Qolno'a - autour d'Israël

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Va, vis et deviens

Message  Kashima le Mar 9 Déc 2008 - 8:11

J'ai commencé de regarder ce film très intéressant, sur l'histoire des Éthiopiens juifs (les falashas) qui ont, en 1984, voulu regagner la Terre sainte :




Un petit garçon, dont la mère est chrétienne, va partir du camp de transit au Soudan avec une femme juive qui vient de perdre son fils. le petit, rebaptisé Salomon en Israël, a beaucoup de mal à s'intégrer car sa mère lui manque. Il va être recueilli par une famille juive (le père est Roschdy Zem, la mère Yaël Abécassis)...


Le petit garçon et sa mère, au Soudan

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Le destin de Schlomo

Message  Kashima le Mar 30 Déc 2008 - 20:56

Pour un petit rappel historique sur les falashas, c'est ici.

Ce film est très joli et prenant.
Nous suivons le petit Schlomo de son départ d'un camp au Soudan à son arrivée en Israël, puis nous le voyons à travers différents âges (trois acteurs tiennent d'ailleurs son rôle).



Dès l'enfance, le film ne tombe pas dans le travers qu'on attendrait : montrer un enfant rebelle et désagréable avec sa famille d'accueil. Au contraire, il est très aimé et s'en rend compte. Un des passages très émouvant est celui où sa mère Yaël vient le chercher à l'école, où l'instituteur vient lui dire qu'elle devrait le changer d'école car oles autres parents craignent qu'il ne retarde la classe et soit porteur de maladies. Elle se met en rage, lui lèche le visage devant tout le monde pour prouver à toute cette foule d'imbéciles que son enfant est peut-être noir, mais sain!



En grandissant, Schlomo va vouloir renouer le contact avec sa mère restée dans les camps, puis il aura envie de la retrouver.

Le problème de cet enfant qui s'est intégré très vite, c'est d'être pris entre deux cultures : élevé comme un juif, il ne l'est pourtant pas et doit porter ce lourd secret qui aura son importance au moment où Israël déclarera avoir été trahie par les émigrés qui se sont faits passés pour juifs et décidera de les expulser.



C'est le destin d'un garçon très attachant, avec un final qui m'a procuré quelques frissons...

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Mogadiscio

Message  Kashima le Mar 14 Avr 2009 - 9:04

Un film à ne pas manquer si vous avez l'occasion de le voir sur Canal plus en ce moment : Mogadiscio.


Il relate la prise d'otage par le FPLP (Front pour la libération de la Palestine) en 1977. Un avion (Lufthansa 181) est détourné par un groupe de Palestiniens qui veulent que soient libérés neuf terroristes (la bande à Bader) qui sont dans les prisons allemandes.
J'ai trouvé ce film très prenant.




Voici un article de l'Express.fr :


Claustrophobes, s'abstenir : Mogadiscio n'est pas un documentaire sur la capitale somalienne ; c'est le récit authentique du détournement d'un vol Lufthansa, en 1977, en provenance de Palma de Majorque (Baléares). L'Allemagne vit des années plombées par les enlèvements politiques et les attentats, les terroristes de la bande à Baader font alliance avec les kamikazes du FPLP. Le 13 octobre, quatre pirates de l'air palestiniens s'emparent des 86 passagers du vol 181 pour cinq jours de cauchemar. Avec un réalisme suffocant, cette fiction allemande nous embarque dans la carlingue chauffée à blanc par le soleil et la peur, colle aux basques des terroristes comme à celles des négociateurs et des troupes d'élite chargées de libérer les captifs.



La RFA a su gérer cette prise d'otage de façon impeccable.
Saïd Taghmaoui (qui a joué dans La Haine) incarne parfaitement bien ce fou terroriste. A un moment, il se met en tête de vérifier les passeports et il veut exécuter les Juifs de l'avion.
A l'atterrissage forcé, à la mise en joue du commandant, etc, j'ai vraiment eu peur et pourtant, je ne l'ai vu que sur un petit écran d'ordinateur...



