Le Tu selon Bernard NOËL

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Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Jeu 2 Sep 2010 - 22:43


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Tu? = Je est un autre?

Message  Invité le Ven 3 Sep 2010 - 20:17

"Tu l'autre en moi" nous dit Jean Noel, que j'entends comme réponse en Echo à Rimbaud "Je est un autre".
Cette formule est paradoxale et même, semble-t-il, contradictoire puisqu’elle identifie le sujet, le moi, c’est à dire le pôle d’identité de la personne avec son contraire "un autre", indéfini, et étranger. Mais Jean Noel, contrairement à Rimbaud, ne reste pas dans l'indéfini puisqu'il nomme l'autre: TU.
Mais qui est Tu? Formule fort déculpabilisante. "Je" ne suis pas responsable mais "Tu es responsable"...le Thélos de la théologie avec ses 10 commandements?

Si "Je est un autre", il faut chercher à donner sens à la formule et comprendre qu’elle s’oppose (et donc suppose) une autre conception du sujet, plus simple, où le "Je" s’apparaît comme responsable de ses actions et où il parle de lui à la première personne en assumant ses décisions.
Cette supposition s'oppose à "Tu l'autre en moi".

Prenons le VIII. commandemment dans le décalogue: "Tu ne tueras pas"

En hébreu, le " vol ", le " rapt ", shod, est identique au mot shad, le " sein " de la mère. Ce commandement évoque les sevrages mal réalisés. " Un voleur, c’est quelqu’un qui veut retrouver le sein de sa mère. Quelqu’un qui n’a pas recu de parole de séparation. Toute mère devrait dire : “Ceci est mon corps, ceci est mon sein et, bien que nous ayons fusionné pendant neuf mois de grossesse, bien que nous ayons eu un corps à corps symbiotique pendant l’allaitement, tu dois maintenant te séparer du sein.” L’enfant à qui l’on n’a pas donné cette parole sera toujours dans la volonté de retrouver cet objet perdu."
Cette loi évoque donc la nécessité d’une parole de maturation, seule capable de transmuer le désir d’avoir, de thésauriser, d’amasser, en désir d’être. "Eduquer quelqu’un, c’est l’encourager, grâce à cette parole de séparation, à désirer être lui-même."
Marc-Alain Ouaknin, rabbin-philosophe : Mes dix commandements

Ce "Tu autre en moi" s'inscrit,il me semble, toujours dans une dimension théologique et qui dit théologie dit culpabilité ( cf. Lévinas, Derrida, Buber...), prenant l'être humain comme homo dialogus
Quel meilleur exemple d'ailleur que Martin Buber avec son "existentialisme théologique" ?
"Toute vie réelle est rencontre"

L'être humain "bubérien" est par essence homo dialogus, et ne peut s'accomplir sans communier avec l'humanité, la création et le Créateur. Il est aussi homo religiosus, car l'amour de l'humanité conduit à l'amour de Dieu et réciproquement. Il est donc impensable de parler aux hommes sans parler à Dieu, et réciproquement. La divine Présence participe donc à toute rencontre authentique entre les êtres humains et habite ceux qui instaurent le véritable dialogue.

Le dialogue repose sur la réciprocité et la responsabilité, laquelle existe uniquement là où il y a réponse réelle à la voix humaine. Dialoguer avec l'autre, c'est affronter sa réalité et l'assumer dans la vie vécue. Le dialogue avec Dieu n'est pas différent : Sa "parole" est une présence réelle, à laquelle il faut répondre. Pour Buber, la Bible témoigne de ce dialogue entre le Créateur et ses créatures, et Dieu écoute l'homme, qu'il intercède en faveur de ceux sur lesquels la colère divine doit s'abattre ou supplie son Créateur de manifester Sa providence.



Dans son ouvrage le plus célèbre, Je et Tu (1935), Martin Buber souligne l'attitude duelle à l'égard du monde: la relation Je-Tu et la relation Je-cela.

