Jacques Chessex

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Jacques Chessex

Message  Kashima le Lun 7 Mar 2011 - 13:19



[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

GOTT WEISS WARUM

Ce sont les mots gravés sur la tombe d'Arthur Bloch, Juif assassiné en 1942 par un regroupement d'"autochtones" tentés par le nazisme à Payerne, village suisse, tué pour l'exemple par ces hommes qui se sont laissés embrigader par les discours d'un pasteur antisémite, Lugrin, membre de la Ligue vaudoise, puis du Front national et de l'Union nationale.

Dès le premier chapitre, on découvre une langue sèche et poétique, qui nous happe et nous entraîne dans le récit d'un fait sordide :

« Ô Allemagne, Reich de l’infâme Hitler. Ô Niebelungen, Wotan, Walkyries, Siegrfied étincelant et buté, je me demande quelle fureur instille ces fantômes vindicatifs de la Forêt-Noire dans la douce sylve de Payerne. Rêve dévoyé d’absurdes chevaliers teutoniques qui assomme l’air de la Broye, un matin de printemps 1942, où Dieu et une bande d’autochtones fous se sont fait berner, une fois de plus, par Satan en chemise brune. » (p.11)

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

Dans ce pays où l'on fait de la charcuterie en tout genre, dont l'emblème est un cochon qui sourit, la folie antisémite va s'emparer de Fernand Ischi, le meneur de l'assassinat.

«J’avais huit ans quand ces choses ont eu lieu. Au collège, j’étais assis à côté de la fille aînée de Fernand Ischi».
La voix de Jacques Chessex se fait entendre, on comprend qu'il a porté cette culpabilité d'être né dans ce village où ce crime a eu lieu.

"J’ai porté ce drame dans ma tête et dans mon cœur toute ma vie. Enfant, ma mère me montrait les wagons à bestiaux en gare de Payerne et me disait: «tu vois, c’est là-dedans qu’ils emmènent les juifs.»"

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Payerne

Se référant plusieurs fois au philosophe Vladimir Jankélévitch qui a dit « Les nazis ne sont des hommes que par hasard », il s'interroge sur l'impossibilité ou l'interdiction de parler de la Shoah :

"Vladimir Jankélévitch déclare imprescriptible le crime de la Shoah, il m’interdit d’en parler. Je deviens complice par les mots. Mais le mal est un argument profond donné à la littérature. Sans le diable, pas de récit, pas de littérature. J’ai beaucoup médité sur ce paradoxe. J’en suis arrivé à la conclusion, comme Lanzmann, que l’on peut raconter l’imprescriptible si l’on adopte le point de vue de la victime. Contrairement à la démarche de Littell dans Les Bienveillantes."

C'est court, simple, efficace, la langue est ciselée et belle.
Ce récit m'a rappelé, même s'il n'a pas le même style, le Mangez-le si vous voulez de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], au moment de l'assassinat et du dépeçage dans la grange, il m'a rappelé ces images par la froideur des criminels convaincus que leur forfait est un bienfait.

Chessex est mort en 2009. Il était suisse et avait reçu le Prix Goncourt pour L'Ogre (1973), et le Prix Goncourt de la Poésie. C'est en découvrant cette information que je ne suis plus étonnée de trouver des traces de poésie dans ce récit.



Kashima
Alchimiste

Nombre de messages : 6270
Date d'inscription : 29/09/2008

Revenir en haut Aller en bas

Le dernier crâne de M. de Sade

Message  Kashima le Lun 27 Aoû 2012 - 16:39

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Arrow [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Kashima
Alchimiste

Nombre de messages : 6270
Date d'inscription : 29/09/2008

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum