Le monde désert

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Le monde désert

Message  Kashima le Lun 25 Mai 2015 - 19:03

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Parfois, rien que des titres font rêver. Aventure de Catherine Crachat m'a fait ouvrir mon premier Pierre Jean Jouve, qu'on trouve aujourd'hui sous les titres Hécate et Vagadu. Quelle narration étrange et poétique, dont on retrouve les effets dans Le Monde désert. Ce genre de livre permet de dire que l'histoire est secondaire, même si elle est présente. C'est la littérature. Difficile à définir quand on est dans la tête des personnages. Jacques, le fils d'Isaac de Todi, un pasteur de Genève, part faire du ski nu. La fièvre lui fait dire, confusément, qu'il aime la compagnie des garçons, ce qu'entend son ami Luc. Leur amitié vaut sans doute moins, se dit-il, que l'attirance de Jacques pour Manuel. Raconté en quelques lignes, cela ne rend rien du tout du livre à la langue poétique. Jacques est un exalté, un idéaliste, qu'on imagine dans la confrontation avec son père, vu la rigueur protestante. Je ne peux m'empêcher à penser à Gide, même si le style n'a rien à voir.

Luc est écrivain, poète ; Jacques peint. L'art est défini ainsi par un des personnages (Baladine, voir ci-dessous) :

“Il faut sauver ces larmes-là dans une région très élevée, supérieure!”

Voici quelques extraits pour se rendre compte de cette langue intrigante :


“Nous les enfants des cavernes nous serons les adorateurs du Soleil.”

“O Toi que j'adore et qui es venue à moi dans l'eau, qui t'es ainsi révélée pendant tant de soirs, ou qui restes voilée sous les profondeurs, tu es bien plus inouïe encore que cette tante italienne que j'aime cependant parce que sa vie fut extraordinaire”

(Jacques est amoureux de l'image lointaine d'une tante italienne).

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“Les êtres qui ont parfaitement souffert l'un part l'autre, ils connaissent tant de façons d'être malheureux et tant de manières de revenir pour se retrouver, c'est indissoluble.”

“Il existe en moi un trouble, je vais vous dire : c'est un état d'ennui qui se trouve comme endormi en dessous de tout ce que j'éprouve, et ce vide, ce désert se résument dans la parole “pas d'importance” que je dis malgré moi vingt fois par jour.”

“Moi je sais être heureux comme personne au monde. Nuages des soucis, mauvais rêves, je tourne la tête et c'est fini. Il me suffit à moi d'une matinée d'été. Le ciel. La terre. Le vent. L'odeur. Le sol. Le jour.”

Après un court séjour chez un artiste suisse, un sculpteur, Jacques fait une crise et s'enfuit. On le retrouve auprès de Baladine, qui était une amie, une Russe divorcée qui l'aime passionnément et est prête à vivre avec lui même si son désir se porte sur les hommes.

“J'étais éprise. J'étais éprise d'une beauté idéale de lui plutôt que de lui-même.”

Il ne lutte pas contre ses penchants homosexuels malgré sa vie avec elle.
Bientôt va se former un trio amoureux : Baladine et le meilleur ami de Jacques, Luc Pascal, se désirent.


“Tiens, une Russe quand elle se met à rire montre une jolie tête de mort.”

“Il est remarquablement stupide d'avoir appelé “belle” une créature de cette espèce, aussi forte qu'une statue et dont l'âme répand une clarté perverse…”


La langue est belle, l'écriture nous atteint par impressions. Elle est quand même plus narrative que dans Vagadu qu'on finissait par lire comme un poème.
Ce roman m'a paru une revisite du mythe de Narcisse, non loin du lac de Genève.

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Kashima
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