Ni le Je ni le Tu ne vivent séparément, ils n'existent que dans le contexte Je-Tu, qui précède la sphère du Je et la sphère du Tu.
De même, ni le Je ni le cela n'existent séparément, ils existent uniquement dans la sphère du Je-cela.
La relation Je-Tu n'est absolue qu'à l'égard de Dieu - le Tu éternel - et ne peut être pleinement réalisée dans les autres domaines de l'existence, y compris dans les relations humaines, ou Je-Tu fait souvent place à Je-cela ( Je-Tu ou Je-cela dépend non pas de la nature de l'objet, mais du rapport que le sujet établit avec cet objet). L'être humain ne peut être transfiguré et accéder à la vie authentique que s'il entre dans la relation Je-Tu, confirmant ainsi "'altérité de l'autre", ce qui suppose un engagement total: "La parole première Je-Tu ne peut être dite qu'avec l'être tout entier, alors que la parole première Je-cela ne peut jamais être dite avec l'être tout entier". Je et Tu sont deux êtres souverains dont aucun ne cherche à impressionner l'autre ni à l'utiliser.
Selon Buber, l'homme peut vivre sans dialogue mais qui n'a jamais rencontré un Tu n'est pas véritablement un être humain. Cependant, celui qui pénètre dans l'univers du dialogue prend un risque considérable puisque la relation Je-Tu exige une ouverture totale du Je, qui s'expose ainsi à un refus et à un rejet total.
La réalité subjective Je-Tu s'enracine dans le dialogue, tandis que le rapport instrumental Je-cela s'ancre dans le monologue, qui transforme le monde et l'être humain en objet. Dans l'ordre du monologue, l'autre est réifié - il est percu et utilisé - alors que dans l'ordre du dialogue, il est rencontré, reconnu et nommé comme être singulier. Pour qualifier le monologue, Buber parle d'Erfahrung (une expérience "superficielle" des attributs extérieurs de l'autre) ou d'Erlebnis (une expérience intérieure insignifiante), qu'il oppose à Beziehung – la relation authentique qui intervient entre deux êtres humains.
Ces conceptions s'opposent tant à l'individualisme ( et aux miennes, étant indivualiste. Cette conception devrait plaire aux Japonais avec leur "esprit de masse"), où l'autre n'est percu que par rapport à soi-même, qu'à la perspective collective, où l'individu est occulté au profit de la société (certains ont utilisé cette idée pour expliquer le passage biblique de "la dispersion des langues" : aucun individu n'y est mentionné, la langue unique est celle d'une voix unique. Babel vit tout entière sous la botte d'un dirigeant qui n'a qu'une idée : égaler Dieu. Celui-ci intervient donc en faisant naître le sentiment d'être entier, et non réifié)
Pour Buber, une personne ne peut vivre au sens plein du terme que dans la sphère interhumaine: "Sur la crête étroite où le Je et le Tu se rencontrent, dans la zone intermédiaire", laquelle est une réalité existentielle - un événement ontique qui se produit réellement entre deux êtres humains.

Et si par Je/ jeu l'on dé-construsait ce TU théologique en le dé-culpabilisant?

http://buber.de/en/


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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Ven 3 Sep 2010 - 22:13

Bernard NOËL ne fait nullement référence ici à une structure dialogique .
Il dit que tout se joue dans notre dos , au revers de nous mêmes et sans doute à notre insu .
Le Tu est " en moi ,derrière moi ". Il est l'autre en moi ( dont je suis l'hôte ) , ma part d'ombre . Il m'impersonnifie en quelqu'un qui n'est plus personne .Et s'il vient à jour , ce n'est qu'au prix de ma propre disparition .
Je ne sais si on peut dire que le Tu serait en ce sens un Je tacitement tu .
Se dire Tu , se tutoyer (en " voix off ") revient sans doute à s'incarner en troisième personne du singulier .

........
Le Tu qui s'accompagne d'une injonction , d'une mise en demeure...relève d'un tout autre registre .

..........
Quant à BUBER que je connais mal , il me semble à vous lire qu'il échafaude une mystique du lien ( ligere-religion ) qui annonce LEVINAS et prépare aussi la voie à l'inter-subjectivité...

............
Le rapport en hébreu entre "rapt" et " sein" est pour le moins sidérant....avec les conséquences dont vous faites état .