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Valse avec Bachir

Message  Kashima le Lun 26 Oct 2009 - 14:31




Un vétéran israélien de la guerre du Liban tente de se souvenir de ce qu’il a vécu durant cette guerre en interrogeant ses camarades de l’époque. Il se rend compte qu’il a enfoui au fond de sa mémoire le massacre de Sabra et Chatila, oubliant cette horreur en lui, horreur qui le ramène à la déportation de ses parents à Auschwitz quand il avait six ans.
Le massacre a été perpétré par des phalangistes, c’est-à-dire des soldats chrétiens et libanais qui combattent dans le camp israélien.
Le film est un dessin animé aux couleurs ternes, aussi ternes que la guerre. Il se termine par quelques minutes d’images d’archives, quand la mémoire revient au héros, terribles images du massacre et des pleurs de femmes survivantes…

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Munich

Message  Kashima le Mar 25 Mai 2010 - 21:35

Kashima a écrit:

Je n'ai pas encore vu le film Munich de Spielberg.


... et j'y remédie enfin.
Ce film ne traite pas du fait divers en lui-même, mais de ses suites : représailles du Mossad...


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La Rafle

Message  Kashima le Lun 26 Juil 2010 - 9:10

Ce film poignant pourra être critiqué par certains côtés (le fait d'enjoliver des choses) ; il m'a beaucoup plu et émue, et c'est une grosse production qui lui permettra d'être vu par un public plus élargi.
Il relate la rafle du Vel'd'hiv', qui a eu lieu les 16 et 17 juillet 1942 par la police française pour satisfaire la demande des Nazis. Il devait être raflé près de 24 000 Juifs : ils en auront déjà bien assez déjà avec les 13 000 arrêtés...

Je regrette les retrouvailles finales, qui font plaisir au spectateur, mais qui ne sont pas très réalistes. L'horreur, c'est que l'adorable petit Nono ne revienne pas, il faut que le spectateur l'accepte et qu'on ne le console pas en le faisant ressusciter deus ex machina...



Voici quelques compliments et réserves que j'ai lus et qu'il est intéressant de savoir (http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2010/04/30/annette-monod-heroine-protestante-trop-juste-pour-etre-100-v.html):


29.04.2010
Annette Monod, héroïne protestante trop «Juste» pour être 100% vraie?

Quatre jours après la Journée nationale du Souvenir de la Déportation, il n’est pas trop tard pour le rappeler : en dépit de nombreux défauts secondaires, il faut absolument aller voir «La Rafle» (1H55), grand film de Roselyne Bosch sorti en cette année 2010.

Vu à hauteur d’enfant, mobilisant des moyens considérables et un casting impressionnant, ce film ambitieux et globalement réussi retrace pour la première fois un des épisodes les plus sombres de l’histoire de France: ‘la rafle du Vel d’Hiv’, dont furent victimes plus de 13.000 juifs français, dont de très nombreux enfants, les 16 et 17 juillet 1942.

Il n’entre pas dans mon propos de détailler les observations qu’un historien pourrait faire sur l’ensemble du film. Mes collègues spécialistes du sujet, tels Jean Laloum ou Annette Wieviorka, le feraient beaucoup mieux que moi.

Je me limiterai à souligner qu’en dépit d’un travers gênant, celui d’enjoliver l’aide française aux juifs (par souci d’éviter la «légende noire» des 40 millions de pétainistes, on en a trop fait en sens inverse), le film sonne plutôt juste.

Le défi était immense: le résultat est globalement réussi et c’est là un tour de force.

Surtout, ne nous arrêtons pas aux critiques injustes et mesquines, publiées dans Le Monde et Libération! [opinion que je partage car ce film n'est pas une monstruosité de mensonge, ni Oui-oui au pays de l'antisémitisme. Les critiques de ces deux journaux sont sans doute dues à un certain snobisme].

Le film de Roselyne Bosch n'est certes pas parfait, loin de là, mais il reste remarquable, et doit être vu. Il constitue un formidable moyen d’atteindre le grand public. Des millions de Français ont vibré comme jamais en allant voir ce film, et rien que pour cette prise de conscience, Roselyne Bosch doit être félicitée haut et fort. Bravo, chapeau et merci!

Ceci étant bien précisé, je voudrais maintenant apporter une observation de fond, puis une critique de spécialiste.

Un bon film ‘point de vue’, pas une reconstitution à l’identique

Ma remarque de fond porte sur le caractère péremptoire et quasi obligatoire de la trame présentée par la réalisatrice. Celle-ci, dans de nombreux interviews, a très lourdement insisté sur la véracité de ce qu’elle montre, y compris au travers du personnage central, l’infirmière protestante Annette Monod, interprétée (magistralement) par Mélanie Laurent.

