Les rêves de Papini

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Les rêves de Papini

Message  Kashima le Mer 15 Juil 2015 - 19:46

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Avant de tomber sur ce livre qui, rien qu'à la couverture, attire, je ne connaissais pas Giovanni Papini. Je ne savais pas non plus que j'allais lire des nouvelles de cet auteur en ouvrant Le miroir qui fuit.
Dès les premières lignes, j'ai compris que ça allait être de la vraie littérature et que j'avais affaire à un héritier de Poe ou d'Hoffmann. Les histoires de ce livre abordent toutes un problème métaphysique : il est question du temps, du rêve, de l'être, de la mort... La narration, à la première personne, nous invite à partager la folie des personnages.
Voici, sans trop en dire, de quoi parle chacune de ces nouvelles :

Le miroir qui fuit

Dans une gare, deux hommes échangent quelques paroles. Le premier dit que les hommes sont fous de vivre pour un futur qui leur échappera toujours :

“Tout le prix de l'aujourd'hui est dans le demain, mais ce demain n'a de prix que par un autre demain, et cela jusqu'à la venue du dernier aujourd'hui, l'aujourd'hui définitif : ainsi, toute la vie ne se sera-t-elle écoulée qu'à seule fin de préparer, de jour en jour, d'heure en heure, de moment en moment, ce qui n'arrivera jamais.”

L'avenir ressemble à un miroir qui fuit.

Deux images dans une conque

Un homme revient sur les endroits de son passé. Alors qu'il se penche sur l'eau où il aimait se mirer, il voit derrière lui un visage qui n'est autre que lui-même quand il était jeune. Cet autre soi-même ne veut plus le quitter, mais il l'agace avec ses manières et ses passions. Comment a-t-il pu ressembler à cet homme?

Histoire totalement absurde

Un étrange individu vient frapper à la porte du narrateur. Il tient une petite mallette et lui dit que le livre qui est à l'intérieur est l'oeuvre de sa vie. Il propose de la lui lire et, s'il ne l'aime pas, il ira se tuer. Il se trouve que l'histoire est l'exacte relation de ce qu'a vécu et pensé toute sa vie celui qui l'écoute...

Une mort mentale

Le personnage de cette nouvelle refuse de se suicider. il trouve que tous les moyens sont sales. Il se prépare donc au meilleur suicide qui existe : la mort mentale.

La dernière visite du Gentleman malade

Ce gentleman a un aspect étrange. Pour ceux qui le voient, il ne semble pas de ce monde et pour cause : il est la création onirique de quelqu'un dont il ignore l'identité et n'existe que par son rêve.

“J'existe parce que quelqu'un me rêve : il est quelqu'un qui dort et rêve, et il me voit agir et vivre et remuer ; en ce moment précis, il rêve que je dis tout ce que je dis. Quand ce quelqu'un a commencé à rêver de moi, j'ai commencé à exister : il lui suffira de se réveiller pour que je cesse d'exister.”

“N'empêche qu'il me faudrait savoir qui est mon rêveur, de sorte que je puisse choisir le style de mon existence.”


Je ne veux plus être ce que je suis

Le narrateur explique combien cela lui est intolérable qu'il sera toujours lui-même toute sa vie.

Qui es-tu?

Un homme, habitué à être très entouré et recevant énormément de lettres chaque jour, se retrouve un matin sans aucun courrier dans sa boîte. Le lendemain, c'est la même chose. Très inquiet, il tente de voir avec la Poste qui le prend pour un fou. Mais très vite, il se rend compte que ses proches semblent ne plus le connaître non plus.

Le mendiant d'âmes

Un écrivain à court d'idées pour un soir décide de raconter la vie de l'homme le plus banal qu'il puisse trouver dans la rue à cette heure tardive.

Suicidé en lieu et place

L'homme va sur ses trente-trois ans, l'âge du Christ. Il prévient son ami qu'il va se suicider pour lui donner une chance de vivre mieux et de s'accomplir. Par le choc du suicide, il espère que celui-ci se rendra compte qu'il doit faire quelque chose de sa vie.

La journée non rendue

Une vieille princesse raconte à un jeune homme un secret qu'elle n'a jamais dit à personne : quand elle avait 22 ans, un père lui a acheté une année de jeunesse pour sa fille malade, en faisant la promesse de la lui rendre sous forme de jours ou de semaines...