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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Ven 3 Sep 2010 - 22:32

" Il y a toujours une autre voix qui fait intrusion dans notre voix lorsqu'on dit vraiment quelque chose "
Jean-Luc NANCY

http://www.youtube.com/watch?v=rWAT3QuMkc0

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l'intrusion et l'à-venir: J.L. Nancy/ Derrida

Message  Invité le Dim 5 Sep 2010 - 16:24

"Il y a toujours une autre voix qui fait intrusion dans notre voix lorsqu'on dit vraiment quelque chose "
Jean-Luc NANCY

Cette intrusion de l'autre ouvrant sur l'incertain, sur l'à-venir (comme dit Derrida paraphrasant Heiddegger comme bien souvent) est cette hantise de l'être-là (Da-sein) qui est habité, hantise à laquelle vous faisiez d'ailleurs allusion à propos de l'architecture.
Mystique heideggérienne, reprise de Hördelin, revue et retravaillée par Derrida, Lévinas, J.L. Nancy....
Ce n'est rien d'autre que du messianisme! Et en effet, Buber échafaude une mystique du lien, qui sera reprise par Lévinas.
Concernant Bernard Noel, je ne peux rien dire de plus car je ne le connais pas.

Dès que j'ouvre la bouche, je promets, j'annonce un à-venir. Lequel? On est tenté de répondre à cette question par des contenus : une langue, une éthique, la démocratie, l'ordre mondial, une nouvelle alliance, etc.... Mais l'à-venir derridéen est imprévisible, incalculable. Il n'a pas de contenu. C'est en cela qu'il est messianique. Pour le dire, il faut une pensée neutre, indéterminée, une pensée sans horizon.

Pourtant je l'annonce, cette langue inouie, cette autre éthique, etc.... J'ai décidé de les laisser se mettre en mouvement. Bien qu'ils n'aient pas de sens, bien qu'ils ne soient rien, j'ai préparé des lieux pour les accueillir, des lieux sans issue ni chemin, comme le désert ou la spectralité - mais des lieux d'accueil.

Qu'est-ce qui est à venir? Peut-être une époque, à condition de préciser que cette époque n'est pas nécessairement de l'ordre du temps. Les termes qui la qualifient, imprévisibles dans leur contenu, ne relèvent pas d'une réalité empirique, mais du concept. Pourtant ils sont inscrits dans l'histoire. Ils induisent des tâches qui ne sont pas des devoirs ni des actes militants. S'ils sont imprévisibles, cette imprévisibilité est le sens même de ma liberté.

L'à-venir répète l'héritage. En annonçant l'au-delà de l'origine, il avance vers elle. (Derrida ne fait que plagier Heidegger)

Un à-venir calculable serait l'annulation de l'avenir, le mal radical.

Derrida parle de démocratie à-venir.
Qu'entend t-il par démocratie à venir? Cf:



("Un indice de la nouvelle configuration politique internationale : la notion d'"État voyou". Il traduit ce que l'administration américaine, sous le président Clinton, nommait les "rogue States". En français, le terme de "voyou" sonne comme une interpellation de police. Le voyou a affaire avec la voie : c'est le dévoyé qui traîne dans les rues, la bande menaçante qui occupe le pavé aux marges de la Cité de droit. Que peut donc vouloir dire l'expression d'"État voyou " ? Un ancien membre de l'administration Clinton la définit ainsi : "A rogue state is whoever the United States says it is" (Robert S. Litwak). Là où ne règne plus autre chose que la loi du plus fort, les voies sûres de la Cité existent-elles encore ? Est-il encore possible de distinguer les voyous de ceux qui les dénoncent ? Une nouvelle investigation de Jacques Derrida pour déconstruire les préjugés qui nous rendent étrangers à notre temps.")



L’avenir de la démocratie est ici celui du “premier venu” : “Penser la démocratie, c’est penser "le premier venu" : quiconque, n’importe qui […]. Le premier venu, n’est-ce pas la meilleure façon de traduire " le premier à venir"? (une théo-politique de l'hospitalité)
...accueil inconditionnel de l’autre ou de l’étranger. Une étrangeté qui ne surviendrait pas de l’extérieur à une identité déjà constituée mais quelque chose comme une étrangeté originaire, une “préséance” qui précéderait tout commencement en soi, toute position
territoriale et familière. Il s’agirait de “penser et vivre une politique, une amitié, une justice […] qui commencent donc là où le commencement (se) divise et diffère. Qui commencent par marquer une hétérogénéité "originaire" qui est déjà venue et qui peut seule venir, à
l’avenir, les ouvrir. Fût-ce à elles-mêmes.”

