Du livre au film...

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Du livre au film...

Message  Kashima le Dim 12 Avr 2009 - 21:16

Un endroit pour parler des livres adaptés au cinéma...

Je commence par L'Etrange histoire de Benjamin Button...




A l’occasion de la sortie du film, Pocket a fait paraître la nouvelle de Francis Scott Fitzerald.
Mr et Mme Button se plient « la charmante coutume qui consiste à faire un enfant ». Mais, le jour de la naissance, le père voit, assis dans le berceau, un vieil homme de 70 ans. Dès le départ, il rejette cet enfant, doit s’accommoder du prodige. Tout au fil du livre, on voit rajeunir et vieillir Benjamin, et on assiste à cette croissance à l’envers.

Ce qui est surprenant, dans le livre, c’est qu’il n’y a pas de traitement psychologique. Les gens qui l’entourent ont plutôt tendance à se mettre en colère contre le mauvais tour qu’il leur joue.

Et ce qui est terrible, c’est d’arriver au bout de sa vie, que ce soit dans un sens ou dans un autre…



Je ne peux encore rien dire sur le film, peut-être que je le verrai cette semaine. Quelqu'un l'a vu?



A la suite de cette nouvelle, on peut lire Un Diamant gros comme le Ritz, une sorte de conte.
John Unger vient de l’Hadès près du Mississipi. Il rencontre Percy Washington, dont la famille est extrêmement riche. John va passer un séjour chez eux et se rend compte qu’ils vivent dans un endroit ignoré du monde, dans le Montana, un endroit où se dresse le plus grand diamant qui ait jamais existé …
La phrase que je retiens est la suivante. Elle se trouve à la fin de la nouvelle, fin où ce conte dévoile sa valeur symbolique :
« C’est un grand péché que d’avoir inventé la conscience. (…) Perdons-la pendant quelques heures. »


Un bon début pour moi dans la littérature de Fitzerald.


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La Joueuse (d'échecs)

Message  Kashima le Lun 11 Jan 2010 - 15:04

Du film au livre, cette fois-ci... J'ai d'abord vu Joueuse et, comme il m'avait beaucoup plu, j'ai décidé de lire le livre qui a inspiré le film.




Eh bien, comme c'est différent! L'histoire n'est que vaguement la même : une femme se prend de passion pour les échecs. Pour le reste, rien de semblable : Eleni vit à Naxos avec son mari et ses deux enfants ; c'est un vieux professeur de 80 ans (bien loin de Kevin Kline avec sa soixantaine séduisante...) qui l'aidera à poursuivre son rêve. Pour une fois, je trouve que le film est plus riche et plus subtil que le livre qui, selon moi, manque de style : je trouve l'écriture assez plate, elle ne rehausse en rien l'histoire linéaire.
Le livre est aussi plus manichéen dans le traitement des caractères, moins riche en nuances. Ah, si! Une nuance inexistante dans le film : le vieux professeur est un homosexuel qui n'a jamais osé s'assumer. L'ascension sociale par la culture, chez Bertina Henrichs, l'auteur du livre, est d'ailleurs incarnée surtout par ce vieux docteur issu d'une famille humble.

Un gros écarts d'appréciation entre les deux œuvres!

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Le Hérisson

Message  Kashima le Ven 12 Fév 2010 - 20:03

J'avais commencé, il y a deux ans, les vingt premières pages de L'Elégance du Hérisson, abandonné sans raison (juste que je n'accrochais pas plus que cela). Je viens de voir le film : je ne lirai pas le livre. Je trouve cela ni plus, ni moins, assez vain, philosophique de base... Bien pensant, en somme...

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Re: Du livre au film...

Message  Invité le Sam 7 Aoû 2010 - 15:13

Le post sur le livre "Joueuse"est ici!
Je ne l'ai pas lu.
Et après avoir lu ton commentaire, Kashima, je crois que je vais en rester là (je te fais confiance).

Par contre, j'ai bien aimé "L'élégance du hérisson" : tous les goûts sont dans la nature...

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Re: Du livre au film...

Message  Kashima le Sam 7 Aoû 2010 - 15:53

Le livre et le film?

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Re: Du livre au film...

Message  Invité le Sam 7 Aoû 2010 - 16:38

Le livre.

