Jeanne Cressanges

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Jeanne Cressanges

Message  Kashima le Lun 8 Déc 2008 - 9:31

J'entame la lecture de Jeanne Cressanges par

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L'édition que j'ai empruntée a pour couverture la Pasiphaé de Moreau, cette femme qui a couché avec le taureau de Minos, son époux, et enfanté le Minotaure...

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Passages

Message  Kashima le Mar 9 Déc 2008 - 19:11

Quelques citations ou passages qui me plaisent au cours de ma lecture :

p 12 : "En se rasant, il pensa qu'il ferait une belle tête de mort et se coupa."

p 65 : "A son réveil, l'anesthésie passée, il sentit sa blessure. Ce fut, d'abord, une angoisse qu'il ne put définir : le cœur qui cogne, la poitrine qui se serre, l'enlisement dans une lumière froide."

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ça me fait penser à...

Message  Ezéchiel le Mer 10 Déc 2008 - 12:55

Hugo dans le Dernier Jour d'un Condamné pour la première phrase et à Gracq pour la seconde. Faut que j'arrête avec l'agrég, non?

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Re: Jeanne Cressanges

Message  Kashima le Mer 10 Déc 2008 - 14:23

J'ai pas tout suivi, mais si tu le dis! :scrib:

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Vent d'Est et Maison romaine

Message  Kashima le Jeu 11 Déc 2008 - 6:57

Ah si! Maintenant que tu m'as expliqué. C'est plutôt flatteur, ces comparaisons.

Je dois dire que Les eaux rouges me plaît. J'ai suivi, dans la première partie, Vent d'est, l'enrôlement de Pierre dans la Seconde Guerre Mondiale, sa participation au réseau résistant Rasibus et ses rencontres avec des femmes, dont Isabelle Monbart, mère de quatre filles dont Pierre pourrait s'éprendre.

L'une des figures féminines de cette première partie est l'actrice à succès Liane de Montillac. Pierre a une aventure avec elle. J'aime bien la description qui est faite de cette femme, femme qui affiche sa sensualité, sa beauté et qui, une fois dans l'intimité, se montre plus froide qu'un glaçon :
"Comment imaginer que la sensualité qui émanait d'elle en public s'éteignait à peine au lit?" (p 73)

J'ai souri à ce passage où Liane lit une lettre de Pierre. Elle est seule chez elle :
"Dans un miroir, elle trouva que l'air rêveur que lui avait donné la lecture de cette lettre siérait à son nouveau rôle, l'Eurydice d'Anouilh. Elle s'astreignit tout le jour à le garder." (p 97)

Le réseau est trahi par un homosexuel mal dans sa peau, Gérard Putois... Pierre échappe au massacre et est recueilli par Sophie de Vuissac. Ainsi commence la deuxième partie, Maison romaine...


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Re: Jeanne Cressanges

Message  Kashima le Jeu 11 Déc 2008 - 11:54

Une citation, comme ça, p 136 :

"L'amour d'une femme absout toutes les trahisons."

Et une autre, p 150 :
"Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé"", dit Montesquieu. Signe qu'il ne dut jamais connaître le malheur. (A suivre, très bientôt, sur un topic spécial).

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Pierre Benoit

Message  Kashima le Dim 14 Déc 2008 - 13:38

Comment faire plaisir à Ezéchiel?

Recueilli par Sophie de Vuissac, Pierre fait l'amour avec elle. Elle lui raconte son histoire dont il décide de faire un roman, La maison romaine, qui paraîtra en 1952 et qui occupe un chapitre.
Sophie parle de ses deux soeurs et de ses deux frères, de sa mère neurasthénique, de la passion qu'elle éprouve pour un ami de son père, le lieutenant Asan :

p 153 : "Le désir violent qu'il m'inspirait se para de tous les prestiges de l'amour. J'avais lu peu de livres de classe, mais beaucoup dans la bibliothèque de mon père : tout Pierre Benoit et Loti... Asan était mon Atlantide et mon Aziyadé"

La question du désir qu'elle peut inspirer chez l'homme est évoquée par Sophie. Tenant son domaine à bout de bras, elle a des allures de garçon. Asan la repousse par amitié pour son père, son cousin et mari Paul la laisse vierge :
"Paul niait mon corps et ses désirs." (p 171).