Je comprends en partie cette insistance, face aux critiques négationnistes toujours tentées de minorer, voire d’annuler la vérité historique.

Il faut par ailleurs reconnaître à Roselyne Bosch un authentique souci de «faire mémoire», le plus scrupuleusement possible. L’effort réalisé, avec l’aide de Serge Klarsfeld, est à bien des égards remarquable, notamment dans les scènes du Vel d’Hiv, admirablement reconstitué.

Mais ce souci tout à fait honorable de justesse historique n’aurait pas dû conduire la réalisatrice (et une partie de la presse de la sphère internet) à confondre cinéma et réalité. «La Rafle» est du cinéma, donc une interprétation, un point de vue. Ce n’est pas un documentaire, et encore moins un reportage.

Ce qui signifie que le spectateur est invité à conserver son esprit critique, et à compléter son information ailleurs, notamment dans les livres d’histoire et les témoignages d’époque.

Malheureusement, l’insistance catégorique de Roselyne Bosch à affirmer la véracité de tout ce qu’elle montre a parfois anesthésié cet esprit critique, au risque d’erreurs de perspective. En visionnant «La Rafle», on pourrait croire, par exemple, que le soutien français aux juifs persécutés a été plus grand qu’il n’a été en réalité. L’antisémitisme français est sous-estimé, et la compassion de la population, surestimée. [les Français en ressortiront avec une bonne conscience, en effet... Deux commerçants antisémites antipathiques, et le reste de la population solidaire et généreuse... On voudrait y croire...]

Un seul exemple: dans la réalité, ce sont bien des gendarmes 100% français qui ont séparé les enfants juifs de leurs parents à Beaune-la-Rolande, pas des Allemands (comme le montre par erreur le film).

Ce n’est pas gravissime, mais cet «hymne à la France» trop consensuel est gênant (cf. A. Wieviorka dans Libé), et il est souhaitable qu’une telle déformation de perspective soit corrigée ensuite par d’autres lectures, d’autres débats, d'autres films, sous peine d’aboutir à une «bonne conscience à bon marché» qui fait fi de la réalité historique.



Annette Monod, une «Juste parmi les nations» ?

Je ferai la même remarque sur le dossier particulier d’Annette Monod, personnage central du film de Roselyne Bosch, interprété par Mélanie Laurent. Cette dernière campe avec force, sensibilité et justesse, une infirmière protestante qui fait tout son possible pour soulager la détresse des déportés, ballottés depuis leurs maisons... jusqu'aux wagons à bestiaux.

Roselyne Bosch affirme avec force à plusieurs reprises qu’Annette Monod «fait partie des "Justes parmi les nations", ces non-Juifs qu'honore Israël pour avoir sauvé des juifs pendant la guerre» (cf. par exemple les "Secrets de tournage" sur le site Allociné).

Elle a répété cette affirmation dans plusieurs grands interviews publiés par les meilleurs journaux.

A Philippe Lagouche, de la Voix du Nord, elle affirme sans détour :

«Annette Monod fait partie des 2500 Justes. Son nom est gravé dans le marbre au mémorial de la Shoah.

Tout ce que je dis sur elle est vrai» (1).

Encore plus fort: cette appartenance d’Annette Monod aux Justes est reprise dans le dossier pédagogique du film «La Rafle», en page 2.

Un dossier envoyé dans toutes les écoles, et réalisé, en principe, par de bons historiens, «sous la direction d’un inspecteur pédagogique régional d’Histoire et de Géographie de l’académie de Paris» …

Résultat : pour tout le monde, à commencer par le Père Google qui confirme presqu’à l’infini l’information, Annette Monod figure parmi la liste des Justes reconnus pour avoir sauvé des juifs.

Problème : cette affirmation péremptoire de Roselyne Bosch est fausse.

Comme tout historien qui respecte la déontologie du métier, c’est-à-dire qui vérifie toujours ses sources, je suis allé vérifier. Or, ni la base de donnée israélienne des Justes, ni la base de donnée du Mémorial de la Shoah, ni le Mur du Mémorial de la Shoah ne comportent le nom d’Annette Monod-Leiris.

