Seltsam Allemagne

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Seltsam Allemagne

Message  Kashima le Dim 29 Aoû 2010 - 12:18

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Le Tambour
Günter Grass (20 juillet-25 juillet 2009)

Ce livre est une véritable épopée ! Oscar, à trois ans, décide d’arrêter de grandir. Il ne veut pas se séparer de son tambour par lequel il ponctue tous les événements de sa vie, puisqu’il ne peut pas parler. On fait la connaissance de toute sa famille, de sa grand-mère aux quatre jupes qui cacha dessous son grand-père et le sauva, de sa mère Agnès, maîtresse de Jan Bronski (vrai père d’Oscar), épouse d’Alfred Matzerath ; de son frère-fils, Kurt (Oscar est sûr d’être le père de cet enfant qu’il a eu avec Maria même si le doute subsiste pour le lecteur car Alfred, le père présumé d’Oscar, est surpris sur le canapé en compagnie de la jeune fille qu’il épouse).
Oscar a aussi un don : il est vitricide. Lorsqu’on veut lui enlever son tambour, il pousse des cris qui brisent le verre.
La vie d’Oscar est truffée d’étrangetés et d’images fortes. Je retiendrai celle de la pêche aux anguilles : le pêcheur retire de l’eau une tête de cheval dan laquelle se sont infiltrées les poissons. Sous les yeux de la mer d’Oscar écœurée – qui ne voudra plus en manger jusqu’à ce que sa phobie prenne un tour inverse : elle s’intoxiquera au poisson en boîte, au jus de rance de sardine, et elle en mourra.
C’est le destin sans pareil de cet enfant qui ne grandira qu’à la mort de son père présumé (Matzerath), qui nous livrera ses pensées les plus étranges, alternant le « je » et le « il »…
Mon premier livre de Günter Grass, imposant…
On m’a conseillé Le Turbot que je lirai sans doute un jour.
Le film de Volker Schlöndorff est maintenant à voir… C4est ce que je fais, et il est tout aussi passionnant que le livre, fidèle, avec le jeune David Bennent qui avait 12 ans lors du tournage.
A suivre, là... [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]




Kashima
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Lion Feuchtwanger, Le Juif Süss

Message  Kashima le Mar 10 Fév 2015 - 10:30

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Ce livre de Lion Feuchtwanger, dont il est question [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]au sujet de son internement aux Milles, est célèbre pour des raisons qui ne sont pas littéraires. Ecrit entre les deux guerres, il a connu un grand succès, mais les Nazis s'en sont emparés pour réaliser un film de propagande antisémite aussi célèbre que [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].

Lion Feuchtwanger a été un farouche antinazi, lui-même d'origine juive, d'ailleurs.
J'ai commencé la lecture de ce livre et, jusqu'à la moitié du livre où j'en suis, je ne suis pas étonnée que les nazis s'en soient servis pour relayer leur pensée anti-juive... 1730-1740. Les puissants sont détestables, et le Juif Süss n'est pas en reste. Cet homme, plutôt beau, qui a de l'allure, a appris les affaires avec Isaac Landauer, qui ne se promène jamais sans son cafetan et ses papillotes. Süss déteste son prosélytisme, mais il est bien inférieur à son maître, il n'ose rien lui dire et lui montre du respect. Son ambition le pousse à se ranger du côté de Charles-Alexandre, le frère du duc de Wurtemberg, Everard-Louis. Le livre s'ouvre ainsi : ce gouvernant a du mal à se débarrasser de la comtesse, sa maîtresse depuis trente ans, au vu et au su de tous, et même de la duchesse. La rumeur dit de cette comtesse qu'elle est une sorcière car comment se lierait-elle la fidélité du duc alors qu'elle a grossi et vieilli?