Il est bien tout d’abord question d’une venue ou d’une arrivée, ici et maintenant, celle de l’étranger au sens le plus concret et politique du
terme, un étranger auquel la communauté démocratique doit s’ouvrir, qu’elle doit accueillir sans condition, c’est-à-dire sans soumettre cet accueil à une identification du semblable, à des critères d’appartenance, même “fraternels”. “Cela implique une autre pensée de l’événement
(unique, imprévisible, sans horizon, non maîtrisable par aucune ipséité ni aucune performativité conventionnelle et donc consensuelle) qui se marque dans un "à venir" qui, au-delà du futur (puisque l’exigence démocratique n’attend pas), nomme la venue de ce qui arrive et de qui arrive, à savoir de l’arrivant dont aucune hospitalité conditionnelle ne devrait ni ne pourrait limiter l’irruption aux frontières d’un Etat-nation policé.”
Cette "voix off" de l'autre comme vous dites, n'est-ce pas la voix de ma mauvaise conscience?
Car derrière toute mauvaise conscience, toute inquiétude, n’est-ce pas toujours une autre voix qui se fait
entendre, la voix de l’autre, l’absente de tous débats, l’intempestive, exclue par notre prise de
parole elle-même ? Toujours trahie et toujours ressurgissante ?




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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Dim 5 Sep 2010 - 17:51

je vois que mon message s' est effacé...aléas de cette "ardoise magique" qu'est aussi l'écran d'un ordi ....je tenterais de le retranscrire de tête sous peu...

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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Dim 5 Sep 2010 - 18:33

Le même problème vient de m'arriver à propos du sujet architecture. Plus d'1h de perdue! Le message n'est pas passé. Ce n'est pas la première fois que ca m'arrive ici donc conseil: copier ses textes avant de les envoyer!
Moi aussi, je vais recommencer.

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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Dim 5 Sep 2010 - 18:52

tentative de retranscription avec envoi

................
Cette voix " en off " n'a rien d'une voix intérieure . Elle n'est en rien intime mais plutôt " extime ". Elle n'intime pas , ne somme pas . Elle n'est d'aucune conscience et ne relève en rien d' " un impératif catégorique ' . Elle est seulement une autre voix dans ma voix qui m'absente à moi même et m'impersonnifie .Et si elle se rappelle à moi qui l'ait toujours déjà trahie dès que j'ouvre la bouche , ce n'est nullement pour m'incriminer .Et je ne peux au fond l'entendre que dans la mesure où elle reste tue ....où elle trouve en moi à se taire . Serait elle comparable à la voix d'un sourd muet ? Je ne sais au juste ...

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sur google fr quant à B.NOËL

Message  Invité le Dim 5 Sep 2010 - 20:15

cipM - Auteurs : Bernard Noël
Bio-bibliographie de Bernard Noël : Bernard Noël est né le 19 novembre 1930 dans l'Aveyron. Remarqué dès son premier livre de poésie, Extraits du corps ...
www.cipmarseille.com/auteur_fiche.php?id..

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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Dim 5 Sep 2010 - 21:09

encore une fois, je viens de vous répondre et mon rexte, que j'ai oublié de copier n'est pas passé!

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voix off = Aleph: silence originaire de la création

Message  Invité le Dim 5 Sep 2010 - 21:24

Je suis lasse de tout recommencer, je préfère laisser la parole à l'autre, qui n'est pas moi mais qui parle en mon nom.
"....je ne peux au fond l'entendre que dans la mesure où elle reste tue ....où elle trouve en moi à se taire . Serait elle comparable à la voix d'un sourd muet ?"
Mais vous confirmez ce que je ne cesse d'affirmer: théologie et plus exactement judaisme!

De la Parole au Silence, Aleph, souffle de la Création

"De la Parole au Silence, du Visible à l´Invisible, du vêtement à l´âme,

le cheminement se dessine d´un entre-deux , d´un seuil où ni nue ni vêtue, on me signifie aussi que je ne dois ni lire ni écrire .