Très étonné, d’autant plus qu’aucun média n’a pris la peine de recouper les informations de Roselyne Bosch, j’ai consulté mon collègue Jean Laloum, excellent historien spécialiste de la période et du sujet, pour être certain de ce que j’avance.

Jean Laloum, que je remercie vivement, m’a confirmé aujourd’hui, après avoir contacté le Mémorial de la Shoah, qu’Annette Monod n’est nullement inscrite parmi les Justes.

Avec ce rappel: même les 2500 Justes (en fait, 2693 actuellement, qui n’incluent pas Annette Monod) ne sont pas "gravés dans le marbre" au Mémorial de la Shoah, comme l’affirme par erreur la réalisatrice. Sont gravés dans le marbre les noms des déportés disparus, dont 11.000 enfants. Quant aux Justes, ils figurent sur un long panneau fixé sur un mur. Et il n'y a pas de nom d’Annette Monod-Leiris sur ce mur des Justes.

Cela signifie-t-il que son rôle ait été insignifiant? Non, bien-sûr. Quant à sa stature morale, elle demeure impressionnante. Il en fallait, du courage, pour lutter dans ces conditions pour la dignité de ces déportés, quitte à admonester un préfet.

En revanche, il importe de rappeler, après avoir reçu l'information du Mémorial de la Shoah, qu’Annette Monod ne correspondait pas au critère d’obtention du titre de Juste pour une raison simple: elle n’a pas directement soustrait des vies juives à la barbarie.

Elle a accompli son travail d’infirmière, avec une déontologie hors du commun, certes, soulagé de multiples souffrances de prisonniers, adultes et enfants, mais sans cacher elle-même un juif, sans en faire évader un, sans en sauver de la déportation.

Plus tard (voir plus bas), Annette racontera son engagement en soulignant qu’elle a toujours exercé son travail d’infirmière à l’égard de tous: elle a soigné aussi des collabos, et plus tard, elle a soigné aussi bien des militants indépendantistes algériens que des partisans de l’Algérie française.

Annette Monod, une infirmière particulièrement exemplaire…. Mais peut-être pas tout à fait cette héroïne de cinéma et cette «Juste» qui sauve des vies juives de la déportation?


En revanche, il y a bien un petit garçon de 11 ans qui s'est enfui de Beaune-la-Rolande : voici son interview (http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Le-temoignage-du-survivant-qui-a-inspire-La-rafle-171866/).

Paris Match. Pourquoi pensiez-vous que personne n’oserait faire un film sur la rafle du Vel’d’Hiv’ ?
Joseph Weismann. Parce que hors de l’humain, inmontrable. Je vous dis tout de suite que Roselyne Bosch est restée très en deçà de la vérité. Personne n’aurait pu le supporter.

Gardez-vous des souvenirs précis de cette journée du jeudi 16 juillet 1942 ?
J’avais 11 ans. J’étais en train de jouer près du 54, rue des Abbesses, où nous habitions. Une camarade m’a dit : “Tu devrais rentrer, pour les Juifs ce n’est pas bon aujourd’hui.” Il était midi, je suis remonté chez moi, au quatrième étage. Ils ont frappé à la porte à midi et demi. Un agent en uniforme, qui avait des yeux de poisson mort, un autre en civil. Ils ont immédiatement fermé notre fenêtre en expliquant qu’il y avait déjà eu des suicides le matin et qu’ils n’en voulaient plus. Ils nous ont laissé vingt minutes pour préparer nos affaires, quelques vêtements, un peu de nourriture. Il n’y a pas eu de violence. Ils nous ont emmenés tous les cinq, à pied d’abord, et je me souviens très bien m’être dit, au premier carrefour, que je pouvais m’échapper, courir, qu’ils ne me rattraperaient jamais. Mais, bien sûr, je n’ai pas quitté mes parents et mes sœurs. C’était une journée d’été très chaude. Dans l’autobus pour le Vel’d’Hiv’, un énorme orage a éclaté. Une dame a dit : “Dieu pleure sur le sort des Juifs.”

