Prisons et écriture

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Prisons et écriture

Message  Kashima le Jeu 3 Mar 2011 - 15:47

Paru chez Indigène, la maison d’éditions dont on a beaucoup entendu parler ces derniers temps avec la publication du pamphlet de Stéphane Hessel, Indignez-vous, le livre de Brigitte Brami, La Prison ruinée, commence par l’épigraphe suivante, tirée du Captif amoureux de Genet (1986) :

« Que la prison fût solide, les blocs de granit assemblés par le plus fort ciment et encore par des joints de fer forgé, et, de fissures inattendues, provoquées par l’eau de pluie, une graine, un seul rayon de soleil et un brin d’herbe avaient déjà disloqué les blocs de granit, le bien était fait, je veux dire la prison ruinée. »

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Placé sous l’égide de l'auteur du Condamné à Mort, ce témoignage d’une femme « qui marche contre le vent » (titre de la collection) vise à montrer que la prison n’est pas plus terrible que l’extérieur, que c’est un lieu où l’on peut gagner une liberté de laquelle on est privé dans le monde normé.
Brigitte Brami raconte, en une trentaine de pages, la vie à Fleury-Mérogis, dans un texte qui prend le contrepied de tous les clichés que l’on a en tête sur la prison.
Durant ses quelques mois d’emprisonnement qui ne sont pas vécus comme une souffrance, bien au contraire, l’auteur a appris ce que peut être la transfiguration poétique du quotidien : la détention donne, selon elle, la possibilité de transformer la réalité en quelque chose de plus beau. Le dimanche, ce sont des fêtes bachiques qui se donnent… Les détenues se bagarrent, se préparent des repas, bronzent dans la cour :

« « Ils nous ont arrêtées. Ils nous ont jugées. Ils ont refermé derrière nous leurs lourdes portes. Ils ont resserré notre espace. Mais il y a une chose dont ils sont incapables : c’est arrêter le temps dont le passage nous délivrera tôt ou tard. » A peine écoutai-je ces paroles que, comme Genet quand il découvrit la première ligne de A la Recherche du temps perdu, je sus qu’à entendre ces femmes, j’irais de merveille en merveille. » (p.12)

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Ce témoignage pourrait être le terreau d’un roman, car on n’a pas le temps, dans ces quelques pages, d’avoir accès à ces autres merveilles évoquées par l’auteur. Certaines personnes feraient de bons personnages, comme Sonia A
Brigitte Brami rencontre en prison cette Zaïroise de 44 ans, un caïd, et elle découvre le plaisir avec elle. La description qu’elle en fait est d’abord surprenante, car négative (« cette petite pute »), puis on sent l’importance qu’a eue cette femme pour elle :

« Oui, entre les murs, j’ai bien rencontré l’amour. » (p.18)

Elle en parle dans une partie qu’elle intitule De la sensualité retrouvée et qui commence ainsi :

« 8% de la population mondiale ont des mœurs lesbiennes. Dans les prisons de femmes, ce pourcentage explose. » (p.15)

Ce récit est plutôt bien écrit. On sent qu’il se cache en lui une matière littéraire qui pourrait être exploitée. Sous le patronage de Genet, certes, mais aussi d’Albertine Sarrazin (en prison huit ans et qui avait été mise au cachot dix jours pour avoir embrassé une autre détenue), Brigitte Brami propose à tous les prisonniers d’« être (heureux) en étant (incarcérés car c’est) la seule résistance possible face au pouvoir institutionnel. » (p.28).

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Albertine Sarrazin


L’auteur ne parle pas des raisons de sa détention. On sait seulement que ce fut pour une courte durée. On aurait envie de lui dire qu’elle n’a pu vivre dans ce monde idyllique qu’elle décrit que pour ces raisons : d’avoir été emprisonnée peu de temps et dans une maison d’arrêt, non dans un centre de détention. Mais Brigitte Brami réfute déjà ces arguments que des gens tels que son avocat ont pu lui opposer (cf. l’annexe, la lettre à son avocat) : elle s’est interrogée sur ce que pouvait être une incarcération de longue durée, a conscience qu’elle n’a jamais été dans ce cas de figure, mais cela ne l’empêche pas de dire que ce qu’elle a vécu à Fleury-Mérogis l’a rendue heureuse.
Et en plus, on apprend, hors récit, qu’elle était innocente.


Le contraste entre l’intérieur et l’extérieur est très étonnant : les pages les plus douces, les plus habitées par la poésie, sont celles sur la prison. « Le charme (est) rompu » dès les premiers pas de l’auteur à l’extérieur. Quand elle regagne sa liberté, on bascule avec elle dans un monde froid, cruel, gris. Sa rencontre avec une ancienne détenue dont elle était amoureuse illustre bien ce contraste. Autant Sonia incarnait la sensualité, le désir, autant cette femme revue à l’extérieur provoque le dégoût :

« Et quand elle se déshabilla, j’allai vomir dans les toilettes à cause de la puanteur occasionnée par une crasse vieille de plusieurs semaines. » (p.26)

Avec des remerciements aux vivants et aux morts (Despentes, Artaud, Katerine, Deleuze...), c’est dans ces mondes inversés que Brigitte Brami nous invite.

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Brigitte Brami

Message  Kashima le Dim 24 Juil 2011 - 8:20

Message de Brigitte Brami :

La Prison ruinée va être désormais très difficile à se procurer dans ses lieux de vente habituels; y compris en ligne.
Il est ainsi fort probable qu’on vous invoque : une rupture de stock chez l’éditeur, ou selon la formule consacrée : indisponible temporairement chez l’éditeur

La Prison ruinée contre toute attente a été bien vendue, très bien vendue : à 4111 exemplaires en un peu plus de quatre mois, et cela UNIQUEMENT grâce au bouche oreille, c’est-à-dire grâce à VOTRE bouche et à VOS oreilles. Je tiens à vous en remercier ici chaleureusement vous toutes et tous.
L’aventure ne s’arrête pas là : Si vous désirez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de La Prison ruinée, vous pouvez adresser un chèque (à mon nom) de quatre euros et 50 C. (4E50) pour chaque exemplaire, frais de port compris ( pour la France )à l’adresse suivante :
Brigitte Brami
1, rue Vidal de la Blache
75020 PARIS
Ne vous inquiétez pas c’est une adresse administrative et non domiciliaire !
Je compte sur vous pour poster, envoyer aux sites, blogs, listes de contacts, presse, etc., cet événement.
Merci d’avance,
Brigitte BRAMI
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Tél. 06 49 35 99 78 TROIS LIENS QUI LIBÈRENT… :
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Le dernier jour d'un condamné, Hugo

Message  Kashima le Sam 3 Déc 2011 - 14:01

"Ah! qu'une prison est quelque chose d'infâme! Il y a un venin qui salit tout. Tout s'y flétrit, même la chanson d'une fille de quinze ans! Vous y trouvez un oiseau, il a de la boue sur son aile ; vous y cueillez une fleur, vous la respirez : elle pue."

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C'est un classique... Les dernières heures d'un condamné nous sont racontées à "je", de l'instant où la sentence est prononcée à la montée sur l'échafaud, toutes les angoisses par lesquelles passe un homme, même criminel, quand il sait qu'on va lui ôter la vie.


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“On eût dit la bave d’une limace sur une rose.”


Le Dernier jour d’un Condamné, V. Hugo

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Re: Prisons et écriture

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