Donnez moi la première lettre et je vous donnerai la seconde ! Comme si nous ne pouvions sans l´altérer prononcer la Parole, dire le mot !



Comme s´il fallait le silence entre toi et moi pour créer l´espace de notre rencontre ! Comme si dans la rencontre elle même était enfoui le secret de la Parole !



Et je m´interroge:quelle est donc cette alchimie secrète du silence et de la lettre que nous devons retrouver pour qu´elle nous engendre à nouveau ?



Mais comment dire ce qui est indicible?

Comment designer ce qui n est pas visible?

Comment quantifier ce qui est infini?



Cette infinitude qui ne se laisse saisir par la pensée, porte le Nombre 1 et a pour nom Aleph.



Aleph, Porte des mystères suprêmes, Seuil de l´Eternité au-delà duquel même l´imagination la plus libre avoue son impuissance à Tout imaginer.



Aleph…. Alouph, une lettre, un nom ! Prince de la Lumière, Maître entre les maîtres, tu es le centre du Lieu, Source de toutes les énergies qui porte le Cosmos et le vivifie " Tu es le monde et le monde n est pas Ton lieu ".



La Science Secrète illumine le regard du Sage, et le Sage diffuse l´enseignement; Le Maître transmet aux disciples, la force et la conviction du chemin qui s´ouvre devant eux; Aleph est la Cause qui alimente la pensée vivifiante de toutes les autres lettres de l´alphabet hébreu, très exactement à l´image du Nombre 1 qui transcende tous les autres Nombres.



Et puisque la parole met en mouvement des énergies cosmiques et qu´elle est le canal par lequel la Lumière agit dans les mondes, il nous faut nous interroger : que vient donc nous signifier le silence du Aleph ?



Le Aleph règne sur l´air (Sepher Hayetsira). Il est souffle de vie. Il se fait silence pour contraindre à penser l´impensable et permettre aux autres lettres de prendre vie et d´être paroles, à l´image du silence en musique qui donne aux notes qui vont se révéler musique, l´espace de leurs vibrations.

Dans le mot Aleph, sont écrits les mots APH ( אפ ) le nez et le mot PE (פ ) la bouche , écrit par la lettre qui porte le même nom.



Aleph renvoie à l´Air et au souffle de l´Homme, au mouvement de l´ inspir et de l´expir, de la pensée insaisissable dont il est dit qu´elle est la quintessence, le cinquième élément du Cosmos.



L´air est l´élément qui dans le Cosmos concilie et attache le Feu à l´Eau.



Il appartient à l´Est qui en Hébreu se dit QEDEM mais ce même mot renvoie aussi à l´Origine des temps, au début (QODEM), à un Avant d´avant Béreshit !



La parole est portée par le souffle de l´Homme et le souffle est esprit dans son âme et vie dans son corps.



Que cesse le souffle et l´ homme meurt!

Que se taisent les voix et un certain silence avec force et vigueur peut enfin se faire entendre!



Mais nous le savons, la parole dite, jamais ne se perd, quelque soit le temps et le lieu ou elle s´est inscrite, ses vibrations sonores parcourent l´Univers.



Croyez vous qu´à minuit, lorsque les travaux sont fermés, les paroles dites dans le Temple se taisent? Croyez vous que leurs vibrations sonores cessent de résonner? Mes Sœurs, le tapis de la Loge recouvert cesse t-il d´ exister pour autant ?



Comme si le processus alchimique des symboles intériorisés s´arrêtait au plus profond de nous parce que nous quittions le Temple !



Comme si la Lumière Eternelle cessait de diffuser son intelligence au monde !



Comme si le silence de l´Aleph cessait de résonner au cœur de la Parole !



Le silence du Aleph est appel, attente de la voix qui donnera au souffle le son qui donnera sens dans le monde du fini.



Ce silence est Amour, (Aleph est la première lettre du mot Ahava/Amour), retrait volontaire de Soi pour laisser place à l´ Altérité des voyelles et des autres lettres qui viennent lui donner corps.



Il est le support du Sens et le " Dit " de l´indicible pour que de l´exil, l´homme fasse le chemin qui le mènera à sa réalisation qui est une libération (la lettre qui sépare l´exil de la libération est le Aleph GUOLA/GUEOULA ) ( גאולה / גולה ).