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Qui est Jeanne Cressanges?

Message  Kashima le Dim 14 Déc 2008 - 13:55

A la question "qui est Jeanne Cressanges", voici une petite compilation d'articles qui permettent d'en savoir plus sur sa vie:


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Née à Noyant (Allier) dans la ferme de ses grands-parents, Jeanne Mouchonnier passe son enfance à Saint-Sornin.
Son père étant absent souvent, en raison de son travail à la Compagnie des Chemins de Fer de Clermont-Ferrand, Jeanne est élevée par sa mère dont elle garde un souvenir éblouissant et qui n'a pu que l'aider dans sa vie de femme ultérieure, de par l'image d'affection et de tendresse données.
Son père plus âgé que son épouse, cette mère en paraît de fait beaucoup plus proche pour la petite fille :
"Quand j'étais petite, j'étais persuadée qu'elle était ma sœur... ".
Les travaux sont durs, sa mère venait souvent aider à la ferme chez ses parents, et la petite Jeanne ramassait les orties pour la pâtée aux cochons, les souvenirs d'enfance sont plus liés à la campagne qu'aux jours passés à Clermont-Ferrand.

Partagée entre l'établissement tenu par des religieuses qu'elle fréquente lorsqu'elle vit à Clermont-Ferrand et l'école communale de Saint-Sornin, " bougnate " pour les uns et " cul-terreuse " pour les autres, l'enfance se vit solitaire et partagée, en équilibre fragile et silencieux, Jeanne écrit ses premiers poèmes à l'âge de six ans.
"Solitaire, mais jamais je n'ai manqué d'amour et d'attention ", juste un sentiment de ne pas souvent être à sa place...

Son père fut nommé à Dijon, puis à Paris ; Jeanne entre en hypokhâgne.

Survint un évènement qui colore l'avenir de la jeune fille : sa tante, qui n'avait que six années de plus qu'elle, meurt en mettant au monde une petite fille. Jeanne bouleversé et sonnée, devient anorexique et interrompt ses études, les portes de l'Ecole Normale Supérieure se ferment.

"Comme toutes les personnes fragiles ", dit-elle, Jeanne est attirée par les travaux de Sigmund Freud et s'inscrit à l'école de formation pour devenir Conseillère du travail.

Après son mariage, elle suit son époux dans le Var, nommé Directeur de la Société Centrale Minière.
En pays inconnu de nouveau, sans travail, Jeanne se remet à l'écriture qu'elle avait abandonnée depuis la mort de sa jeune tante. Puis c'est Paris, Amiens où elle commence et termine son premier essai romanesque, envoyé sans succès immédiat ni réponse aux éditeurs ; en Juin 1958, une lettre signée de François Nourrissier l'invite pour un rendez-vous, et lui demande de rassembler tous ses écrits d'ici là...

Jeanne Cressanges, du nom de la commune voisine à son village natal, écrit "une chose " entre autobiographie et témoignage, ce qui lui vaut un malentendu avec Bernard Privat, et une comparaison relativement confuse avec Marguerite Duras. François Nourrissier édite ce qui sera son premier roman La Femme et le Manuscrit.
Le second manuscrit La Feuille de Bétel sera refusé en raison de son sujet.
Quant à François Nourrissier, il refusera La Chambre interdite, édité chez Julliard en 1969.

Lui est proposé d'entrer comme Lectrice chez Julliard, où elle publiera plusieurs romans. Jeanne Cressanges a du mal à suivre l'ambiance de ces maisons d'édition, elle en change souvent, et dit "compatir aux difficultés pour les jeunes auteurs d'émerger aujourd'hui, face à cette transformation quasi scandaleuse de l'univers éditorial".

"Mes romans sont peu lus ... Je ne suis pas une personne médiatique, même si j'écris beaucoup pour la radio, surtout des polars. Pourtant, ma vie a été remplie par l'écriture, elle m'a sauvée mais non comme une thérapie ".

Son parcours littéraire continue, mais son désir n'est pas d'écrire des romans historiques, plutôt s'approcher de la langue et de la syntaxe du 19ème siècle, plus naturel et intime pour elle ; Elle n'oublie pas le Bourbonnais, et de nombreux clins d'œil par épisodes inscrits dans ses romans résonnent du Pays.
Citons l'évocation du triptyque du Maître de Moulins dans Le Soleil des pierres paru en 2005 aux Editions du Cherche Midi, les artistes-luthiers de Jenzat dans Le Luthier de Mirecourt...