J'ai aimé toutes ces histoires, même si ma préférence va à la dernière qui a un goût de conte, à celle de l'homme rêvé et du double envahissant. C'est vraiment une belle découverte!
Je vais lire Gog du même auteur.
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18881 - 1956 (auteur italien)

Kashima
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Gog, Papini

Message  Kashima le Lun 3 Aoû 2015 - 17:22

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“Pour moi, qui déteste les hommes en général, le simple aspect d'un anthropophage est réconfortant.”

Le livre commence dans un hôpital psychiatrique où séjourne un homme affreux, un milliardaire misanthrope qui a parcouru le monde : Gog. Ses notes ont été retrouvées et elles sont livrées au lecteur, sans être chronologiques. Seront indiqués à chaque fois le lieu et la date (mais pas l'année).
On a donc une suite de textes courts qui s'apparentent à des nouvelles, souvent à chute. Gog raconte ses rencontres des personnages éminents (Shaw, Freud, Gandhi, etc.) Il fait la connaissance de gens bizarres, dont un vendeur qui lui donne l'idée de se constituer une thanatotèque (faite d'objets confectionnés à partir de corps humains, de squelettes, de reliques...), un savant qui prône le retour de l'homme à la bestialité, un autre qui lui expose ce qu'est la FOM, une organisation qui se propose de déblayer l'humanité... Chaque histoire est empreinte de choses fantastiques, incongrues, et surtout pas bien pensantes.
Gog expérimentera ce qu'est "nager dans l'or", mais c'est détestable, selon lui : on étouffe! Il visitera les palais d'un curieux noble Espagnol (dont l'un renferme les corps immuables des ancêtres) ; il tentera de collectionner les Géants, les sosies des grands hommes, pour se rabattre sur une collection de cœurs de cochons, qui lui rappellent ceux des hommes. Il livre les rêves de Cosmocrator, à qui le monde ne suffit pas ; il plaint le bourreau à la retraite qui n'a plus que quelques bêtes à égorger depuis qu'il est au service de Gog ; un médecin lui conseillera de se soigner par le mal, car la santé est toujours louche. Il déplore la pédocratie, c'est-à-dire que l'esprit enfantin se soit emparé de toutes choses, ainsi que l'impudeur qu'ont les hommes à manger en public quand ils se cachent pour faire leurs besoins (tiens, tiens, Bunuel n'est pas loin...).
Même si certaines nouvelles sont un peu trop techniques ou philosophiques, le livre de Papini est d'une grande originalité et très bien écrit. C'est un drôle de voyage, loin des conventions. Dommage que la dernière ligne soit d'un optimisme qui contredit l'ensemble... Je ne l'aurais pas gardé pour la fin. Maldoror aurait agi autrement.

Pour finir, l'édition parue chez Attila, illustrée par Rémi, est belle. Un petit dessin, à chaque fois, entame les histoires.

Extraits :


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“Mais ce que je hais le plus férocement, c'est le ciel supérieur, le firmament. Je supporte encore, pour son utilité, le soleil, cette brute à la face de feu couverte de pustules, mais la nuit, les étoiles!…”

“On peut, sans trop de peine, obtenir une notoriété momentanée, au moyen d'une extravagance quelconque, stupide ou ingénieuse, mais ce n'est pas ce que je cherche : je voudrais la gloire à l'ancienne mode, celle qu on appréciera toujours, celle d'un David, d'un Socrate, d'un Newton, d'un Napoléon.”

“En tant qu'apologiste du Divin Silence, je devrais me taire. Mais on ne peut se taire que devant ceux qu'on connaît depuis longtemps - et qu'on aime.”

“Il n'y a vraiment de merveilleux, pour moi, que ce qui est inachevé ou en voie de destruction ; et l'odeur de la mort est un élixir puissant pour qui sait qu'il faudra mourir.”

“Qui tue ses semblables est tué par les Poux.”

“Mais quand on ne peut se faire Démiurge, la carrière de Démon est la seule qui ne déshonore pas un homme parvenu à dominer la masse.”



Dans cette histoire, le port du masque est recommandé car l'homme devrait caché ce qu'il a de plus intime : son visage.

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Kashima
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