Il est attente du dévoilement et de la révélation.



Il est le miroir du soi qui ne peut se refléter que lorsque l´ego s´est annulé devant le mystère de la Création. (ANI /Je et AIN/Neant)

( אני/אין. )



Les lettres hébraïques sont des vêtements de lumière car nous ne saurions " entendre les voix " si leurs énergies lumineuses ne s´auto limitaient dans l´encre noire des lettres qui les recouvre. Notre humaine finitude ne pourrait recevoir ni comprendre si la Lumière n´ acceptait de se vêtir des limites du Fini dans le monde du Visible.



Feu noir sur feu blanc,

Loi écrite burinée et Loi orale flamboyante,

Pour que le Visible soit le réceptacle de la Science infinie de l´Etre !



Il est dit que seul ce qui est recouvert d´un voile est offert au dévoilement! Aussi il faut changer notre regard au monde et voir dans les lettres les vêtements/symboles véhicules des énergies lumineuses qui les traversent.



Qu´ est-ce à dire ?



Je crois qu´il faut décomposer le mot en lettre puis la lettre en graphie;



Il faut rechercher le lien qui unit les lettres dans le mot et le lien qui unit le Nombre à l´être;



Il faut travailler la forme et le fond jusqu´à réentendre dans le mot, une Parole et jusqu´à retrouver dans La Parole, le silence du Aleph;



Il faut pouvoir laisser le silence vibrer en nous et entendre son murmure indicible, et au cœur du silence et de ce murmure, peut-être une proximité divine.



La symbolique est Porte de la science de l Etre qui les signifie.



Ni nue, ni vêtue, en chemin entre les mots et le silence de l Aleph;



Ni lire ni écrire pour désapprendre le profane et retrouver dans les lettres, Keter, la racine spirituelle de l Arbre de vie, la Couronne d´où jaillit le point de la pensée enclose qui permettra aux vibrations sonores des autres lettres de s appuyer sur le silence de l´Aleph pour offrir aux Hommes leurs résonances.



L´anagramme de Aleph nous donne le mot PELE ( פלא ) qui veut dire "merveilleux". Il symbolise Keter, la Volonté primordiale, le Ain Soph (Sans Fin) d´où jaillira la Sagesse de Hokhma, qui en lecture éclatée peut se lire la Force du Quoi (KOAH MAH ?).



La force du Quoi est le questionnement qui ouvre les portes de la Sagesse, mais au-delà: silence, le merveilleux! L´infini devant lequel notre compréhension est néant!



Keter et Aleph offrent leurs silences.



Keter offre à HOKHMA le point premier de sa pensée enclose et Aleph est notre lien avec l´Absolu.



Que nous dit sa graphie ? א א א



Le Aleph s´offre à notre regard comme deux yod en miroir, séparés mais en même temps reliés par une diagonale qui serait un Vav, le terme conjonctif qui permet de lier et de relier, ligne / miroir du monde de l´en haut et du monde de l´en bas, raison pour laquelle le Yod du bas est le reflet inversé du Yod de l´en haut.

י ו י א

Le Aleph ne peut se voir sans le Yod qui le compose car l´Unité du Aleph trouve son expression réalisatrice dans le 10 !



Aussi la diagonale est-elle bien le miroir où il est donné au Yod divin de se refléter dans le yod terrestre pour accomplir le miracle de l´Unité.



Ce miroir de la transcendance et de l´Unité du Aleph est peut- être la voie étroite des Initiés qui savent être le lien qui unit le ciel et la terre.



Il me faut parler du yod, ce point de lumière, de la pensée conceptuelle, l´inspiration de ce qui ne se laisse saisir, l´éclair de génie qui disparaît aussitôt qu il apparaît.



Il me faut parler du Yod en regard avec l´Aleph, car l´Unité principielle se projette dans le monde de la réalisation (Yod = 10), par la main qui se dit YAD. Yod est le principe créateur divin, la main invisible qui agit dans le monde du visible, reflet divin dans le monde des Hommes.



La diagonale, le Vav est un simple trait qui sépare mais aussi unit les deux yod. Ce Vav porte le Nombre 6 dans l´Univers et il symbolise l´Homme qui peut, s´il entend le murmure de l´Aleph, devenir lieu de rencontre et d´Unification de la Parole imprononçable.