Jeanne Cressanges a cœur de parler de ces artistes : "J'aime parler de ce métier car travailler la pierre, c'est aussi travailler sur soi-même, et cela est valable pour tous les artisans d'art que ce soit l'écriture, la lutherie..." L'auteur souhaite ce livre comme un hommage aux artistes inconnus.

Aujourd'hui, Jeanne Cressanges continue son engagement, en lisant, conseillant de jeunes futurs auteurs, exigeante envers elle-même, elle souhaite leur apporter l'envie d'une écriture tenue et sincèrement littéraire.

Nous n'avons pas lors de cet entretien, évoqué l'engagement féminin et pas obligatoirement féministe de l'auteur, une prochaine rencontre serait la bienvenue pour parler de cette période où Jeanne Cressanges abandonne le roman pour se consacrer à des essais dont le thème est la femme, dont le premier fut La Vraie vie des femmes commence à 40 ans, édité chez Grasset en 1979.


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Jeanne Cressanges est à la fois scénariste-dialoguiste, essayiste et écrivain de littérature générale, mais profondément influencée par l'histoire moderne et contemporaine.
Contrairement à une mode récente qui voit nombre d'auteurs se piquer de refuser le romanesque, Jeanne Cressanges n'a cependant jamais oublié de raconter...


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Sophie et Estelle

Message  Kashima le Lun 15 Déc 2008 - 8:31

Je suis de plus en plus agréablement surprise, au fil de ma lecture. Le roman se concentre sur l'histoire d'amour de Pierre, revient sur le personnage de Sophie bien qu'il se soit marié entre temps à Estelle.

Pierre a quitté Sophie et Tibaucourt, le domaine dont elle s'occupe. Il a regagné Paris, il pense à elle et un jour, alors qu'il publie et dédicace La Maison romaine, livre inspiré de la vie de Sophie, il décide de le lui envoyer. J'ai lu ce passage avec beaucoup de plaisir, m'identifiant sans doute un peu trop :

"Il avait vécu cent fois cet instant où elle réapparaîtrait. Il l'imaginait chaque fois différente. (...) Se baigne-t-on deux fois dans le même fleuve? Cynique, il se répétait la pensée de Sainte-Beuve : "Mûrir! Mûrir! On durcit à certaines places, on pourrit à d'autres ; on ne mûrit pas." Sophie était son pourrissement." (229)

Ils se racontent chacun leur vie durant ces huit ans loin l'un de l'autre.


Un peu plus loin, on peut lire une explication du titre. La femme de Pierre, Estelle, entreprend de peindre les lames de tarot. Elle représente son mari sous la forme du pendu, la tête en bas. Elle baptise leur maison Les Etoiles :

"Quand Pierre lui demanda la raison, elle lui montra la lame de tarot qui représentait une jeune femme accroupie versant de l'eau, huit étoiles au-dessus d'elle. "L'eau, dit-elle, c'est le temps qui console de tout et nous fertilise." Dans le tableau d'Estelle, l'eau était rouge."
(253)


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L'amour dédoublé

Message  Kashima le Lun 15 Déc 2008 - 16:04

L'humeur triste, j'ai fini ce livre, l'histoire de la vie de Pierre et de son gâchis de l'amour.
Pour lui, la femme se dédouble, il voit à travers les autres celle qu'il aime, toujours à chercher la trace de ce qui pourrait lui manquer. Avec Sophie, il a peur de perdre sa liberté et perdra son seul véritable amour. Il voit dans Pauline, la fille d'Isabelle la Résistante, des reflets de Sophie ; Estelle, sa femme, ne peut lui suffire. Même Anne Durieux, double de Jeanne Cressanges à la fin du roman, lui rappelle Sophie.

Pierre n'a pas cessé de chercher des ressemblances chez les autres avec celle qu'il aime.
Les Eaux rouges, c'est le livre qu'écrit Pierre sur sa propre vie, son sang mêlé à celui de Sophie de Vuissac. Un dernier miroir d'elle sera celui de sa petite-fille, Sophie de Frivent, grâce à laquelle il retrouvera le goût d'écrire son "grand roman".


