Anémie Lothomb : parodies et pastiches

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Anémie Lothomb : parodies et pastiches

Message  Kashima le Dim 1 Mar 2009 - 11:42

Quand un écrivain a du succès - ou un autre artiste -, certains aiment se servir de sa notoriété.
Ce n'est pas la première fois qu'Amélie est parodiée ou pastichée, mais ce livre est sorti en janvier 2009 :

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Sur fnac.com, on peut lire :
Jusqu’où peut aller un écrivain ignoré des médias et du public pour que l’on s’intéresse à sa littérature ? Parce que le destin a mis sur sa route le corps sans vie d’une romancière à succès, Antoine Galoubet pense que sa chance est enfin venue. Il croit tenir sa revanche et ne reculera devant rien pour sortir de l’anonymat. Recel de cadavre, complot, dissimulation d’identité, manipulation de la presse, Antoine mettra tout en œuvre, avec l’aide d’un mystérieux compagnon d’infortune, pour atteindre l’inaccessible gloire. Servie par un humour féroce et déjanté, cette satire du monde des Lettres, tout à la fois grave et réaliste, pose l’éternelle question du décalage entre notoriété et talent.


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Voici une critique parue dans le Nouvel Obs :

Pauvre Amélie Nothomb, assassinée par un amant japonais sur une route de campagne, en pleine nuit, au retour d'un Salon du Livre de province. Mais ça n'est qu'un début. Son cadavre est kidnappé quelques instants plus tard par un écrivain dépressif qui passait par là à bord d'une Renault 5 antédiluvienne. Et voici la chef de file du courant littéraire gothique français bientôt enterrée dans un sous-bois, puis déterrée, puis ré-enterrée, tout ça sur fond d'alerte nationale: Anémie Lothomb a disparu.

Né en 1944 à Brives-la-Gaillarde, Jean-Pierre Gattégno a publié de nombreux romans, et notamment plusieurs thrillers psychologiques qui ont été adaptés au cinéma, comme «Neutralité malveillante» par Francis Girod, «Mortel transfert» par Jean-Jacques Beinex ou «Une place parmi les vivants» par Raoul Ruiz.

Et c'est ainsi que, se saisissant d'une romancière parmi les plus populaires, construit paisiblement une fable sur le décalage entre notoriété et talent. On y croise quelques figures à peine maquillées comme Jean-Pierre Gattégno «Margarine» Pingeot ou «Houellebegbedecq», un hommage discret est rendu à Philippe Lançon, critique à «Libération». L'auteur, qui sait de quoi il parle, propose en passant une définition de l'écrivain que les intéressés apprécieront: un graphomane compulsif, doublé d'un vaniteux instable qui espère se faire un nom dans les lettres et être reconnu dans la rue, tout en jetant ses droits d'auteur par la fenêtre.

En attendant, claquemuré dans un hôtel quatre étoiles des bords de Seine, désormais seul après que la plante aphrodisiaque qui tentait de survivre à ses côtés eut plié boutique, notre héros savoure sur écran plat l'effet produit par ses envois à la presse: des bouts d'Anémie Lothomb, des mèches de cheveux, des morceaux de chaussures, accompagnés de diatribes vertueuses sur la perversion d'un système asphyxié par l'imposture. Rien de bien nouveau, c'est certain: le trafic d'influence et les «ânes médiatisés», comme les appelle Jean-Pierre Gattégno, font partie du folklore, voire des charmes de la vie germanopratine. Mais le lecteur suit, amusé, les tribulations loufoques d'un écrivain sévèrement amoché par le métier.

A.C.


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Chap 1 : J'ai tué Anémie Lothomb

Message  Kashima le Dim 1 Mar 2009 - 11:43

Tout avait commencé en pleine nuit, sur une route déserte. J'étais au volant d'une Renault 5 antédiluvienne et je me dirigeais vers le chalet de Maryse Bernadac, mon éditrice. Pendant que je conduisais, je me demandais non sans inquiétude si Une saison dans les ténèbres que venaient de publier les éditions Condorcet ne passerait pas aussi inaperçu que mes précédents romans. J'y avais consacré trois longues années de travail, trois longues années à travailler avec Maryse, à revenir sur chaque paragraphe, sur chaque phrase, sur chaque virgule, de manière à créer une atmosphère et un rythme de lecture tels qu'on ne pourrait le lâcher avant d'être arrivé à la fin. Maryse fut satisfaite du résultat et, chez Condorcet, on se montra tout à fait confiant.