Mais j'ai aussi passé un bon moment avec le film, même si ce n'est sans doute pas un chef d'oeuvre.

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La Guerre des Mondes

Message  Kashima le Mer 18 Aoû 2010 - 9:50



Le film de Spielberg donne envie de reprendre des passages du livre. Il est loin de lui être fidèle, mais au moins, il y a l’action et la frayeur attendus.
Ce qui diffère, c’est qu’on a affaire à un homme divorcé, américain, incarné par Tom Cruise, qui garde pour quelques jours sa petite fille et son garçon adolescent. Dans le livre, l’homme qui parle a l’air d’être « bien-sous-tout-rapport » et les événements se déroulent en Angleterre.
Chez Spielberg, l’action commence très vite. Des orages ont lieu un peu partout dans le pays, et on se rend compte que ce sont des courants magnétiques qui viennent alimenter de grosses machines enterrées sous terre, placées là par les Martiens depuis des millions d’années, qui attendaient le bon moment pour se réveiller. Les Martiens (jamais appelés ainsi dans le film) passent par ces courants magnétiques pour prendre les commandes des énormes tripodes.



Chez Wells, un météore s’écrase et la capsule tombe pour laisser sortir le même tripode.
Je m’étais fait mentalement l’image de ce monstre, fidèle chez Spielberg à ce qu’il peut chez Wells.
Les rayons ardents projetés par les tripodes pulvérisent, au sens littéral du terme, tout ce qu’ils touchent. Leur but est de détruire l’humanité.



Nous savons, dans le livre, que les Martiens nous observaient depuis longtemps et convoitaient notre Terre pour son atmosphère meilleure, vu que la leur subissait déjà le « refroidissement séculaire ».
En reprenant le livre que j’avais abandonné à la moitié, j’ai pu lire, au chapitre « Dans la Maison en ruine », ce que sont plus précisément ces Martiens. Les tripodes sont leur machine ; eux sont des créatures, les « moins terrestres qu’il soit possible de concevoir (…), (formées) d’un grand corps rond, ou plutôt d’une grande tête ronde d’environ quatre pieds de diamètre. » Pas de narines, pas d’odorat, « deux grands yeux sombres » avec en-dessous un « bec cartilagineux », « seize tentacules minces » autour de la bouche qui pourraient servir de mains. Au contraire des humains, ils n’ont pas d’appareil digestif et ne se nourrissent que par injection du sang des bipèdes.



Ces créatures ne connaissent pas le sommeil, « pas plus que ne dort le cœur de l’homme » ; ils sont dénués de sexe. Les bébés poussent comme des bulbes de lis sur le géniteur.
Il est dit dans le livre qu’un scientifique a prévu l’évolution de l’homme dans le sens des Martiens : disparition de l’appareil digestif, du nez, des dents, des oreilles, du menton. La seule partie qui survivrait serait la main.
Le côté organique serait remplacé par l’intelligence !
Il est à noter aussi que, sur Mars, il n’existe pas de maladies, « la science et l’hygiène martiennes les (auraient) éliminés depuis longtemps. »



Dans le film, on voit que les Martiens nourrissent leurs machines d’un sang humain qu’elles recrachent et dont elles recouvrent le paysage. Des herbes rouges tapissent la Terre à leur passage.
Dans le livre, on nous dit que « le règne végétal dans Mars, au lieu d’avoir le vert pour couleur dominante, est d’une vive teinte rouge », que cette Herbe rouge avait envahi le paysage lors de l’invasion. Mais elle n’a pas de rapport avec le sang, ce qui est plus confus dans le film.



Ils ne portent pas de vêtement et ne connaissent pas la roue (Spielberg en montre un qui s’amuse à faire tourner la roue d’un vélo, objet inconnu).

Grâce au film, donc, j’ai retrouvé le passage le plus intéressant du livre, le passage ethnologique.
Malheureusement, tout est bien qui finit bien, et l’être humain peut vivre en paix…
Il me reste à voir l’ancienne version cinématographique de 1954.