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Pasiphaé, Moreau (couverture du livre)


Livre sur l'amour et la guerre, ce roman est défini par Jeanne Cressanges elle-même à la page 327, où elle semble relater ce qu'on dit de son écriture :
"son premier roman (qui) n'est pas sans défauts mais se lit avec plaisir grâce à la vérité de ses personnages et à un style limpide. Rien de fabriqué en elle, ni dans son art."

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Mourir à Djerba, incipit

Message  Kashima le Mer 17 Déc 2008 - 14:13

Bien que j'aie abandonné Les Trois Naissances de Virginie, je vais commencer Mourir à Djerba. J'ai parcouru l'incipit dont le ton me plaît. Il est question des Lotophages, d'Homère, de l'Odyssée :


"L'homme est un insulaire en exil, qui garde la nostalgie des eaux calmes de l'amnios. C'est pourquoi les îles possèdent un attrait mystérieux : elles symbolisent le bonheur.(...)
On croit qu'il en est une qui a conservé jusqu'ici ses vertus et son pouvoir : "La terre des Lotophages, qui se nourrissent du fruit d'une fleur" et "tous ceux qui mangeaient de ce fruit ne voulaient pas s'en retourner", ainsi qu'Homère le fait dire à Ulysse. Djerba!"

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Faublas

Message  Kashima le Lun 22 Déc 2008 - 20:41

J'ai presque fini Mourir à Djerba.
J'ai juste remarqué, à la lecture de ce livre et des Eaux rouges, que Jeanne Cressanges fait souvent référence à Faublas.
J'avais acheté ce livre à mon retour de Portugal, au mois d'août, mais j'attendrai l'été prochain pour le lire pour m'y plonger en prenant tout mon temps.


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Quelques mots piochés sur Internet à propos des Amours du chevalier de Faublas :

"Roman-mémoires publié en trois parties de 1787 à 1790 par Jean-Baptiste Louvet de Couvray , roman libertin, il décrit, sur un rythme trépidant, les aventures amoureuses d’un jeune provincial installé dans la capitale avec son père et sa sœur.

Écrit dans un style très vivant, que Michel Delon a comparé à celui de Dumas, il comporte de nombreux épisodes comiques, même si la troisième partie est plus sombre et annonce le roman noir. Autre particularité importante du roman, le héros, qui a une beauté féminine, y est très souvent travesti."

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Mourir à Djerba

Message  Kashima le Mar 23 Déc 2008 - 11:50

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Le lotos, ce "fruit doux comme le miel"



Mourir à Djerba commence comme un livre policier : une femme est retrouvée morte sur le sable.
Karim Chedli enquête...
Si nous étions dans le policier pur et simple, je n'aurais pas été intéressée, je pense. Je n'ai pas encore beaucoup de goût pour ce genre. J'ai d'ailleurs craint cela dans la première partie, m'attendant à autre chose, et cette autre chose est arrivée : à travers les lettres que la morte, Solange, envoyait à sa psychologue à Paris, nous découvrons une femme plus complexe que sa vie en surface n'aurait pu le laisser paraître.
En effet, qu'apprenons-nous dans "Le plus beau des jours", la première partie? Qu'elle est mariée depuis douze ans à Georges, un peintre, qu'elle est belle et qu'elle plaît au patron de l'hôtel, le juif Moïse Neifar, et à un Allemand qui habite l'île, le réalisateur Franck Werner. Mais que faisait-elle à 3h du matin au Port des Pommes, cet endroit isolé, elle qui ne prenait jamais seule la voiture?


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Aux lettres qu'elle a écrites se mêlent ses conversations avec Werner, enregistrées au magnétophone, et le journal de bord de son mari Georges. C'est la deuxième partie, "Les Trois Miroirs" qui nous reflètent son image, cette image que son mari ne supporte pas de voir dans la glace où il voit une femme déformée...


Mourir à Djerba est le livre de l'oubli. Il s'ouvre sur la référence aux Lotophages et à l'amnios que l'homme regrettera toute sa vie, cette poche utérine où il était isolé et protégé.