Quant à moi, je ne doutais pas que mon livre connaîtrait un grand succès. La désillusion fut cruelle: les articles qui devaient rendre compte de l'ouvrage se firent attendre et, finalement, ne vinrent jamais. Sur les six cents ou sept cents romans de la rentrée, seuls les auteurs connus avaient eu droit à l'attention des médias. Quelques anonymes aussi, pour des raisons que j'ignorais et qui souvent n'avaient rien à voir avec la qualité de leurs écrits. Mais, pour ce qui me concernait, rien, pas un mot dans la presse.
De ce silence, j'avais fait les frais au Salon du livre de Saint-D. Pendant des heures, j'avais affronté l'indifférence des visiteurs à qui mes ouvrages ne disaient rien. Parfois leurs regards s'attardaient sur Une saison dans les ténèbres, dont le titre, l'illustration (sur fond noir, on distinguait un visage noyé dans la fumée de cigarette) ou le nom de l'auteur intriguait.
«Antoine Galoubet? Jamais entendu parler de vous! Ah, c'est votre dixième roman!» s'étonnait-on. On me demandait quand même des précisions sur ce que j'écrivais, on trouvait ça intéressant, puis on posait le livre et on partait.
En réalité, le public venait pour trois ou quatre auteurs vedettes. L'un d'eux paradait devant une file de lecteurs, qui attendaient patiemment qu'il leur dédicaçât son dernier roman sur la Russie. Ils ressemblaient à des touristes qui voulaient rapporter des souvenirs de vacances (certains se faisaient photographier à côté de lui), mais ils n'étaient pas plus des lecteurs que leur auteur favori n'était un écrivain.
Dans Ogonick, un journal moscovite, Andreï Arkhangelski, qui avait lu son livre, l'accusait d'accumuler les poncifs sur la Russie. Et de citer quelques perles du genre: «Les ponts de Saint-Pétersbourg s'écartaient comme des cuisses», ou encore: «Au moins, en Russie, les filles sont belles». Cela n'avait pas empêché le roman d'avoir une demi-page dans Le Monde des livres et de créer des embouteillages dans les salons. Plus que ses romans, c'était l'auteur que l'on venait acheter - l'auteur tel qu'on le voyait à la télé ou tel qu'on l'avait vu dans les médias, posant à moitié nu avec un livre de Baudrillard. Idem pour l'ami du président dont le stand se trouvait en face du mien; on le présentait comme celui qui remplissait le Stade de France avec ses plaisanteries grasses, et ses histoires scatos partaient comme des petits pains. On venait aussi pour les témoignages, les histoires vraies, en tout cas présentées comme telles et qu'on lisait sans avoir le sentiment de perdre son temps. Les auteurs qui racontaient comment ils avaient triomphé de l'adversité dans un récit d'environ deux cents pages et qui en tiraient une leçon de vie, de courage et d'optimisme, on adorait. Nous vivions à une époque où l'on avait besoin d'être réconforté.