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Spielberg

Message  Invité le Mer 18 Aoû 2010 - 11:08

Alors là Kashima, tu fais fort dans le goût démocratique! On peut dire que tu fais dans la diversité! Spielberg, garant de qualité?!
Pour Polanski, c'est discutable mais Spielberg?!
Je te préfère avec tes Antiquités et tes Ruines. Je crois que dans tes Antiquités, tu as un "manque" á combler: les Antiquités cinématographiques...
Et j'espère que tu ne vas pas "casser la rampe" comme le dit Verbatim avec ton Spielberg sinon c'est moi qui vais commencer à te harceler ( entends harceler ici non pas comme synonyme de séduction mais d'agression) ahaha

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Spielberg

Message  Kashima le Mer 18 Aoû 2010 - 11:19

Aucune rampe ne sera cassée, je n'en ai d'ailleurs cassé aucune - mais Verbatim s'est perdu dans une non-forêt.
Spielberg est un réalisateur qui fait de bons films de science-fiction, disons qu'il est gage de "bon spectacle". J'aime les grosses productions aussi (mais je conviens que j'ai un manque profond à combler en ce qui concerne les classiques du cinéma).
Et en parlant de lui, j'avais beaucoup aimé La Liste de Schindler, Munich aussi dans d'autres genres.
En regardant sa filmographie, je me rends compte que ce sont des films qui m'ont souvent plu...
Je suis une démocrate des goûts (des plus loin goûts), sans me forcer...

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Spielberg

Message  Invité le Mer 18 Aoû 2010 - 11:28

Spielberg, une catastrophe!
Comme tu sais, le goût c'est comme tout, ca s'éduque!
Je vais te faire une liste de bons films "classiques" et pour la peine, je t'enverrai chaque jour sur myspace un "bon" film.
Et si tu commencais par Ingmar Bergman et Andrei Tarkovsky?
Ton âme démocratique - comme je ne cesse de le répéter- m'attriste énormément!
Spielberg ou Yourcenar? Sans hésiter le somnifère plutôt que l'abrutissement! ahaha

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Re: Du livre au film...

Message  Invité le Mer 18 Aoû 2010 - 13:30

J'aime bien Spielberg, Ingmar Bergman aussi.

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Les Faux-monnayeurs

Message  Kashima le Mer 9 Mar 2011 - 10:02




Avec le souvenir envoûtant du livre lu il y a plus de quinze ans, j'ai regardé Les Faux-monnayeurs de Gide, adapté pour la télévision par Benoît Jacquot.
On ne peut pas dire que l'adaptation n'est pas réussie, car comment mettre à l'écran, pour le grand public, ce chef d'œuvre?
Le roman n'est pas le film bien que ce dernier lui soit fidèle : en deux heures, il n'était pas possible de donner leur vrai relief aux personnages.

L'avis de Télérama:

Ainsi naquit ce Faux-Monnayeurs, adaptation inspirée d'un roman dont la structure, disait Gide, est composée comme une fugue de Bach. Le livre raconte l'histoire de deux jeunes lycéens (Bernard et Olivier) et celle d'un écrivain (Edouard) durant les quelques mois d'un été et d'un automne des années 20. L'écriture est à la fois datée et magistrale. Gide adopte une forme romanesque (l'histoire est en partie racontée dans le journal intime d'un des personnages) qui, à l'époque, bouleversa les lois du genre. D'autres que Benoît Jacquot s'y seraient sans doute noyé. Pas lui. Il déconstruit en partie la chronologie de départ, opte pour des partis pris de réalisation forts et ne s'accorde aucune digression par rapport au livre. Gide est respecté dans l'esprit et souvent à la lettre. Le film, parfaitement mis en scène, vibre au rythme des ambitions et des espoirs de ces jeunes lycéens encore à l'école de la chair et de la vie sous l'oeil cynique ou bienveillant d'adultes troublés par l'impétuosité de cette jeunesse. Benoît Jacquot n'oublie pas non plus de conserver la beauté sulfureuse du livre. Et, de ce point de vue, les acteurs y sont pour beaucoup. Melvil Poupaud, Patrick Mille, Jules Angelo Bigarnet, Maxime Berger, Laurence Cordier sont beaux, excellents mais aussi d'une troublante sensualité. Ce Faux-Monnayeurs là est aussi jouissif à l'écran qu'à la lecture.