Quelles étaient les conditions de vie au Vel’d’Hiv’ durant vos cinq journées de détention ?
Quand je me suis rendu sur le décor du vélodrome recréé à Budapest, j’ai été pris à la gorge par une odeur d’urine pestilentielle que j’étais le seul à sentir, projeté soixante-huit ans en arrière. Le Vel’d’Hiv’ puait de milliers de jets de pisse, de milliers de transpirations réunies. Les nôtres, celles des femmes enceintes, des vieillards, des malades, des bébés. J’ai également le souvenir d’un vacarme assourdissant, jour et nuit, qui me poursuit encore. Nous étions assis, la tête tombant sur une épaule. Personne ne dormait. Les haut-parleurs diffusaient sans cesse des annonces nasillardes. Maman m’avait demandé d’essayer de retrouver ses frères dans la foule. Je me suis dit que j’allais me perdre, ne plus jamais la revoir, mais, obéissant, je suis parti : trois heures pour faire le tour du vélodrome. Sans succès. Mes deux oncles n’avaient pas été arrêtés.

Vous souvenez-vous du départ du Vel’d’Hiv’ ?
Une pagaille épouvantable. Des milliers de personnes qui doivent de nouveau monter dans des autobus. Et sur les quais de la gare d’Austerlitz, les Feldwebel, les gendarmes allemands, avec leur plaque sur la poitrine et leurs chiens, alignés tous les 5 mètres le long de convois. Nous avons été entassés dans des wagons dès 10 heures du matin, mais le train n’a pas démarré avant midi, et nous ne sommes arrivés qu’à 18 heures à Pithiviers ou à Beaune-la-Rolande, les deux camps qui avaient été aménagés. Huit heures pour parcourir 100 kilomètres ! Il faisait 40 °C, nous n’avions ni eau ni toilettes. Juste une petite lucarne en haut à droite dans le wagon. De temps en temps, un père essayait de porter son enfant à bout de bras pour qu’il puisse respirer.

Quel fut le jour le plus terrible à Beaune-la-Rolande ?
La déportation au début du mois d’août. Tout a commencé à 5 heures du matin par des fouilles au corps perpétrées de façon dégueulasse : des femmes à qui l’on arrachait les boucles d’oreilles, qui étaient projetées par terre et tabassées à coups de pied quand on trouvait de l’argent sur elles. Les Juifs qu’on emmenait vers la mort ne devaient rien emporter. Je tremblais comme une feuille en attendant le tour de ma mère, que je tenais par la main.

Et ensuite...
Nous avons été parqués, tassés, en plein soleil, sur l’esplanade du camp. Nous avons attendu pendant une douzaine d’heures pour monter dans des camions. Vers 18 heures, des officiers allemands sont arrivés. Ils ont dû décider qu’il y avait trop d’enfants, car ils en ont choisi au hasard plusieurs centaines pour rester au camp tandis que leurs familles partaient vers Drancy puis Auschwitz. J’ai été choisi pour rester. Pourquoi moi plutôt que mes sœurs ? Ils sont partis et nous avons été séparés définitivement. Que nous ayons eu 5 ans, 8 ans, 11 ans, nous, enfants, n’avions qu’une idée effroyable : mourir. Nous pleurions, hurlions, des loques humaines.

Pouvez-vous raconter cette scène de séparation ?
J’en suis dans l’impossibilité. S’il vous plaît, ne me demandez pas de replonger là-dedans.

Mais vous ne vous êtes pas laissé abattre...
On nous avait dit qu’on rejoindrait nos parents dix ou quinze jours plus tard, mais je n’y croyais plus. Déjà, un officier avait donné sa parole à mon père, engagé dans le 3e régiment étranger, que nous ne quitterions pas le pays. Le soir, j’ai décidé de m’évader. L’instinct de survie me guidait. Me sentant très fragile, je me suis mis en quête d’un copain, un grand : j’ai rencontré Joseph Kogan [présent dans le film aussi). Et, le lendemain, nous avons profité de l’heure de distribution du seul repas, à midi. Nous avons mis pratiquement cinq heures pour franchir les 15 mètres de rouleaux de barbelés, hauts de plus de 2 mètres. J’ai encore des cicatrices plein les mains et partout sur le crâne.

Partiez-vous sans rien pour subvenir à votre existence ?
Deux jours auparavant, de corvée de tinettes, j’avais remarqué que les gens dissimulaient leurs biens dans la merde des toilettes communes. Je suis tombé sur quelques billets que j’ai lavés et empochés.