À côté de moi, un journaliste de la télévision n'arrêtait pas de signer. Pendant qu'il leur dédicaçait un livre, des femmes, souvent âgées, lui racontaient leurs malheurs. Il leur prenait la main entre les siennes et leur disait: «Vous êtes courageuse, vous vous en sortirez.» On se serait cru en tournée électorale. Mais l'auteur le plus entouré était sans conteste Anémie Lothomb; le récit de ses amourettes au pays du Soleil-Levant faisait un tabac, tout le monde voulait savoir ce qu'elle avait fait - ou plutôt ce qu'elle n'avait pas fait - avec Sun Si, son soupirant japonais qui se tenait à ses côtés comme pour témoigner de la véracité du récit. Elle dédicaçait à tour de bras, sa file d'attente passait devant les stands des autres auteurs auxquels personne ne prêtait attention.
Quelquefois, après avoir fait le plein de pointures, des visiteurs allaient jeter un coup d'œil aux écrits des inconnus. Mais sans trop s'approcher, pour éviter de se faire embringuer dans un achat. Tels des crabes marchant de côté - le corps tirant vers l'avant et la tête vers les livres qu'ils ne voulaient pas acheter -, ils se présentaient par la tranche pour offrir moins de prise aux sollicitations.
Il arrivait parfois que l'on s'arrête devant mon stand.
«C'est bien, ce que vous écrivez? me demandait-on.
- Génial», répondais-je. Embarrassés, mes interlocuteurs promettaient de revenir et je ne les revoyais plus.
Souvent, pour me changer les idées, j'allais griller une Benson & Hedge dehors, une de ces cigarettes anglaises dont l'odeur douceâtre empoisonne l'atmosphère des non-fumeurs. Je rencontrais d'autres auteurs coutumiers de la mévente. Nous laissions éclater notre ressentiment contre les écrivains qui nous volaient la vedette et pour nous consoler nous fumions à nous en faire éclater les poumons.
Puis, l'un disait: «Nous sommes peut-être en train de rater une vente.» C'était peu probable, il n'empêche, nous éteignions nos cigarettes et nous nous dépêchions de regagner notre poste.
Et l'attente recommençait, la journée avançait, la foule grossissait, puis diminuait, et ma pile restait la même. L'envie me prenait de jeter à pleines brassées mes livres sur ces indifférents. À quoi bon épuiser ma vie devant un traitement de texte, me couper du monde et des autres, n'être libre pour personne, ni pour mes amis ni pour Bérénice qui supportait de moins en moins l'existence que je lui imposais?

Et tout ça pour rien, pour ces gens qui s'en moquaient et que j'aurais voulu massacrer à coups d'invendus. Bien sûr, je n'osais pas et, comme la plupart des auteurs qui ne vendaient rien, j'affichais la mine dégagée de l'écrivain au-dessus de ces contingences. Mais qu'un badaud approchât et j'usais toute mon énergie à l'intéresser à ma littérature. Idem pour mes confrères en infortune, leur visage s'éclairait dès qu'on leur prenait un livre, même si le client disait d'un air condescendant: «Allez, je vous en achète un.» Ces paroles me mettaient hors de moi, mais j'avais appris à en rabattre: je dédicaçais aussi pour le malotru qui me faisait l'aumône d'un achat. Je transpirais sang et eau alors que les auteurs-vedettes n'avaient pas besoin de lever le petit doigt pour placer leurs ouvrages. On ne voyait qu'eux, c'était une malédiction de les avoir pour voisins. Je devenais transparent, et je les haïssais eux et leurs lecteurs. Leurs foutus lecteurs, tellement heureux de les rencontrer, de bavarder d'égal à égal avec l'écrivain vanté par les médias. Ils empiétaient sur mon emplacement, se fichaient éperdument de faire écran entre moi et la foule qui passait dans les allées. Une foule dans laquelle des lecteurs potentiels, s'ils avaient pu voir mes romans, s'y seraient peut-être intéressés. Mes livres existaient si peu pour ces admirateurs de célébrités qu'ils s'appuyaient dessus pour discuter plus commodément avec leur idole. À croire que les ouvrages sur lesquels j'avais tant travaillé étaient là pour leur servir d'accoudoir. Aussi n'aurais-je pas été surpris qu'ils en arrachent des pages pour noter une adresse, un numéro de téléphone ou une recette de cuisine.
Mais à ce moment - au moment où je désespérais tant de mes écrits -, j'étais loin de me douter que le destin me réservait une de ces surprises dont il avait le secret, une surprise comme lui seul savait en réserver aux malchanceux et aux oubliés, et que ma littérature dont personne ne se souciait connaîtrait un retentissement que je ne soupçonnais même pas.