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Wurtemberg

Dans les parages passe le Juif Errant, c'est lui que croient voir les habitants. Mais Süss sait très bien que c'est Rabbi Gabriel, son oncle qui élève depuis quatorze ans sa propre fille, dont il s'est séparé pour se consacrer aux affaires. Le Shin, première lettre du nom de Dieu, Shaddaï, est lisible sur son front ridé. Charles-Alexandre veut connaître les prédictions de drôle de rabbin. Ce dernier lui prédit deux choses : il tait la première, mais lui révèle qu'il voir une couronne et, en effet, contre toute attente, quelque temps plus tard, le duc, son frère, meurt : Charles-Alexandre prend le pouvoir.
Le Juif Süss devient son conseiller financier : ils s'enrichissent, goûtent au luxe et aux femmes. Le Juif Süss, malgré le fait qu'il soit juif et donc mal vu aux hauts postes, est indispensable à Charles-Alexandre qui lui donne toute sa confiance. Il a solution à tout. Lui-même est fou de l'argent, est craint et très vite haï des villageois et il faut dire que, pour l'instant, il est haïssable! J'imagine l'antisémite de base qui lit cela, il ne pourrait être que conforter dans ses préjugés : le Juif tisse sa toile, ruine les gens pour son profit, est un malin...

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Dans ce monde très masculin, il y a les femmes, les maîtresses. La jeune Madeleine-Sibylle, une piétiste lectrice de Swedenborg, est persuadée d'avoir croisé Satan dans les bois quand elle s'est trouvée face à face avec Süss. Troublée par lui quand elle le revoit à la cour, elle est dépitée quand ce dernier (très attiré par la jeune brune aux "longs yeux" bleus) la livre au concupiscent Charles-Alexandre : on assiste, bizarrement dans une très belle ellipse, au viol de cette jeune fille par cet homme boiteux, rougeaud et aviné. Elle n'a pas le choix et devient officiellement sa maîtresse, obligée de s'abandonner à lui , toute glaciale qu'elle est...

“Calmez-vous, mes nerfs, et toi, coeur battant.”

“Oh! quelles sombres et perverses pensées n’aurait-il pas baisées sur sa jolie main?”

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Emanuel Swedenborg, scientifique, théologien et philosophe suédois du XVIIIe siècle

La haine du peuple monte : dans la campagne, on fait pousser les fleurs de telle sorte qu'elles soient des lettres et l'on peut lire : "Süss cochon de Juif".


Dans la troisième partie intitulée "Les Juifs", le brocanteur Jecheskel Seligmann, un Juif, est accusé injustement d'avoir tué une jeune fille de quinze ans. Le lecteur sait que ce meurtre est l’œuvre d'un homme dégoûtant, destitué, parcourant la contrée avec sa jeune cousine éloignée qu'il battait et avec qui il se comportait comme un mauvais époux alcoolique. La jeune fille y trouvait cependant son compte mais, un jour pas fait comme un autre, il a tapé trop fort et elle en est morte. Qu'a-t-il fait? Il a entaillé son corps en plusieurs endroits puis est allé l'enterrer sous un tas de fumier, près du lieu où logeait le brocanteur juif. En même temps, il s'est mis à répandre la rumeur qu'il s'était disputé avec lui durant la journée et que la jeune fille, à qui il devait donner quelque chose, n'est jamais revenue de chez lui. Tout de suite, on accuse Seligmann : les Juifs sont des meurtriers de chrétiens. En plus, la victime était née le soir de Noël, et on sait que cette date excite les Juifs qui en profitent pour choisir leur victime ainsi. L'antisémitisme, jamais trop enfoui chez la population, éclate, d'autant plus qu'on en veut au Juif Süss, cause des malheurs et de la pauvreté des gens. Il faut torturer, tuer Seligmann!

Qui peut le soustraire à cette injustice? Süss. Un conseil de rabbins vient le voir et lui demande d'intercéder en faveur du brocanteur innocent. Mais Süss, tout puissant qu'il est, n'a aucune envie de se compromettre pour une "bagatelle"! Il attend son anoblissement et doit se marier à une Portugaise qui acceptera de l'épouser quand il sera noble. Vraiment, il n'a aucune envie de mettre en danger sa carrière pour l'"un des siens". Sur ce, son oncle Rabbi Gabriel vient lui apprendre que sa fille est tourmentée par cette histoire. Süss, père sensible malgré tout, est troublé. Il réfléchit, ne dort plus, et prend finalement la décision d'agir. Il demande au duc de sauver le Juif Seligmann.

