Le Cycle des contrées de Jacques Abeille

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Le Cycle des contrées de Jacques Abeille

Message  Kashima le Mar 26 Avr 2011 - 20:56

J'ai commencé de parler de Jacques Abeille et de ses Jardins statuaires ici : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

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Pour présenter son Cycle des Contrées que je n'ai pas encore lu, voici un article trouvé sur Internet (le blog de Kalev) :

Jacques Abeille est un auteur fantastique français influencé par le surréalisme...ce qui revient à ne pas dire grand-chose d'une œuvre très difficilement classable.

Le Cycle des contrées, son œuvre maîtresse, paru pour l'essentiel dans les années 80 et constitué de romans pouvant se lire de façon autonome, a ceci de commun avec Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger et Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq de prendre pour cadre des pays impossibles à situer et pourtant non dépourvus de références à notre monde (bon, celles-ci sont beaucoup plus rares chez Jacques Abeille, c'est vrai).

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Le cycle a connu tout récemment une nouvelle jeunesse éditoriale grâce à la réédition de cette année, aux toutes jeunes éditions Attila, du premier roman, Les Jardins statuaires (les autres sont actuellement réédités par les éditions Gingko )

Pour la petite histoire, l'illustration de la couverture a été confié à l'illustre François Schuiten, qui, fasciné par cette œuvre et y voyant une similitude avec son propre univers de la BD Les Cités obscures, qu'on ne présente plus, s'est empressé de collaborer avec l'auteur pour un mini-roman illustré situé dans l'univers des contrées, Les mers perdues, dont j'aurais l'occasion de reparler avant la fin de l'article.

Le mieux pour faire ressortir toutes les qualités de ces romans (j'en ai lu trois) est de les chroniquer un par un, car ils sont très divers.

Les Jardins statuaires est certainement le meilleur, empli d'un souffle qu'on ne retrouve plus, malgré leurs qualités, dans les romans suivants.

Le narrateur, un voyageur aux ambitions d'explorateur, arrive dans le pays des jardins statuaires, où les statues poussent dans la terre, phénomène autour duquel toute une société s'est organisée. Et c'est là le point central d'un roman que l'on pourrait qualifier d'ethnologique. En effet, les cent premières pages au moins ne comportent aucune action, il s'agit pour notre voyageur de découvrir, par ses visites des domaines statuaires, ses entretiens avec des personnages encore esquissés, la civilisation des jardins statuaires, ses coutumes et ses rites, dans ce qu'ils ont de fascinant mais aussi, par un réalisme bienvenu, rebutant, notamment pour ce qui est de la place des femmes.

Peu à peu, de nouveaux enjeux apparaissent, les personnages s'épaississent. Notre narrateur part vers le nord, rencontre l'amour en chemin dans un domaine statuaire dévasté, puis s'aventure brièvement au-delà des jardins, dans les steppes du nord où les nomades commencent à s'organiser derrière un nouveau chef originaire des jardins et préparent la grande guerre de conquête dont le menace plane sur les deux premiers romans du cycle.

Se profile alors une réflexion qui traverse tout le cycle sur l'avancée de l'Histoire (la tradition n'est jamais figée pour Abeille, ce que le roman développe avec une étonnante subtilité). Cette réflexion n'est nulle part aussi développée que dans ce premier roman, pour la raison évidente que le narrateur est explorateur, nous dirions dans notre monde ethnologue. A travers le frémissement interne de la société des jardiniers, mouvement où la place de la femme est bien entendu centrale, et l'initiation ethnologique de son narrateur, Abeille démolit agréablement un certain traditionalisme béat répandu chez les ethnophiles de comptoirs. A une époque où les crypto-fascistes de la "Nouvelle Droite" justifient leur critique virulente des Droits de l'Homme par un tiers-mondisme hypocrite, en se permettant de récupérer Levi-strauss de manière honteusement déformée, une réflexion aussi subtile fait du bien par où elle passe.

Au destin des jardins statuaires se mêle le parcours intérieur du héros, et c'est là que l'auteur se montre le plus brillant, dans des pages contemplatives de toute beauté, rendues par une prose poétique ciselée, aux phrases volontiers longues et alambiquées, mais maîtrisées.

Et je ne vous parle même pas des visions qu'Abeille tire du thème forcement prometteur des statues animées de vie végétale, et que n'aurait pas renié ses maîtres surréalistes. Là, il s'agit vraiment d'un élément qui ne se retrouve que dans ce roman.

Je n'hésiterais pas à dire que s'il fallait ne lire qu'un épisode du cycle, ce serait celui-là.

La suite du cycle, justement, qu'en est-il ? Eh bien, il faut avouer qu'une certaine originalité se perd, celle de l'imagination ethnologique. La description fascinante des jardines statuaires, digne d'un Borges au mieux de sa forme, ne trouvera plus d'équivalent dans le cycle...ce qui ne veut pas dire du tout que celui-ci perde tout intérêt, bien au contraire !

La suite ici
...



Personnellement, je n'en lis pas plus car je veux garder la surprise totale. Je cherchais simplement des informations sur un livre que j'ai acheté, Les Carnets de l'Explorateur perdu, et que je garderai pour la fin du cycle, d'après ce que j'ai pu lire :

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Viennent ensuite les textes courts, avec Les Carnets de l'explorateur perdu chez Ombres en 1993, qui renoue de fort belle façon avec la fibre ethnologique du cycle.

Il s'agit d'un court recueil (un peu plus de 80 pages) de textes attribués à Ludovic Lindien, autrement dit le narrateur des Voyages du fils, fils de Barthelemy. Ludovic est devenu anthropologue, et nous livre d'abord son enquête, appuyée de fantastique témoignages, sur le mystérieux peuple d'amazones alliés aux barbares des steppes dans la destruction de Terrèbre, puis un récit plein de magie païenne d'un jeune guerrier des steppes sous l'égide de son maître, un éclairage inattendu sur la préhistoire probable des jardins statuaires, et enfin l'étude des peuplades du Désert d'Inilo, à travers deux mythes archaïques très joliment pastichés et un court essai mythologique aux allures borgesiennes. Un très beau retour au source, par ailleurs illustré par l'auteur de troublants corps déformés.

Kashima
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