Je quittai le salon vers vingt-trois heures, après la cérémonie de clôture. Champagne, amuse-gueules, petits-fours et discours du maire, du député, du représentant de la Région et du ministère de la Culture. Tous avaient leur mot à dire sur l'importance du livre. Les célébrités avaient fichu le camp depuis belle lurette, mais moi j'étais resté, comme si j'attendais de cette cérémonie une reconnaissance que me refusaient les médias et les lecteurs. Et, une fois de plus, je m'étais retrouvé à faire de la figuration.
Quand tout fut terminé, je me rendis à la billetterie en face du salon, retirai soixante euros en coupures de vingt, puis montai dans ma Renault 5 garée juste à côté, et baissai mon pantalon pour les ranger dans une petite sacoche en cuir noir fixée à mon caleçon. Cette précaution datait de mes dernières vacances où l'on m'avait volé mon portefeuille avec tout son contenu. Depuis, quelle que fût la somme, je gardais mon argent serré contre mon ventre.
Cette opération effectuée, je mis le contact et démarrai.
Et, maintenant, sur cette route déserte qui menait au chalet que m'avait prêté mon éditrice pour me reposer et réfléchir à mon prochain ouvrage, j'avais le sentiment d'être perdu dans une nuit sans fin. Une nuit qui avait commencé à la sortie de mon livre et qui paraissait interminable.
Pour tout arranger, la pluie se mit à tomber. Une pluie d'automne, fine et drue, qui tambourinait contre la tôle de ma voiture. Mes essuie-glaces peinaient à en venir à bout.
Chacun de leur passage laissait une traînée boueuse sur le pare-brise, ce qui réduisait la visibilité et m'obligeait à ralentir. À la radio, Thelonious Monk interprétait Just a Gigolo; j'aimais sa façon un peu lente et répétitive d'accentuer les graves du piano, de prendre son temps en gardant le tempo, même si le tambourinement de la pluie et le ballet des essuie-glaces rendaient sa musique à peu près inaudible.
Parfois, je croisais des voitures qui ne se donnaient pas la peine de passer en codes. Dans leurs phares scintillaient des trombes d'eau. J'étais ébloui par un flot de lumière puis, lorsqu'il était passé, je devais me réhabituer à l'obscurité et je continuais sous le déluge, à la recherche d'une maison où je n'avais jamais mis les pieds. Où j'étais supposé écrire, dans le calme de la forêt vosgienne, un roman dont je n'avais pas même trouvé la première phrase.
Tout à coup, j'aperçus au loin un type qui venait à ma rencontre. Mes phares l'éclairaient faiblement, mais assez pour que je me rende compte qu'il marchait au milieu de la route sans prêter la moindre attention aux voitures qui le frôlaient en l'éclaboussant. Arrivé à sa hauteur, je ralentis pour mieux le voir : il était de taille moyenne, portait juste un chandail et un jean et il me sembla qu'il marchait pieds nus. Je m'étais presque arrêté pour mieux l'observer, mais il ne parut pas s'en apercevoir. Je n'existais pas plus que la pluie et le monde autour de lui. Un très bref instant, il se tourna vers moi, mais insuffisamment pour que je pusse distinguer ses traits. Je crus reconnaître Sun Si, le compagnon d'Anémie Lothomb, mais je n'en fus pas sûr, puis sa silhouette se fondit dans l'obscurité et il disparut.

J'attendis un peu dans l'espoir qu'il réapparaîtrait, mais, rien ne se produisant, je repartis. Deux kilomètres plus loin, je vis de l'autre côté de la route, arrêtée sous un sapin dont la forme particulière évoquait un cèdre du Liban, une Peugeot 307 rouge, immatriculée 75. Peut-être parce que nous étions dans la région de Saint-D., ce détail me frappa. Était-ce la voiture du type que je venais de croiser ? Peut-être était-il tombé en panne et cherchait-il du secours ? Mais si tel avait été le cas, il m'aurait fait signe lorsque je l'avais croisé.
Je m'arrêtai à la hauteur de la voiture. La portière avant gauche était ouverte, de sorte que le plafonnier éclairait l'intérieur. Malgré la pluie, j'allai voir de plus près. Une silhouette de femme était appuyée contre le tableau de bord.
Une femme aux longs cheveux bruns d'où s'écoulait de la tempe gauche un léger filet de sang. La femme était immobile.
Rien ne vivait en elle. La curiosité l'emporta, je tirai la femme vers moi, elle s'affala inerte sur le fauteuil du conducteur, le visage tourné dans ma direction. Et je ne pus réprimer un cri de stupéfaction en reconnaissant Anémie Lothomb.