Que s’est-il passé ensuite ?
Trois jours de cavale à travers la forêt d’Orléans, en lambeaux, sales, la tête rasée, morts de faim : deux enfants juifs errants qui avaient arraché leur étoile. Nous avons fait du porte-à-porte jusqu’à ce qu’une femme nous prenne par la main et nous conduise au poste. Pour nous dénoncer ou pour nous protéger ? Je ne le saurai jamais. Le gendarme qui nous a enfermés dans “le trou du vagabond” a dit qu’il laisserait la porte ouverte. Un miracle. Nous nous sommes enfuis au petit matin. Un bus pour Montargis et le train pour Paris. Là, nous nous sommes séparés.

Quel a été votre premier réflexe en arrivant à Paris ?
Je suis retourné à l’appartement dont je n’avais pas la clé. Je voulais toucher ma porte. Notre voisin de palier m’a surpris et m’a raconté l’histoire du haricot que j’avais planté dans un pot, laissé sur le rebord de la fenêtre : “Quand je l’ai vu qui poussait et qui restait vert malgré la chaleur et la sécheresse, je me suis dit : Joseph va survivre, Joseph va revenir.”

A qui en voulez-vous le plus aujourd’hui ?
Au gouvernement de fait et non de droit de Vichy. A ceux qui ont été nos ennemis personnels, Xavier Vallat, commissaire aux questions juives, Louis Darquier de Pellepoix, qui l’a remplacé, et René Bousquet, secrétaire général de la police nationale. Les deux premiers sont morts de leur belle mort, riches et considérés. J’en souffre. Je considère que je n’ai pas été vengé. On me devait justice.

Comment avez-vous supporté de voir le film ?
La première fois, je n’ai rien vu, j’ai revécu. J’étais enfant avec les enfants. J’ai respiré avec eux, j’ai marché avec eux. La seconde fois, cramponné aux bras de mon fauteuil, j’ai vu. Mais je ne peux pas être un spectateur. J’ai le triste privilège d’être un témoin.

Est-ce que vous rêviez qu’un film grand public raconte ce que vous avez vécu ?
Je m’étais assigné cette mission vis-à-vis des enfants dont j’ai partagé le sort. C’est un témoignage que je lègue aux générations futures. Considérez cela comme un testament.


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Plus tard tu comprendras

Message  Kashima le Lun 26 Juil 2010 - 9:13

Alors que débute le procès de Klaus Barbie, à la veille de la mort de sa mère, Victor rompt le silence qu'elle a gardé sur la déportation de ses parents et renoue avec ses origines juives.




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Jaffa et les Citronniers

Message  Kashima le Mer 8 Sep 2010 - 21:30

Deux films que je conseille, au moins pour les deux belles actrices, Ronit Elkabetz et Hiam Abbass!


(film français, israélien et allemand)




Jaffa raconte l'histoire d'une famille israélienne : le père tient un garage, la mère est à la maison, les enfants travaillent avec leur père. Le fils est un garçon aigri qui jalouse Toufik, un jeune Arabe, parce qu'il travaille très bien alors que lui est un raté ; et la fille est enceinte de Toufik, elle projette de se marier et de partir avec lui sans que personne ne le sache.

Dans Les Citronniers, Salma Zidane se bat contre le gouvernement israélien afin de pouvoir conserver sa plantation de citrons, héritée de son père...


Hiam Abbass est une actrice, directrice d'acteurs, réalisatrice, productrice, écrivaine, scénariste et photographe Arabe israélienne née le 30 novembre 1960 dans le village galiléen de Deir Hanna, en Israël. On a pu la voir dans Munich, Satin rouge, Persécution de Chéreau...

Ronit Elkabetz est une actrice et réalisatrice israélienne. Récemment, elle a joué dans Tête de Turc :



Ces deux films soulèvent tous les deux, de façon différente, la difficulté de cohabitation des peuples.


Dernière édition par Kashima le Ven 24 Sep 2010 - 10:08, édité 2 fois

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Re: Qolno'a - autour d'Israël

Message  Invité le Mer 8 Sep 2010 - 21:58

où trouves-tu toutes ces idées de films?

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Re: Qolno'a - autour d'Israël

Message  Kashima le Mer 8 Sep 2010 - 22:03

J'en entends parler, ou je tombe dessus par hasard, et voilà.

