L'eXplosition - en marge de Clovis

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L'eXplosition - en marge de Clovis

Message  Kashima le Mar 23 Mar 2010 - 19:15


Pendant que Clovis s'expose, avec toutes ses couleurs, ses femmes, ses chauves-souris, toute la beauté de son art, sont présentées des œuvres d'artistes qui pourraient faire partie de sa famille dans une galerie, non loin du musée : ce sont "Les Enfants terribles de Clovis Trouille", comme ils sont appelés dans le catalogue de l'exposition. Certains de leurs tableaux sont visibles dans la dernière partie de l’exposition de l’Isle-Adam (prochainement à Charleville), comme Épilation totale ou Les Gros et les Maigres d’Anne Van der Linden.


Épilation totale


Les Gros et les Maigres

Cette artiste française, née en 1959, met en scène des corps nus, à la chair rougie et presque brûlée comme des celle de personnages qui auraient rôti en enfer. Sa peinture, dérangeante, torture et déforme les corps, les transforme en chair à saucisse : sont-ce des étrons qui volent ? Ce motif revient souvent sur ses toiles.



Un de ses points communs avec Trouille, d’après elle, c’est « cette subversion du sens (qui) fait du tableau une énigme d’où se détache comme leitmotiv et unique repère, le langage des pulsions, de l’érotisme et de la violence. » La libido comme lien entre les deux artistes, sauf que chez Trouille, pas de torture des chairs. Le sadisme, le masochisme ne sont pas les mêmes ; leurs peintures sont obscènes, mais les mauvais augures, l’inquiétude, le sinistre ne sont frappants que chez d’Anne, plus bouchère que Trouille.




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Anne Van der Linden est née en 1959 à Bromley en Angleterre. Son environnement l'amène à développer un imaginaire fantastique dès son enfance. D'abord abstraite, sa peinture va évoluer vers une figuration des plus singulière en s'inscrivant dans une longue tradition picturale dont on retrouve les traces dans la mythologie grecque, la peinture moyenâgeuse ou encore le surréalisme. A 15 ans, Anne rencontre Jean-Louis Costes. Pour lui elle réalise de nombreux visuels illustrant notamment ses pochettes de disques avant de jouer dans certaines des " comédies musicales porno-sociales " qu'il dirige. Génitrice d'images fortes et sensibles Anne Van der Linden vit et travaille aujourd'hui en région parisienne. Après de nombreuses expositions en France et à l'étranger, elle continue à déployer ses systèmes sexuels tous azimuts dans des performances, des films et surtout dans ses incomparables peintures et dessins à la plume.

Bruno Baloup, autre enfant de de Clovis, a rencontré Henri Lambert, petit-fils de Clovis Trouille, sans connaître les œuvres de son grand-père. Il est important de le préciser car, quand on regarde Barocco ou la Femme de Don Juan, très grande toile exposée au musée (270 x 203), on reconnaît un univers proche de celui de Trouille : l'église, la femme habillée légèrement  qui se présente devant le Christ, avec en arrière plan un squelette heureux (il est gai, le repos éternel quand on est un canonisé!).


Bruno Baloup aime les très grands formats (ce qui le différencie de Trouille qui privilégiait les petits, permettant une plus grande intensité). Ses inspirations sont littéraires, philosophiques ou musicales (on danse au bistrot avec Wozzeck...). A l'eXplosition, une grande peinture le représente avec sa femme : ce que l'on pourrait prendre pour une sieste champêtre est une mélancolie et, à y regarder de plus près, c'est sur un cercueil qu'ils sont allongés :


Les Gisants ou Mélancolie IV


Wozzeck, le bistrot

Ses Salomé, façon Picasso ou Cranach, sont très réussies :



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Julia Dasic a prêté une de ses odalisques pour l'affiche de cette eXplosition II. Cette artiste allie peinture et photomontage et nous promène dans un monde onirique, aux corps nus de femmes. Son tableau préféré de Clovis, c'est Mes Funérailles qui lui rappelle cette phrase d'Albert Cossery :
"Le progrès social commence toujours par l'indépendance des fesses."



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De Thomas Ivernel (http://thomasivernel.com/), retenons le thème de la banlieue sur lequel il aime peindre. C'est une gare qu'on nous laisse voir. Il n'y avait pas la Poupée de Cire :



Clovis Trouille représente pour lui la "figure de l'idiot de la famille" dans le sens qu'il est un peintre inclassable.


Je suis restée un moment devant ce très grand tableau, cherchant à lui trouver un sens :


Les Os déterrés

La mort est au volant, pour une vie qui sitôt commencée se termine, pour une résurrection?
La peinture de Nathalie Bas est inquiétante : ses couleurs, ses personnages mettent mal à l'aise, c'est ce que j'ai aimé face à ses tableaux. Voici Weyergraf, le père, la mère et la sœur :




Et cette peinture qui me fait penser à la toute dernière toile inachevée de Clovis...




Ce qu'elle aime, en Clovis Trouille, c'est son effronterie et la façon qu'il a eu de continuer à "peindre du figuratif malgré la sacralisation de l'abstrait."

