Jean-Baptiste Del Amo

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Jean-Baptiste Del Amo

Message  Kashima le Lun 8 Déc 2008 - 13:30

J'avance lentement, par manque de temps, mais je me plais à parcourir ces pages très bien écrites du premier roman de Jean-Baptiste Del Amo.

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Gaspard a quitté Quimper pour Paris. Il désire échapper à sa condition de miséreux.
Il marche dans la capitale avec pour fidèle compagnon le Fleuve, compagnon aimé et haï.
Son premier métier est de s'immerger dans la Seine pour ramener sur le rivage des morceaux de bois. Il voit passer des immondices :

"La chose avançait avec indolence, semblable à une limace marine. Cela flottait vers lui, précisément vers lui, comme dans l'unique but de l'atteindre. Il fronça les sourcils, pensa à une courge tombée à l'eau, à un loup, de ceux qu'utilisent les comédiens de rue (...).Puis, sans qu'il eût conscience d'avoir tendu sa main fripée par l'eau, rayée par l'écharde, cela vint se poser au creux de sa paume.

C'était la tête d'un nourrisson."
(p 39)


Suit alors une description de cette tête en lambeaux, gonflée et pourrie par l'eau.


Del Amo peint avec précision les odeurs et la misère des rues, des eaux de Paris au XVIIIème siècle. Il a le goût du détail de l'horreur.
Dans la première partie, ce livre m'a énormément fait penser au Parfum de Süskind, parce qu'il y a tous ces relents dégoûtants, parce que Gaspard pourrait porter le prénom de son auteur et rappeler ainsi Grenouille, et surtout parce que le jeune homme se fait embaucher par un perruquier, qui pourrait être le parfumeur (mention est même faite de Baldini).

Petit à petit, Gaspard apprend son métier chez Justin Billod qui ne veut pas lui dévoiler ses secrets de perruquier jusqu'au jour où entre dans la boutique le noble Etienne de V. Gaspard se met à éprouver du désir pour cet homme, désir à la fois physique et "social". Étienne le prend, le temps d'un chapitre, sous son aile.

La scène de sexe qui clôt la partie II intitulée "Rive gauche" est très bien écrite, poignante, précise. Gaspard se donne entièrement, au fond de sa cave puante, à ce noble qui, une fois l'affaire finie, se lève, prend sa tête dans ses mains, le regarde dans les yeux et lui dit :

"Adieu. (...) Me voilà déjà lassé de toi. (...) Tu sais désormais ce en quoi tu excelles." (p 207)

J'en suis là...


En attendant la suite, voici un extrait du roman, le tout début, pour se faire une idée du style classique et soigné :

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J'arrive à la dernière partie, je retourne au "Fleuve".
Gaspard perd la confiance en l'être humain, après l'abandon de celui qui le fascinait, Etienne de V. Voici ce qu'il en vient à se dire :

" De même que Lucas, Étienne ou Billod, Emma disparaissait sans raison aucune car l'existence n'en exigeait pas, donnait et reprenait au hasard, ne laissait rien qu'une hébétude, une solitude assourdissante." (p 271)

Un peu plus loin :

"les hommes ne sont bons qu'à décevoir. C"était bien ce qu'il pensait puisque, au-delà d'Emma, de sa trahison supposée, Gaspard n'était jamais parvenu à se lier à un homme sans que, bientôt, cet ami disparût ou ne donnât prétexte à fuir. Il n'avait plus, envers le genre humain, la moindre compassion." (p 302)

C'est ainsi qu'il décide, à son tour, d'utiliser les êtres humains pour parvenir...


Un des intérêts majeurs de ce livre, qui fait son originalité par rapport aux autres romans d'initiation au XVIIIème siècle, c'est que Gaspard a une sensibilité homosexuelle. Ses premiers désirs sont pour Étienne et, plus tard, lorsqu'il entreprend son ascension sociale, ce n'est pas la maîtresse de maison ou la fille qu'il entreprend de séduire, mais il utilise le mari...
Cela n'est pas du tout artificiel dans le roman, le souffle de Jean-Baptiste Del Amo est vrai.


Au moment où il revoit l'adoré et exécré Étienne "un corps vénéré et maudit" (p 408), j'en ai mal pour lui. Ces retrouvailles vont-elles freiner, stopper son ascension?

"Le retour du comte de V. éveillait la nécessité de sa présence et bouleversait l'équation d'un monde que Gaspard avait cru enfin immuable." (p 391)
Quand on parvient à ce blindage émotionnel, la résurgence de ce qui peut le troubler est terrible...


Mais Gaspard portera toujours en lui Quimper et sa bassesse sociale.
Pour finir cette Éducation libertine, un extrait de l'Émile de Rousseau :
"Tout est bien sortant des mains de l'Auteur, tout dégénère entre les mains de l'homme."




Dernière édition par Kashima le Dim 11 Jan 2009 - 11:08, édité 2 fois

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Message  Kashima le Lun 8 Déc 2008 - 13:32

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Oh ben mince! Je viens de lire qu'il va fermer... :'(
" Chers amis et lecteurs,
Lorsque j'ai créé ce blog, je ne songeais pas encore à la publication d'Une éducation libertine. Je l'utilisais comme un assemblage de textes, de photos, de musiques et de réflexions sur ma relation à l'écriture. La démarche était aussi spontanée que si j'avais rédigé un carnet de notes. Aujourd'hui, les choses sont différentes. Des extraits ont été repris dans la presse, parfois hors contexte, et je dois penser à l'utilisation qui pourrait être faite de ce que j'écris. Aussi, je supprimerai bientôt le blog. Bien sûr, c'est une interface d'échange avec vous, mais j'ai répondu à ceux qui m'ont écrit par le biais de Gallimard et continuerai de le faire avec plaisir. Je vous remercie une fois de plus pour vos commentaires, vos lectures et vos encouragements et je ne doute pas de vous retrouver bientôt autour de nouveaux textes.
Avec toute mon amitié,
Jean-Baptiste "

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