Il est l´axe du juste milieu, la mémoire ancestrale des 6 jours de la création.



Aussi, on peut dire que le Aleph contient en germe le Nombre Trois : le Ciel, la Terre et l´Homme.



Il reçoit par la main droite la lumière infinie contenue dans le point, symbole du Grand Tout, et il en fait don par sa main gauche qu´il tourne vers la terre, un peu comme dans la Chaîne d´Union lorsque notre main droite donne à la terre, et notre main gauche est ouverte vers le ciel et que dans le même moment nous sommes reliées à la fois à nos Sœurs à l´Horizontale et à la Chaîne immémoriale de ceux qui nous ont précédés sur ce Chemin de la Science de l´Etre, à la verticale.



Deux Yod et un Vav écrivent le Nombre 26 (10+ 6+10) qui est la guématrie du Nom indicible, comme pour nous signifier que l´Un silencieux s´entend par le 26 indicible !



Bien davantage, la guématrie pleine de Aleph nous donne le nombre 111, soit le nombre 1 à trois niveaux de conscience de l´être, celui des Unités principielles, clefs de voûte de la fondation du Temple de l´Univers, celui des dizaines, plan des réalisations dans le monde du visible et du concret, et celui des centaines qui élève au plan cosmique.



Le livre du Bahir nous dit : " Il n est pas permis d´invoquer le Aleph séparément mais seulement à l´aide des deux autres lettres qui le suivent et s´unissent à lui ".



Pourquoi ? Parce que notre entente de l´Unité ne peut passer que par la multiplicité! Nous pourrions dire que l´Unité de notre "Je" se perd dans la fragmentation du multiple et que toute la Science de l´Unité et le travail symbolique est justement de lier les morceaux et de retrouver un ensemble qui ne soit plus composite mais entier.



Le Aleph du Adam (Homme fait de glaise [adama = terre]) permet au sang (dam= sang) d etre régénéré alors même que le sang circulant dans un circuit fermé ne devrait pas se recréer de nouveau. Sans le Aleph de l´Unité, le sang ne maintient plus la vie et l´homme meurt !



Je vais donc me plier à la sagesse du livre de la Clarté.



Les trois lettres racines qui écrivent la lettre Aleph sont le Aleph, le Lamed et le Pé : א ל פ



Aleph n´est donc dissociable ni de la lettre PE ( פ ), ni de la lettre Lamed ( ל ).



Voici ce que ces trois lettres me signifient :



La Lumière infinie du Aleph est source d´étude et d´enseignement (le Lamed = limoud = enseigner/apprendre) qu il faut mettre dans la bouche (Pé = bouche).



Pour que le Divin devienne Tradition et enseignement, il faut que du souffle de vie, il devienne parole !



Mais je dois dire que le Pé est une des 7 lettres doubles de l´alphabet qui porte donc en elle, à la fois la rigueur et la douceur, la force et la faiblesse, étant précisé qu´en lettre finale, le Pé devient un Fé, alors qu´en tête ou à l´intérieur du mot, il se prononce durement en Pé.



Que nous dit la Tradition ? Les 7 lettres doubles quand elles sont finales nous signifient la finalité du Devenir qui se trouve à l´intérieur du mot.



Or la forme du Pé final est tout un enseignement à ne manquer sous aucun prétexte !



אלף - פ – ף



Ici, dans Aleph, le Fé nous signifie que l´organe de la Parole, la bouche (Pé en hébreu) nous promet la douceur et la force d´une parole bienfaisante qui ne sera plus une arme de mort, de dérision ou de malédiction.



La lettre n´a plus sa forme presque refermée sur elle-même mais au contraire, elle descend dans le monde de la Terre, elle se fait don pour que la parole circule, pour qu elle soit reprise et vécue.



Le Ain Soph du Aleph devient Enseignement/Limoud (Lamed) dans une parole qui circule.



Cette relation entre la bouche et l´enseignement est justement la relation de maître à disciple, de l´oreille à la bouche car il me semble que tout commence par une vision intérieure (le Aleph), l´enseignement (le Lamed) et la Transmission (la Bouche).



