mécanique […] » idem

L'architecture futuriste se définit comme une architecture anti-historique et est caractérisée par de longues lignes horizontales suggérant la vitesse, le mouvement et l'urgence. Elle naît plutôt tardivement, en 1914, et part précisément de l’idée de retard architectural.
Elle reste un leitmotiv du Mouvement moderne et la pratique architecturale moderne se développe simultanément à une recherche architecturale moderne qui la devance. Cette dernière se manifeste typiquement dans de grands projets utopiques fascinants par leur niveau d’intégration fonctionnelle et formelle des problématiques architecturales et urbaines de la ville moderne.


Citta Nuova de Sant'Ellia

Antonio Sant'Elia qui, bien qu'ayant peu construit, transcrivit la vision futuriste en un projet urbain audacieux. Sa Citta Nuova est une utopie, concue comme La Cité idéale de Piero della Francesca, environ 1460-1500:


La Cité idéale de Piero della Francesca

Si de très nombreuses « cités idéales » ne sont restées qu'au stade de rêves dans l'esprit de leurs créateurs, certaines ont cependant été achevées dans les faits. Il s'agit cependant de réalisations « idéales » au sens où, contrairement à la cité spontanée, qui se développe peu à peu selon les besoins en fonction de décisions multiples, et donc de façon organique et parfois anarchique, la cité idéale est conceptuellement élaborée avant d'être matériellement construite, et sa fondation résulte d'une volonté intellectualisée et unifiée.

« Ainsi ces anciennes cités qui, n'ayant été au commencement que des bourgades, sont devenues par succession de temps de grandes villes, sont ordinairement si mal compassées, au prix de ces places régulières qu'un ingénieur trace a sa fantaisie dans une plaine »
René Descartes, Discours de la méthode, seconde partie.

La cité idéale est critiquée dès l'antiquité par Aristophane. Dans Les Oiseaux, il imagine la construction d'une ville idéale dans les airs, Néphéloccocygia. Différents charlatans se présentent, notamment un géomètre, Meton, venu toiser l'air et le partager en rues : J'applique une règle droite, de manière à ce que tu aies un cercle tétragone ; au centre est l'Agora, les rues qui y conduisent sont droites et convergentes au centre, ainsi que d'un astre, qui est rond de sa nature, partent des rayons droits qui brillent dans tous les sens. Jonathan Swift fera de même dans son roman, Les voyages de Gulliver (Laputa), qui montre les architectes commencer la construction des maisons par le toit. Dans Martin Chuzzlewit, Charles Dickens montre comment l'exploitation du rêve utopiste par des charlatans peut conduire à la perte des rêveurs naïfs. La cité soi-disant idéale d' Eden, implantée dans une zone marécageuse, infestée de malaria, se révèle vite un véritable enfer, et c'est au contact de cet enfer que le héros va développer d'admirables qualités d'entraide et de dévouement qu'une cité véritablement idéale n'aurait peut-être pas engendrées.

Dans Les Cinq Cents Millions de la Bégum (1879), Jules Verne oppose deux projets de ville idéale, France-Ville et Stahlstadt. Cette dernière est le prototype de la ville industrielle construite autour d'un gisement minier, répondant à une logique de profit qui fait peu de cas de la vie des hommes. Il s'agit en fait d'une dystopie, analogue à la Coketown décrite par Dickens en 1849 dans son roman industriel Hard Times, roman dans lequel il s'attaque de façon virulente à l'utilitarisme de Jeremy Bentham.


Le futurisme, en architecture fut principalement un mouvement idéologique mais les 300 dessins, planches et croquis de Sant’Elia influencèrent le constructivisme russe et le mouvement moderne. Les visions de cet architecte sur l’évolution de la vie urbaine sont très justes : répartitions du trafic, rues a plusieurs niveaux, expansion verticales de la ville.


Citta Nuova de Sant'Ellia

Le futurisme en architecture a aussi connu une renaissance dans les années 80. Dans les années 1980, l'architecte francais Denis Laming, est l'un des acteurs de ce mouvement et initiateur du Néo-Futurisme. (A suivre, je n'ai pas le temps de poursuivre maintenant)







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Gino Severini à l'Orangerie

Message  Kashima le Dim 3 Juil 2011 - 14:35

L'exposition à l'Orangerie nous montre Gino Severini, du pointillisme au classicisme.

Dans la première salle, Severini s'initie à la technique divisionniste (technique picturale qui consiste à appliquer sur un support de petites taches de couleur pure juxtaposées")



La salle suivante est consacrée à ces travaux futuristes (voir ci-dessus). L'œuvre que je préfère est la Danseuse (bleue). A cette époque, il travaille à une synthèse peinture-poésie en introduisant des mots dans sa peinture.
Pastel et fusain, aussi, comme ici pour cette Ballerina :




Dans la troisième salle, il évolue vers le cubisme, avec des natures mortes et des représentations d'instruments de musique.



Enfin, après 1916, il s'oriente vers une peinture classique et réaliste, représentant des personnages de la Commedia dell'arte (comme Arlequin), travaillant sur les proportions, peignant sa femme, sa fille et lui-même, la maternité. Certains tableaux font penser à Diego Rivera.



Quelques-unes des toiles d'après futurisme ici : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


Les deux Polichinelles (1922)

A partir de 1930, il fera des fresques murales, des mosaïques pour les églises.

Gino Severini est l'exemple même du peintre qui ne s'est pas enfermé dans un style.

J'ai passé un petit moment devant cette peinture, Canon en action (salle du cubisme), à voir et à lire :



La salle des travaux futuristes m'a semblé la plus intéressante.

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Danse de l'ours au Moulin rouge, Severini 1912

Message  Kashima le Dim 3 Juil 2011 - 14:41


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Re: Tuons le clair de lune! (le futurisme)

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