Benoît Jacquot

Benoît Jacquot est obsédé par ce livre et le connaît sur le bout des doigts.
On retrouve une ambiance, le livre est obligatoirement resserré à l'écran et Jacquot n'est pas infidèle à l'esprit de Gide.
Je garde du roman des émotions que je n'ai pas retrouvées là, mais je ne dis pas que le film est en cause. Le film, c'est forcément autre chose.
Cet univers est masculin, l'atmosphère pédérastique : Passavant, Edouard, sont attirés comme des aimants par les adolescents qu'ils veulent former.
Ce qui est magistral, avec le livre, est d'avoir dans les mains ce qui est en train d'être écrit, cette mise en abyme. On ne peut pas le faire avec l'adaptation télévisuelle, même si le sujet de l'écriture est abordé, il n'a pas le même poids.
Benoît Jacquot est un réalisateur qui sait faire du cinéma littéraire. Il a adapté Adolphe de Constant, Villa Amalia de Quignard, entre autres.


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La redevance du fantôme

Message  Kashima le Mer 27 Avr 2011 - 18:55




Voici une adaptation très intéressante de la nouvelle d'Henry James La redevance du fantôme, parce qu'elle est à la fois fidèle et apporte des éléments supplémentaires au texte de départ.

On peut suivre à l'écran, le livre à la main, ce qu'a écrit Henry James (la traduction, tout au moins, mais je ne sais pas de qui elle est).
Le réalisateur, Robert Enrico, a choisi de rester proche du texte initial : il en garde la plupart des dialogues. Il se permet quelques petites entorses qui n'en sont pas vraiment (comme confondre en un seul personnage la dame qui héberge l'étudiant en théologie et sa sœur, miss Déborah).

La rencontre avec le fantôme est très fidèle au texte aussi: l'ombre noire apparaît, les mains blanches se dessinent avant qu'on aperçoive son visage et qu'elle fasse un geste au visiteur pour qu'il s'éloigne.





Mais ce qui est à signaler est qu'il ajoute toute un pan à l'histoire, qui lui donne une profondeur supplémentaire et une autre interprétation : après sa deuxième rencontre au cimetière avec Mr Diamond, le vieil homme qui rend visite une fois par trimestre au fantôme de sa fille (voir ici), l'étudiant (qui a un nom, dans le film, Peter Fanning) prend ses congés d'été à Boston en 1851. Il se délasse et le soir, dans les ruelles, il voit dans un cabaret une jeune femme brune qui chante. Il la recroise plus tard sur un quai, et elle monte dans un cab qui l'éloigne de lui, mais leur regard est intense.
Cette femme n'est autre que le fantôme qui lui est apparu dans la maison hantée, et il n'est absolument pas question de cela dans la nouvelle de James qui n'avait pas donné à cette femme une vie précise ailleurs que dans la maison, qui avait laissé plané le mystère de cette femme qui s'est fait passer pour un fantôme toute sa vie.
Peter Fanning, dans la nouvelle, ne la reverra jamais parce que la maison brûle et il ne peut laisser le mot qu'il lui avait promis ; dans le film, il retourne à Boston lui annoncer la mort du père : elle fera celle qui ne le connaît pas.

Marie Laforêt incarne la jeune femme énigmatique. Elle est très belle dans ce rôle-là et aurait pu aussi jouer une héroïne de Poe, avec son regard embué de larmes dans la chanson finale, Katy cruelle.



La musique (qui semble être, après recherche, de François de Roubaix) crée une atmosphère angoissante dans les brumes de ce pays désert...

Ce téléfilm de 1965, en noir et blanc, est une adaptation enrichissante du texte littéraire. C'est Jean Gruault qui s'est chargé du scénario et des dialogues. Cet homme a travaillé avec Truffaut, Resnais, Akerman, Godar, Téchiné...

Une réussite...




TV, de Robert Enrico

Scénario : Jean Gruault d'après une nouvelle de Henry James

Diffusion le 18 octobre 1966

La chanson du téléfilm, Katy cruelle, y est chantée dans sa V.O.anglophone.

Avec Stéphane Fey (Peter Fanning), François Vibert (capitaine Diamond), Marie Laforêt (Miss Diamond), Michael Lonsdale (Kernan), Reine Courtois (Miss Deborah), Darling Legitimus (Belinda)...


Chargeable sur ina.fr - 3,99 euros

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L'Autre/L'Occupation

Message  Kashima le Lun 18 Juil 2011 - 13:40

« Le plus extraordinaire, dans la jalousie, c’est de peupler une ville, le monde, d’un être qu’on peut n’avoir jamais rencontré.»