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Cuneipage

Message  Kashima le Mer 4 Mar 2009 - 16:33

Article trouvé sur Cuneipage :
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"... chez un auteur quelque chose d'essentiel se jouait. Quelque chose au-delà du narcissisme et de l'argent. "Ce que vous avez écrit ne m'intéresse pas", comment se remet-on de cela ? Comment s'en défend-on ? En enterrant Anémie Lothomb dans un sous-bois ?"

C'est exactement ce que fait Antoine Galoubet. A la sortie d'un très décevant salon du livre, où il a été ignoré comme d'habitude, cet auteur, qui a déjà derrière lui un bon paquet de livres publiés, mais aucune notoriété (et donc peu de lecteurs), tombe sur le corps d'Anémie Lothomb. C'est la nuit, elle est morte d'une balle dans la tête et est seule sur le siège passager d'une voiture. Cédant à une impulsion, il embarque le corps. Sans jamais prendre le temps de réfléchir, il s'embarque alors lui-même dans un chantage aux médias, j'ai kidnappé Anémie Lothomb, faites acheter mes livres ou ça ira mal pour elle.

Incrédulité, chasse à l'homme, il creuse et déterre à qui mieux-mieux pour prouver ses dires, tombe sur un lecteur quelque peu frappé qui l'entraîne de beuveries en débats enfumés (quelle obsession de la cigarette !), et finit par se faire couillonner en beauté, zeste de morale souriante pour conclure.

Pour effrénée que soit cette cavalcade de gags mêlée à de nombreuses réflexions et moqueries sur le petit monde littéraire, la sauce ne prend jamais tout à fait. Se lit d'une traite malgré tout, parce qu'on espère le liant ou la surprise, mais au final c'est juste sympathique. Ce qui est déjà pas mal !

Tout le personnage de Galoubet résumé dans ce paragraphe :

"Je sauvegardai la lettre sur ma clé USB. Sa mémoire de seize gigaoctets aurait pu conserver les œuvres complètes de Tolstoï plus l'intégralité de la Recherche du temps perdu et je ne sais quoi encore. Elle contenait tous mes romans : ceux qui avaient été édités et ceux qui avaient été refusés, de loin les plus nombreux. A cela s'ajoutaient toutes sortes de notes concernant des romans que je comptais écrire ou que j'avais abandonnés en cours de route et que j'avais l'intention de reprendre, mais que faute de ligne directrice je laissais en friche. Il y avait aussi mes observations sur la politique, mes réflexions sur le président, des annotations sur ma vie privée, mon entourage, ma rencontre avec Bérénice dans une boîte de nuit, nos disputes, nos réconciliations, mes amours avec d'autres femmes, un carnet d'adresses que je m'efforçais de tenir à jour, également un journal sur l'histoire de mes romans, depuis leur genèse jusqu'à leur publication, leur accueil en librairie et dans les salons du livre, les lettres d'injures que j'avais adressées à la presse pour ses mauvaises critiques (et, plus souvent encore, pour ses absences de critiques) plus mes courriers à différents éditeurs, aussi bien ceux qui avaient refusé mes textes que ceux qui les avaient publiés. Et il faut dire (surtout pour les seconds) qu'ils l'avaient bien cherché."

Un auteur contemporain, quoi.