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Francis Marshall peint de paysages familiers qu'il subvertit en introduisant, souvent, un élément inquiétant :



"Ce qui nous trouble chez Francis Marshall c'est l'agilité de son imaginaire : Il vogue tel un chamane dans des mondes sensuels oubliées de nous, et qu'il nous restitue. Ces mondes sont en nombre fini, car cet artiste, comme Clovis Trouille, n'est pas un nécessiteux d'un renouveau à la mode pour créer la nouveauté. De plus, il crée la surprise par le jeu intellectuel de la variation thématique. Ainsi les paysages, les personnages, les formes, le désir, les rêves, la matière, et les petites catastrophes se confondent-ils dans un même climat inquiétant, mais sans jamais se départir d'ironie, et de la consistance d'une pensée profonde. Francis Marshall dispose d'une technique picturale impeccable, aux compositions rigoureuses, qui servent exactement un propos original et subversif." (Henri Lambert)



Ces tableaux sont encadrés de bois. Ils sculptent aussi de drôles et sanglantes pêches aux sirènes :


Marshall est un peintre et sculpteur de l'art brut. C'est ce qui l'a rapproché de Clovis Trouille : "Clovis Trouille, après Arnold Böcklin, a ouvert une porte vers les délices de l'imaginaire qui, encore aujourd'hui, nourrissent mes travaux très peu convenables".


Il n'y avait pas ces sculptures à l'Explosition, mais elles y auraient eu leur place. Cadija Costa est née en 1972. Ses origines sont portugaises et guinéennes. Cette sculptrice modèle des monstres et travaille aussi sur l'eugénisme  en représentant des "bambins difformes" (T. Ivernel).




Lille, ville riche en art si l'on en croit les toiles de Chicken et de Michelle-Ann Dix. Le chicken est un trouillard en anglais! Incontestable descendance dans les gènes verbaux.
La prolifération, c'est l'art de Chicken. On peut découvrir des "figures monstrueuses, des Cerbères féminins"... Sa peinture est une "jungle" dans laquelle on voit double, parfois triple. La mouche est hybride, la mère chérit l'enfant, le cafard et l'araignée... C'est un monde où l'on décapite en riant. Cette profusion me fait penser à la peinture de David Normal.



Pour voir d'autres de ses œuvres (marquantes, quant on les voit en vrai) par leurs couleurs et leur minutie :
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Voici quelques parentés trouillesques de Michelle-Ann Dix :



Beaucoup d'ironie, de dérision dans son art moderne et coloré...



Elle est plasticienne et performeuse. Son atelier “Le Cabinet des Curiosités” est ouvert au public et expose d’autres artistes de talent. La voici en Salomé :


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D'une autre artiste féminine, on pouvait voir les œuvres à l'eXplosition d'Isabelle Pessoa.
Née en 1966 au Portugal, elle tente d’exister de par le monde en déployant une forme d’expression picturale colorée désespérément gaie. Ses sujets sont surtout accablants: le travail, le sexe, la nature telle qu’elle la voit, sont des icônes pourléchées qui sautent aux yeux de monsieur tout le monde.
Par définition Isabel Pessoa considère tous les évènements de ce monde et les êtres qui l’entourent en noir et blanc.
Il est une des thèses majuscule de Pessoa c’est de n’avoir confiance en personne sinon en ses yeux mêmes. Elle sait que les gens ne perçoivent la vie qu’en monochrome, c’est pourquoi sa forme d’expression est brutale. Elle s’adresse à un tiers inconnu, une image dans le spectre.
Ce peintre ne vise par son travail, ni l’argent, ni la gloire, ce peintre aspire sincèrement au gîte, au couvert et à la tranquillité de son expérience.
Le choix des matières est ultra lucide, il correspond à l’antique besoin d’instantané… Vitesse…(Mais par une infinie lenteur d’exécution)… Vision évidente…(Mais infinie complexité du décryptage).
En deux mots, il paraît difficile de parler avec autorité d’un travail qui s’exprime fatalement seul.


Quelle parenté avec Clovis? "En 1992, un ami m'offrit un livre de Georges Bataille, Les Larmes d'Eros." Elle reste froide face à ce livre, mais découvre le peintre qu'elle qualifie d'"homme étrange qui aurait pu être (son) grand-père (et l') confirmée dans (sa) vocation de montreuse d'ours."



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Quel travail de Titan, minutieux, impressionnant que celui de Jean-Pierre Nadau. Ses fresques à l'encre de Chine ont pour élément artistique le précisionnisme et, quand on apprend de la bouche d'Henri Lambert que Nadau dessine cela comme nous, nous gribouillerions, on est plus que stupéfait et admiratif de son travail!
Son hommage à Clovis Trouille, Les Mouches-Âmes montre les jambes nues d'une femme et, quand on regarde l'œuvre de plus près, on peut passer des heures à lire, à découvrir tout ce qui constitue le tableau. C'est un "fourmillement extravagant"!



On peut voir, sur cinq mètres, sa Mythologie des trois hippodromes infernaux Auteuil, Longchamp, Vincennes. Époustouflant...



Il contredit ici le goût du petit format de Clovis qui rend la chose plus intense : tout est grand, ici, mais tout est d'une intensité étonnante.
On peut voir ici d'autres de ses dessins :

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C'est aussi beau de près que de loin...

Enfin, Hervé Di Rosa (né en 1959) nous fait entrer dans son monde proche de la BD. Il a peint un Hommage à Clovis Trouille, lui aussi, en 2008. On retrouve sur cette toile ses Renés qu'il a créée en 1983 à New-York une phrase très drôle, antiromantique à souhait, qui nous montre la psychologie du René. Quand il rencontre sa Renée, il lui déclare : "Je t'aimerai normalement." Ils enfanteront René Junior.
Rot, c'est le petit personnage vert au long nez que l'on voit dans ses tableaux : "Il se débrouille pour être là, mais se tire au moindre problème".


Hommage à Clovis Trouille

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Sources :
Catalogue Autour de Clovis Trouille
Sites internet mentionnés
Papiers de l'eXplosition

A (re)voir jusqu'en décembre à Charleville, musée Rimbaud

Kashima
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