Le film L'Autre est l'adaptation cinématographique du livre autobiographique d'Annie Ernaux, L'Occupation.
Dans le livre, elle évoque cette Autre, la femme qui vous a remplacé chez l'être que vous aimiez.
La narratrice a quitté, au bout de six ans, W., pour regagner sa liberté, ne désirant pas construire une vie à deux. Dès que celui-ci l'a remplacée par une autre, elle commence à se torturer, à être occupée entièrement par cette femme qu'elle ne connaît pas et qui va devenir une obsession. Elle veut savoir son nom, son prénom, et W., qu'elle voit toujours, ne veut pas lui dire grand chose.

L'adaptation est fidèle. Les réalisateurs (Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic) ont ajouté certaines choses au scénario, en ont modifié d'autres, mais ils ont respecté l'esprit du livre. Seulement, ils ont accentué la folie chez leur personnage prénommé Anne-Marie et incarnée par Dominique Blanc.

Qu'est-ce qui différencie le livre du film?
- Anne-Marie est assistante sociale, et pas professeur ou écrivain;
- le personnage de la femme alcoolique envoyée en cure n'est pas dans le livre (mais on comprend l'utilité qu'il a dans le film puisqu'il montre une autre sorte d'addiction et renvoie l'héroïne, assistante sociale, à sa propre dépendance amoureuse qu'elle ne soigne pas);
- le personnage de Lars, atteint d'une tumeur au cerveau et ami d'Anne-Marie, est aussi une invention des réalisateurs. Il permet de faire relativiser un peu les choses à Anne-Marie. dans le livre, c'est certainement L. avec qui la narratrice couche une nuit, mais le caractère n'est pas creusé.
- il n'y a pas de mention d'une éventuelle folie qui tournerait à l'auto-mutilation présente dans le film et non dans le livre. mais à l'image, la violence passe mieux ainsi, par ce coup de marteau qu'elle se donne sur la tête, ne supportant plus de voir son reflet qui ne lui obéit plus.



Il a fallu aussi donner un visage à W. qui se prénomme Alex dans le film et est joué par Cyril Guei :



Ce qu'il reste en commun, c'est l'obsession, la jalousie, comment une femme "normale" bascule dans cette folie qui la pousse à la paranoïa : elle va chercher sur Internet des indices pour identifier la remplaçante, passer des coups de fil aux femmes qu'elle imagine être "Elle" :

« On peut voir dans cette recherche et cet assemblage effréné de signes un exercice dévoyé de l’intelligence. J’y vois plutôt sa fonction poétique, la même qui est à l’œuvre dans la littérature, la religion et la paranoïa. »

La haine qu'elle porte sur cette femme se transforme dans le film en haine de soi (et le texte d'Annie Ernaux ne va pas aussi loin). On la voit à l'écran (et à l'écrit) fantasmer le meurtre de celle qui est une rivale :

« Et j’enviais les mœurs primitives, les sociétés brutales où l’on enlève la personne, on l’assassine même, résolvant en trois minutes la situation, s’évitant l’étirement – qui m’apparaissait sans fin – d’une souffrance. »

Pourtant, la narratrice a voulu cette rupture, c'est elle qui l'a décidée. Mais elle ne pensait peut-être pas perdre cet homme, "sûre de son amour à lui". De plus, W./Alex la remplace par une femme de son âge, de 47 ans, lui qui est beaucoup plus jeune : l'unicité de leur amour vole en éclat. C'est une fois la rupture accomplie que la narratrice se dit ces mots :

« Comme si le monde de ces années-là, parce que je n’en avais pas apprécié la saveur unique, se vengeait et revenait, résolu à m’engloutir. »

Un texte fort, tout comme le film, où l'absente, la "rivale" qu'on ne verra jamais, occupe toute la place. Il faut voir le film et le lire le livre, ne pas manquer de faire l'un et l'autre car les deux œuvres sont complémentaires. Le récit est court et va à l'essentiel ; les deux acteurs principaux, Dominique Blanc et Cyril Guei, sont très bien choisis.





Voir aussi La Cavalcade d'InterseXion

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Les adieux à la reine

Message  Kashima le Sam 28 Avr 2012 - 18:13

Les Adieux à la Reine...

Un livre de Chantal Thomas, un film de Benoît Jacquot...


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