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Les compagnons d'Ulysse ne veulent pas partir


Solange était un être qui cherchait à oublier le seul amour qu'elle avait eu, celui pour Jérôme. Elle vit dans ce souvenir, elle garde ce passé pour elle comme une enveloppe protectrice de la vie qu'elle a et qui ne la satisfait pas.

16 octobre (trois jours avant sa mort)
Gratter ma plaie la creuse et l'envenime. Je ne veux plus vous parler de Jérôme. Comment le pourrais-je, d'ailleurs? Il m'échappe. Devant Werner, je l'ai renié. Dans quel but? Qu'espérais-je dans mon désespoir? revivre? Pour qui? Pour quoi? Je n'ai existé que par lui. En le rayant de ma mémoire, je me nie. (175)


D'après ma lecture du début de La Part du Soleil, les héroïnes de Jeanne Cressanges sont souvent mal mariées, à des hommes enfants ou pères, des hommes qui les confinent dans un rôle autre que celui de femme, qui les privent de leur sensualité. Elles ont aussi, enfoui en elle, un amour idéal qu'elles ont perdu, qui a traversé leur vie de façon fulgurante pour les laisser dans le désespoir et la nostalgie.

1er octobre
J'avais emporté Salammbô, autre moyen de se promener dans Carthage... Quand je relus le chant d'amour de Matho : "Au-delà de Gabès, à vingt jours dans la mer, on rencontre une île couverte de poudre d'or, de verdure et d'oiseaux... L'air est si doux qu'il empêche de mourir..." Le conseil que m'avait donné la vieille de la zaïoua me revint : "Va à Djerba!" (72)


Djerba sera l'endroit de la guérison ou de l'oubli, l'île d'où l'on ne part pas.




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La Part du Soleil

Message  Kashima le Jeu 25 Déc 2008 - 19:19

Suzon est mariée avec Jean, un homme pour qui elle fait des recherches aux Archives à Paris, mais il ne la considère pas comme une femme. Elle s'est laissée prendre par sa jeunesse fougueuse qui s'est très vite éteinte. Elle a ensuite vécu la passion avec Gilbert, qui était "plus amoureux qu'il ne l'aimait".
Pour la première fois, elle décide de partir seule, sans Jean qui va encore une fois chez sa mère à St-Valéry, en Normandie. Elle lui demande l'autorisation, comme le ferait une petite fille à son père, de passer quelques jours au soleil, en Espagne, et de s'arrêter avant chez son amie Nicole.

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L'Alhambra


A la Buissonnière, elle se retrouve dans un groupe d'amis dont les métiers sont liés au cinéma. Là-bas, Frédéric, marié à Laurence, s'éprend d'elle. Elle est troublée, mais cela semble être un jeu pour ce couple au milieu duquel elle se retrouve :

"Laurence, Frédéric et moi, nous ne nous quittions plus guère. le lendemain, la danseuse (Laurence) m'avait attirée dans sa chambre (...). Frédéric nous y attendait à demi assoupi dans un fauteuil. Laurence fit glisser son pantalon, passa une tunique de soie verte. Je m'accroupis près d'elle, marquai de l'ongle le pli de l'étoffe en prenant attention de ne pas toucher ses jambes nues." (69)
Au moment des présentations entre Laurence et Suzon, Frédéric dit : "Je te préviens, je suis amoureux d'elle.
Elle me sourit.
- Nous allons être obligées de devenir amies. (...)Vous me direz, quand nous nous connaîtrons mieux, si, à votre sujet, je dois céder."
(63)

Suzon va entrer un temps dans "leur cercle magique" (64)

L'ambiguïté d'une homosexualité féminine, même si elle n'est jamais réalisée dans les livres de Jeanne Cressanges que j'ai lus jusque là, est souvent évoquée. Par exemple, en décrivant Henriette, "devenue une créature de Toulouse-Lautrec", elle dit d'elle qu'"elle plaisait aux femmes." (38)
Dans Mourir à Djerba, Solange avait l'habitude d'étreindre sa sœur comme une amante... Sophie, dans Les Eaux rouges, a un côté très masculin et grandit dans un monde de femmes.

