Les Boutons dorés (1958)

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Les Boutons dorés (1958)

Message  Kashima le Sam 14 Mar 2015 - 10:14

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En 1958, Gallimard sort deux textes de Violette Leduc : La Vieille Fille et le Mort suivi des Boutons dorés. Au coeur de ces deux histoires, Clarisse et Clotilde, dont le point commun est la solitude. La première tient un bar-épicerie et couvera amoureusement, le temps d'une nuit, un mort... La seconde est une petite fille pas très heureuse dans sa famille.

"Pourquoi le jour ne se lève-t-il pas? Il ne peut pas. Il attend sous une tombe abandonnée."

Clotilde vit à la ferme. Son perd, qu'elle surnomme "la badine", l'oblige à l'accompagner dans la forêt. Il est garde-forestier. Elle ne l'aime pas et se réfugie souvent chez une voisine, Mme Relicat, qui fait penser à la bienveillante grand-mère de Violette, Fidéline.
Un jour qu'il est sous sa surveillance, le petit frère de Clotilde, Jean-Baptiste, meurt. Les objets ont plus de présence que les humains. D'ailleurs, quand elle quitte sa famille, c'est à eux qu'elle dit au revoir, au sablier, à la pendule, au calendrier...

​"Les forêts ne nous suivent pas jusqu'à l'intérieur des maisons."

A treize ans, elle travaille chez Irène Dassonville, devient la "petite bonne". Quand le colosse entre pour la première fois dans la pièce, il l'impressionne : c'est Mario, le mari d'Irène, un homme aux cheveux rouges et très grand, qui se montre gentil avec elle. Il lui montre même la pièce secrète où il cache sept épouvantails qu'il habille. Mais il dit qu'il n'aime pas les oiseaux. Cela ramène Clotilde à d'affreux souvenirs de campagne :

"Un jeune berger auvergnat était méchant. Qu'est-ce que cela veut dire auvergnat? Il a détruit un nombre incalculable de nids. J'ai sommeil. Il s'emparait d'une nichée, il enfonçait... J'ai sommeil... Une épine. J'ai sommeil... Dans le crâne de chaque petit oiseau. J'ai sommeil, j'ai sommeil. Le jeune berger les regardait. J'ai sommeil..."

Deux ans passent. Leur maison est triste mais Clotilde s'y plaît quand même. Malheureusement, comme elle est devenue une jeune fille, Irène la renvoie.

Clotilde arrive chez de nouveaux patrons, les Frazer. Elle y fait la connaissance de leur fils Georges qui tout de suite la protège et s'occupe d'elle. Clotilde a reçu plusieurs ordres à son arrivée chez eux, mais Georges s'y oppose. Il l'aide à nettoyer le grenier. Mais il lui apprend que, dans huit jours, il ne sera plus là, qu'il part travailler dans une usine. La première nuit, elle pense beaucoup à lui ; elle en tombe amoureuse :

“Dort-il? Qu’il parle en dormant. Les étoiles s’impatientent. Je ne peux pas penser à lui plus vite.”

Alors, il entre dans sa chambre et pose sur elle sa peau de mouton, ce qu'il a de plus cher. Ce geste enflamme Clotilde.
Elle ne sait pas ce qu'elle pourra lui donner en échange pour lui faire plaisir. Elle songe à ses boutons dorés.

Le lendemain matin, Mme Frazer ordonne que Clotilde aille chercher du pain. Georges s'oppose à cet ordre, comme à tous les autres. Voyant ce qui se trame, elle renvoie Clotilde.
De retour chez Mme Relicat, celle-ci se demande pourquoi elle revient si vite et surtout, où sont passés ses boutons dorés. Elle avoue qu'elle aime le fils Frazer, mais Mme Relicat lui dit qu'elle doit l'oublier et qu'il n'est pas pour elle.

“Clotilde reçut dans sa fossette le baiser du plus vigilant des anges.”

Clotilde a pris le train pour la ville, cette même ville où travaille Georges, désormais. Elle croise un conseiller-adjoint qui remarque sa tristesse :

“Reprenez deux cachous. Ça tient compagnie.”

Souvent, dans ce texte, les objets sont les seuls à qui l'on peut parler. Clotilde les regarde, les traite comme des personnes. Quand elle part de chez elle, au début, ce sont les objets qu'elle regarde et qu'elle quitte. Elle est embauchée à la ville chez les Rouly et s'occupe de leurs nombreux pigeons.
M. Rouly rend régulièrement visite à Angelina, une courtisane, avec la complicité de sa femme.

Un jour, Clotilde roule comme une folle à vélo pour rencontrer les "déments". Elle en entend parler depuis qu'elle est petite. Arrivée à l'asile, on lui dit que ce n'est pas le jour des visites... Alors, à la gare, elle cherche un train pour aller voir Georges. mais il n'y en aura un que cette nuit. Comme une "démente", elle s'allonge sur un banc et ne cesse de répéter "Georges est à Challettes, Georges est à Challettes...". Le livre se termine ainsi, sur ses sanglots et ses cris.

Clotilde restera toujours une fille issue de la campagne. Son amour pour Georges est impossible. Elle sera toujours une servante, elle sera toujours au service de... La vie que nous raconte Violette Leduc dans Les Boutons dorés est désespérante et vouée à la fatalité. C'est une vie de solitude, et Clotilde finira peut-être parmi les fous qui l'ont toujours intriguée, avec "leur marteau dans la tête".

Kashima
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