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Re: Qolno'a - autour d'Israël

Message  Solene le Jeu 9 Sep 2010 - 13:08

Valse avec Bachir est un super film sur l'amnésie traumatique. Je l'ai étudié en cours.

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Re: Qolno'a - autour d'Israël

Message  Kashima le Jeu 9 Sep 2010 - 16:23

Pas étudié quant à moi, mais un bon film d'animation,en effet, sur ce thème.

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Miral

Message  Kashima le Dim 12 Sep 2010 - 11:19



Ce matin, j'ai écouté une interview de l'actrice Hiam Abbass (vue récemment dans Les Citronniers). Elle venait présenter ce film palestinien, Miral, projeté à Venise, qui raconte cette histoire :

"Jérusalem, 1948. Alors qu’elle se rend à son travail, Hind, une jeune femme palestinienne, recueille un groupe d’enfants victimes d’une attaque israélienne. Ainsi naquit l’institut Dar Al Tifel, un pensionnat pour enfants palestiniens.
En 1978, Miral, fillette de 7 ans est conduite par son père Jamal à l’institut après le suicide de sa mère.
Les années passent et à 17 ans, Miral se trouve à l’heure des choix : partagée entre la défense de la cause de son peuple par la force, et l’idée, inculquée par Hind, que l’éducation est la seule solution.
Après Le Scaphandre et Le Papillon, Julian Schnabel retrace l’histoire de femmes dont les destinées s’entrelacent sur trois générations, animées par une quête éperdue de justice, d’espoir et de réconciliation dans un monde assombri par les conflits, la fureur et la guerre. Miral est l’une d’elles."




Les journalistes ont signalé que la vision était pro-palestinienne et que le beau rôle n'était pas donné à Israël, mais Hiam Abbass a convenu aussi qu'elle n'avait jamais rencontré de difficultés à tourner en Israël, même si le propos n'était pas en la faveur du pays.
Israël est la seule démocratie du proche Orient, rappelons-le, cernée par l'Iran, le Liban, et un ensemble de pays qui voudraient la voir disparaître.

Interview à réécouter ici :

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/sept-neuf-dimanche/



Hâte de voir ça, comment le sujet est traité, j'espère sans trop de misérabilisme.

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Lebanon

Message  Kashima le Mar 14 Sep 2010 - 6:24




J'ai regardé ce film sans savoir qu'il avait obtenu le Lion d'or à Venise, et cela n'a fait que confirmer le bien que je pensais de lui.
Lebanon nous livre 24h de la guerre du Liban, vues de l'intérieur d'un tank israélien. 4 soldats sont enfermés dans cette machine, dont le tireur, celui qui regarde par la lunette et a l'ordre de larguer les bombes.
Les quatre hommes vivent l'enfer ; le tireur n'ose même pas tirer quand il voit les horreurs et les ruines devant lui.
Plusieurs fois, leur chef, Djamil, un fantassin, face à leur hébétude, vient leur rappeler que la guerre n'est pas un jeu...
Focalisation interne qui rend le film poignant et dur : la lunette est rivée tantôt sur la larme d'une mule blessée et agonisante (image que j'ai trouvée très dure), tantôt sur un paysan libanais qui hurle, amputé de ces quatre membres sous l'assaut et que le soldat israélien achève, tantôt sur une femme désespérée qui vient de perdre sa fille dans l'assaut...
Premier long-métrage du réalisateur Samuel Maoz, Lebanon est un film à ne pas manquer.

Je suis en train de lire Beaufort, sur le même sujet, mais le huis-clos se passe dans un fortin. Le film existe aussi, à suivre...




Kashima
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La Visite de la Fanfare

Message  Kashima le Ven 24 Sep 2010 - 9:15



Une fanfare égyptienne, venue jouée en Israël, s'égare dans un petit village. Ils rencontrent Dina qui tient un restaurant : elle leur propose de les héberger et faire héberger pour la nuit.
"Un groupe de musiciens perdu au beau milieu d'une ville perdue. Peu de gens s'en souviennent, cette histoire semblait sans importance..."
Dans la retenue, ce film nous montre la rencontre d'individus qui n'auraient jamais dû se connaître. Toufik, le chef d'orchestre arabe, et Dina, la femme israélienne, libre mais seule, passent une soirée au cours de laquelle on sent que tout aurait été possible.
Un film des possibles, en suspens.



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