Süss est salué par toute la communauté (encore plus haï en revanche par les hauts fonctionnaires qui gravitent autour du duc et qui auraient bien aimé la mort de Seligmann, assimilé symboliquement, en tant que Juif, au conseiller des finances qu'ils jalousent et exècrent). Il est fier de la gloriole qu'il en retire. Finalement, c'est un profit pour lui d'avoir agi ainsi. Il a encore une fois montré son pouvoir et en plus, s'est attaché la faveur des Juifs.
Il compte recevoir les félicitations de sa mère, qui le loue toujours énormément, mais arrivé chez elle, il la trouve éteinte. Elle va lui annoncer quelque chose qui bouleverse tout, et même la vision du lecteur : Süss n'est pas le fils de son père. Il n'est pas juif. Ce qui fait sa singularité au pouvoir est faux. Il est comme les autres, n'est pas le Juif Süss. Quel dilemme pour lui! Même si sa nature juive est difficile à porter à cause de la haine portée aux juifs, elle fait sa personnalité, son unicité :

"Etre Juif c'est être méprisé, persécuté, rabaissé, mais c'est aussi être unique, connu partout, avoir tous les yeux fixés sur soi, être toujours contraint, tendu, ramassé sur soi-même, avoir tous ses sens sur le qui-vive."

Il n'est finalement qu'un ambitieux parmi tant d'autres, et son identité juive n'avait rien à voir avec sa rapacité! Drôle de bouleversement pour le lecteur. Cet homme auquel on ne s'attachait pas plus qu'aux autres avait presque une circonstance aggravante : sa judéité. Il n'en est rien. Le préjugé vole en éclat! Habile Feuchtwanger...


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Félix Nussbaum

Dans la quatrième partie, "Le Duc", le doute s'installe chez le Juif Süss. Il lâche prise, se détourne de ses fonctions et dans cette faille perceptible s’infiltrent ses ennemis, en tête le bijoutier italien qui lorgne depuis toujours sur son solitaire. Le chapitre s'ouvre sur un passage de la kabbale : que deviennent les âmes? Elles se réincarnent, expient... Justement, qu'en est-il de l'âme d'un homme qui se croyait juif, a bâti toute son ambition sur cette identité?

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“Que lui restait-il à faire, sinon à poursuivre son âme? Quiconque échoue n’a qu’à rentrer en soi-même.”

Mais Süss réagit : il ne peut se laisser attaquer ainsi sans réagir et il parvient à regagner les faveurs du duc. Mais le changement continuent de s'opérer en lui.


Par ailleurs, la duchesse a accouché. J'ai aimé son absence d'instinct maternel tel qu'il est relaté dans le roman. Cette catholique n'a pas hésité à se faire protéger par l'amulette de Süss afin de ne pas souffrir en couche. Elle était à l'abri de Lilith...

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“Et parmi tous les signes de ces livres brillaient, nus et hardis, les seins de Lilith, et à leurs pointes se suspendaient, chancelants et balbutiants, les sens enivrés, les enfants de la volupté et de la puissance.”




Au final, le livre est quand même assez lourd à lire et j'ai abandonné quelques pages avant la fin. On s'attend à plus, à une vengeance éclatante, et l'ensemble traîne. Je n'ai même pas eu envie de savoir, dans l'ultime chapitre, le destin de Süss car on savait depuis déjà plus de cent pages qu'il se sacrifiait pour faire tomber le duc.
C'est bien écrit, mais c'est long, non pas que la longueur soit rédhibitoire... C'est long pour ne rien dire. J'ai eu du mal aussi à comprendre les affaires d'état de cet univers très masculin.












Kashima
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Alfred Döblin, L'empoisonnement

Message  Kashima le Ven 10 Juin 2016 - 18:38

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Je me dis : une histoire de femmes malheureuses en ménage et qui se liguent pour se débarrasser de leurs maris, cela va me plaire! D'autant plus que les deux femmes vont devenir amantes.
Eh bien, non... J'ai abandonné très vite pour deux raisons :
- le style m'agaçait fortement (phrases nominales récurrentes...)
- la psychologie me faisait penser à des balbutiements de freudisme. On sent le médecin/écrivain pas très aimant envers les femmes dont ils parlent, et je voyais pointer à travers les phrases un jugement qui ne me plaisait pas : on aurait bientôt affaire à d'horribles mégères, lesbiennes par défaut. Beurk! Sensations très désagréables. J'ai laissé tomber au bout de quelques pages.

Kashima
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Re: Seltsam Allemagne

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