Agota Kristof, entre Suisse et Hongrie

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Agota Kristof, entre Suisse et Hongrie

Message  Kashima le Lun 5 Juin 2017 - 20:24

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Autant le dire tout de suite : la quatrième de couverture est mensongère. Elle nous explique que nous lirons l'histoire de deux jumeaux durant la guerre, réfugiés pour un temps chez leur grand-mère maternelle, une Folcoche.
La grand-mère, surnommée la Sorcière car elle aurait empoisonné son mari, n'est pas si affreuse que cela. Même si elle les appelle "fils de chienne", on sent qu'elle s'attache à ces enfants, et qu'elle a davantage de rancœur contre sa fille qui l'a quittée pour la Grande Ville sans jamais lui donner de nouvelles que contre eux. On devine régulièrement sa fragilité et sa faiblesse.
Le livre est composé de courts chapitres qui correspondent à chaque fois à un épisode de la vie des deux garçons. L'ensemble est très sec, très cru. L'auteur donne d'ailleurs sa recette d'écriture dès la page 33 :

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Sècheresse d'écriture, donc, qui fait parfaitement comprendre qui sont ces deux garçons : ils se livrent à de multiples exercices (de la faim, de la souffrance...), s'endurcissent comme des orphelins. Ils sont même terrifiants de rudesse et d'insensibilité (mais, tout comme leur grand-mère qui passe pour une rustre, ils sont capables d'apporter à manger à des voisines misérables, dont l'affreuse Bec-de-lièvre, libidineuse et dégoûtante, dont on voit le premier coït dans le livre avec... un chien).

L'objectivité que s'imposent ces enfants rend le récit assez glaçant. L'espèce humaine n'en ressort pas grandie, entre l'officier qui aime se faire fouetter par les petits et la bonne du curé qui abuse de leurs corps enfantins...

Une des scènes les plus froides est celle où leur mère meurt sous leurs yeux, sous l'éclat d'une bombe, avec un nourrisson contre son sein. Et pire : les enfants, après avoir déterré son squelette et celui du bébé (dans des circonstances particulières) en font des pantins qu'on peut accrocher au mur ou aux portes.

Ce livre a fait parler de lui en 2000, avec "l'affaire d'Abbeville" : un professeur du collège Millevoye avait donné à lire ce texte à ses troisièmes...
Zoophilie, urophilie, fellations, etc. ne peuvent pas être mises entre les mains d'un public scolaire sans culture littéraire... Il faut un certain recul pour comprendre ce livre qui parait simple au premier abord, mais qui montre la banalité de l'homme. Le bizarre n'est pas d'emblée à la portée de tous.
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Kashima
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