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Ma vie ratée d'Amélie Nothomb

Message  Kashima le Dim 6 Mar 2011 - 12:37

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Dans un récit autobiographique, Frédéric Huet nous confie son désir le plus cher, son obsession : écrire et être publié, en vain jusqu'ici. Il aurait pu et pourrait décider de travailler « comme tout le monde » tout en continuant d'écrire en parallèle mais non, il est écrivain, ne sait qu'écrire et ne veut rien faire d autre [*]. Il en paye le prix fort : RMIste, il fait des ménages pour arrondir ses fins de mois. Passionné de littérature et d'édition, il analyse les rouages et les acteurs de ce milieu tant convoité : les éditeurs, les médias, les libraires et surtout les auteurs de best-sellers comme Amélie Nothomb ou Anna Gavalda. Fasciné par la figure d'Amélie Nothomb, cette dernière est, pour lui, le symbole de la réussite dans l'édition, une figure monstrueuse, une machine à succès.

Frédéric Huet a 34 ans et vit à Nantes. Il a publié un premier roman aux Éditions Balland intitulé Papa a tort. Ma vie ratée d Amélie Nothomb est son deuxième livre.



[*]Je m'étonne toujours face à ce genre de "décret" : je suis écrivain, je ne sais rien faire d'autre. Ceux qui se présentent à la nouvelle star et qui chantent comme des casseroles sont persuadés aussi d'être de grands artistes non reconnus... C'est soit caprice, soit paresse, soit folie.
Enfin, c'est ce débat-là qui revient : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Mais ce n'est pas l'objet de ce que je voulais écrire ici, car ce que je lis sur le blog de Frédéric Huet me plaît et me fait plutôt sourire... Dénonciation de la littérature commerce, entre autres, et pas mal d'avis que je partage...

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Je suis tombée sur cet article que je voulais partager ici. En voici un extrait :

"Le fruit pourri sur ma couverture, c’est seulement pour rire, encore une fois. Mais là une fois de plus, il faut avoir assez de recul par rapport à soi. Difficile d’en avoir vu les enjeux commerciaux d’Albin Michel et les millions qu’engrange leur industrie. Je constate que tout ce qui est connoté négatif, associé au bas terrestre (alcool, sexe, pourriture) n’est pas bien vu. Forcement puisque ce n’est pas vendable voire grand public. Toujours ce souci d’une image pure, pieuse, aseptisée, gentiment provocante mais pas trop.

On agresse Amélie dans les médias ? Je réponds que les journalistes font ce qu’ils veulent en interview. Encore heureux. Et parce qu’un ou deux journalistes bousculent Amélie, tout le monde crie au scandale et s’étonne ? Mais où allons-nous ? Amélie qui croque les médias a largement profité du système (Les Bernard Pivot et autres émissions, et des magazines comme Lire qui chaque année diffuse le petit extrait comme s’il n’y avait qu’Albin Michel à publier des livres). Peut-elle s’en plaindre aujourd’hui ? C’est le jeu. Cela peut parfois se retourner contre vous. Il n’y a pas de justice. A ce titre, il n’y a qu’à voir la liste de tous les auteurs dont on ne parle jamais dans les médias. Puis à partir du moment où on s’expose, il faut accepter la critique des autres."


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Une critique de son livre : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
"Si l’idée suggérée par le titre paraît excitante – on n’est jamais trop heureux de se moquer d’un auteur de best-sellers – le livre qui la concrétise s’avère malheureusement assez fadasse. L’auteur y expose sa frustration d’auteur maudit, refusé partout et galérant à la recherche d’un éditeur. Il croise cette prétendue haine de soi (où l’on sent quand même poindre un petit narcissisme) avec des propos teigneux sur certains auteurs à succès, Nothomb, Gavalda, Amanda Sthers, etc."

Blog de Frédéric Huet

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Re: Anémie Lothomb : parodies et pastiches

Message  Nicole le Dim 6 Mar 2011 - 14:10

Mmmmmoui... Personnellement c'est exactement le "style" qui ne me fait pas (sou)rire, mais je reconnais que monsieur Huet ne défend pas trop mal son bout de bifteck, lui non plus -- et le talent ou son absence sont des notions beaucoup trop subjectives pour pouvoir constituer un crime ou un délit. Du moins ça le devrait...

bisou x 1001.
Nicole.

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Re: Anémie Lothomb : parodies et pastiches

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