D´ailleurs les deux premières lettres nous écrivent le mot EL (Alepf + lamed) (אל), nom divin qui exprime sa force et sa puissance par une parle en devenir !



Ce devenir appartient à l´homme dans le monde du Visible dans lequel il évolue. Le mouvement dynamique de la marche qui fait sa dignité est également rappelé par le Lamed qui en hébreu lorsqu´il est placé devant un autre mot signifie la Direction !



Aussi, j´aime à penser que le Fé final est Ouverture de la Bouche pour accueillir l´altérité qui est le but du chemin dessiné par Aleph !



Mais j´aime aussi rêver que El Pé (אל פה), l´altérité au bout du chemin dans la parole qui circule, est aussi le chemin qui mène à l´Unité du Aleph Divin , pour que de la Parole au Silence, nous retrouvions le Souffle de la Création. "





J´ai dit



Rachel

Jérusalem d´Azur et de Fraternité, le 18.02.07















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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Dim 5 Sep 2010 - 21:50

En répons quant à l' Aleph


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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Dim 5 Sep 2010 - 21:57

"Les lettres hébraïques sont des vêtements de lumière car nous ne saurions " entendre les voix " si leurs énergies lumineuses ne s´auto limitaient dans l´encre noire des lettres qui les recouvre. "

Est ce dans l'hymne " Patmos " où HÖLDERLIN parle de la luminescence muette de la lettre ( " still-leuchtend ").

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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Dim 5 Sep 2010 - 22:41

Juste un renvoi-rappel quant à Emily DICKINSON autour de proférer-enfanter ( "to deliver")

"Qu'est-ce qui parle ou chante quand personne n'est là " ?

Du fin fond de cette vacance identitaire , est- ce encore une voix , mais qui serait d'aucun ? Voix "extime" , de "Niemand" , de qui a perdu vue et connaissance de soi-même , et pour se mettre dès lors à parler comme elle le fit , un peu en "médium" , au nom et à l'esprit des Choses , en les sanctifiant parfois d'une Majuscule . Car proférer revient chez elle à enfanter selon le sens biblique du terme anglais "to deliver" . Et dire ainsi une Chose s'avère dans sa bouche un acte quasi baptismal mettant en jeu l'Esprit qui gîte et sommeille dans la Chose et qu'elle ne cessait d'interpeller en recourant à une forme de spiritisme scripturaire . D'ailleurs elle avait coutume de fréquenter assidûment les fantômes dont on sait qu'ils restent , comme maints volcans , en activité.

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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Dim 5 Sep 2010 - 23:26

Je vous réponds demain à tête reposée...une fois de plus, ma réponse n'est pas passée. Je suis plus que lasse d'être Sisyphe.
Quelques points de réflexion, que je laisse en suspens.
En citant Hölderlin, vous ne faites, une fois de plus que de confirmer ce que je dis dès le début: Hölderlin, Rilke, Heidegger = pensée mystique. Devrais-je y ajouter Maître Eckart?
"Ethos = Habiter nous dit Heidegger, interprétant le fragment d' Héraclite : "ethos anthropo daimon", idée qu'il reprendra dans sa Lettre sur l'Humanisme"
Cette pensée sera reprise par le philosophe japonais Watsuji Tetsuro dans sa pensée du lieu et du néant.

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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Invité le Lun 6 Sep 2010 - 0:04

Visiblement le support d'inscription se dérobe , les messages s'effacent d'eux mêmes...Cela me fait penser au triangle des Bermudes . Prenez garde de ne pas disparaître pour de bon ! Sans doute qu'au delà d'un certain nombre de signes la machinerie "edencashienne" ne suit plus...

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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

Message  Kashima le Jeu 9 Sep 2010 - 8:27

Non non, je tolère un grand nombre de signes, rassure-toi... On peut écrire plus que les trois lettres de "lol", c'est toléré...
Et disparaissent les gens qui veulent disparaître. Pas de censure non plus de ma part.
Enigma s'est dérobée, pour reprendre ton terme, mais la machinerie n'est pas coupable...
Quant aux messages qui ne passent pas, c'est souvent quand on poste en même temps que quelqu'un d'autre que ça bloque... J'ai fait de longs sujets, aucun n'a disparu avant de naître.

Kashima
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Re: Le Tu selon Bernard NOËL

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