Puis c'est le départ pour l'Espagne. C'est le moment pour Suzon de repenser à ses blessures d'amour, à sa vie... Elle prend avec elle en route un jeune homme de dix-huit ans, Vincent, qui veut toréer et désire la révolution.
Pour montrer son courage, il se bat sous les yeux de Carola. Se battre contre le taureau serait un moyen de la séduire. En sortant de l'arène, ce conseil :
"Quand un torero voit l'image d'une femme à la place du taureau, il est perdu!".

Ce roman met en lumière, peu à peu, le mal-être d'une femme qui ne vit pas la vie qui lui convient. Elle est enracinée en ville, avec un mari-père, alors qu'elle rêve de campagne et de passion.

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On sent comment l'Espagne et ce jeune Vincent vont lui donner le courage de quitter cette vie, et cela, à la dernière page, est filé dans la métaphore de la tauromachie :
"Vincent m'a appris qu'à un moment ou l'autre de sa vie il fallait, pour se sauver, se conduire comme un tueur, puis savourer sa joie en paix, en oubliant le sang qu'on a répandu sur le sable." (219)

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Le Luthier de Mirecourt

Message  Kashima le Lun 29 Déc 2008 - 19:49

J'abandonne au cinquième soir, je ne parviens pas à m'intéresser au récit de la vie de Denis Vintaume, le Luthier de Mirecourt, bien qu'il ait rencontré Voltaire et couché avec sa maîtresse, Melle du Châtelet...

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Re: Jeanne Cressanges

Message  Kashima le Ven 2 Jan 2009 - 12:19

100 pages d'Un amour de 48h...
Finalement, le premier que j'ai lu était mon préféré (Les Eaux rouges), les plus anciens, je pense.
J'attends toujours de recevoir l'essai sur les chagrins d'amour.

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La Chambre interdite, Jeanne Cressanges

Message  Kashima le Sam 4 Oct 2014 - 19:33

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J'ai eu envie de lire La Chambre interdite car est annoncée une histoire d'amour entre femmes. Plus exactement, Ysoline a quinze ans quand naît Sophie, petite fille issue d'un viol et que sa mère n'accepte pas très bien dès sa venue au monde. Au contraire, Ysoline, une voisine, s'éprend d'elle dès qu'elle voit le jour et sait que cette enfant comptera dans sa vie.
Ysoline n'a pas d'histoire d'amour, elle ne semble pas beaucoup être attirée par les garçons sauf qu'un soir, un résistant (on est en pleine seconde guerre mondiale dans le nord de la France, dans les marais d'Amiens), Renaud, frappe à sa porte. Ils passent quelques jours ensemble, ont une liaison puis il ne revient pas, car il est tué lors de sa mission.
Ysoline a vingt-six ans, elle est institutrice. La petite Sophie est sauvage, elle traîne beaucoup dans les marais avec son frère muet Guy qu'elle prend pour son amoureux. Dès son plus jeune âge, alors qu'Ysoline voudrait l'apprivoiser, Sophie est revêche et la rejette. Cette dernière fait même exprès de rater son examen d'entrer en sixième. Ysoline va donc profiter de cet échec pour attirer Sophie chez elle et l'avoir pour elle seule, en proposant à sa mère de la prendre comme bonne même s'il n'en sera rien dans la réalité.

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Au terme de la lecture, on se rend compte que c'est plus une histoire de folie qu'une histoire d'amour, et Jeanne Cressanges est bien parvenue à nous laisser croire que tout était possible, même si la petite n'avait que treize ans... Entre Folleville et le marais de la Folie, le terrain était préparé. La fin est brutale, comme dans une nouvelle. Au début, elle m'a surprise, voire déçue, et quelques minutes après, j'ai trouvé qu'il était utile de finir ainsi, si vite, et que ce n'était pas seulement une facilité. On peut tout de même le prendre ainsi, mais on comprend aussi ce qui peut se passer dans la tête de l'enfant lorsqu'elle découvre ce que cache la chambre interdite.
J'ai bien aimé l'ambiance des "rieux", une atmosphère de marécage et de fin du monde près d'une ville en ruines. J'ai moins aimé les passages où Sophie gambade avec Guy dans la campagne, sa présence était utile mais m'ennuyait un peu.
Dommage quand même (mais c'est l'époque) que la lesbienne soit toujours une folle qui crée son malheur ou celui des autres autour d'elle...


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Re: Jeanne Cressanges

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