Daddy (Niki de Saint Phalle)

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Daddy (Niki de Saint Phalle)

Message  Kashima le Mar 23 Déc 2014 - 22:46


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Kashima
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Daddy (Niki de Saint Phalle)

Message  Kashima le Mer 24 Déc 2014 - 10:20

Dans la première partie, une femme arrive sur les lieux de son enfance. Elle ouvre un cercueil dans lequel repose un énorme phallus.

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Puis une jolie enfant et son père passent du temps ensemble dans les jardins du château, un castel provençal. Ils jouent à Colin-Maillard, ils sont bien tous les deux. Le père aime les oiseaux, il aime aussi sa fille, mais le malaise s'installe et au cours d'une partie de Blind Man, il abuse d'elle. Niki de Saint Phalle a parlé de cet inceste très tardivement, quand elle avait 64 ans. Ce film lui permet de régler ses comptes avec son père.

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Dans la 2e partie, la petite fille a grandi : le père, vieilli, est assis sur une chaise, enchaîné, les mains liés. Il doit assister à ce que lui montre sa fille qui se met en scène dans des postures incestueuses, jouant elle-même le rôle de son propre père avec une jeune fille blonde. Les scènes apparemment lesbiennes ne sont qu'une transposition de l'inceste.

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La mère est souvent présente : lors de la scène du thé où le père, à quatre pattes, est forcé d'aboyer s'il veut avoir quelque chose à manger, ou lors de celle de la mort où, avec sa fille, elles boivent en riant du champagne et chantent pour fêter le décès de l'homme incestueux.

De toutes les façons, Niki de Saint Phalle essaie de le tuer : en lui imposant le spectacle d'elle-même couchant avec la jeune fille ; en tirant sur ses plâtres et en faisant exploser la peinture ; en revêtant son rôle ; en le faisant accoucher, travesti en femme, de poupons désarticulés...

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Mais, dans l'épilogue, on comprend qu'elle a voulu chasser le monstre et qu'elle n'y parviendra jamais.

Atmosphère très étrange... Le film raconte les ravages psychologiques du viol, dans la métaphore. La parole est très présente, mais c'est Niki de Saint Phalle qui la monopolise. Le peu de fois où l'on entend parler la mère, c'est pour lui dire qu'elle doit se méfier des hommes.
Il date de 1972.

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Le traumatisme de Niki de Saint Phalle, par Katia Alibert :

Agnès dite Niki de Saint-Phalle a douze ans quand son père André de Saint-Phalle, descen­dant de la Montes­pan, l’aris­to­crate d’ori­gine française, banquier peu doué pour les affaires, vivo­tant à New York, marié à une Améri­caine mondaine, Jacque­line Harper abuse d'elle à plusieurs reprises pendant l’été 1942. La gamine se sent coupable, forcé­ment.

Grande, charis­ma­tique, fantasque, elle a dû atti­ser le désir de son père, coureur de jupons. Elle porte le poids de la faute, ne veut en parler à personne, de toute façon personne ne la croira. Elle voudrait empor­ter son secret dans sa tombe, s’en­toure d’une armada de couteaux, de ciseaux, rasoirs et autres armes blanches qu’elle cache sous son lit, refuse d’en parler aux psychiatres qui la soigne­ront pour dépres­sion nerveuse, dix ans plus tard. Plus jamais, se promet-elle, on ne la fera souf­frir, flan­cher, chan­ce­ler. Elle ne subira plus la domi­na­tion d’un homme. Elle a failli écla­ter en morceaux comme une sculp­ture en terre mal ancrée sur son socle. Elle sera indes­truc­tible, rebelle, indé­pen­dante.

Ce père adoré, elle le hait désor­mais. Aucun pardon possible. Elle déchi­rera ses lettres et refu­sera de le voir dès qu’elle quit­tera le nid fami­lial. En 1992, l’ar­tiste finit par briser l’in­ter­dit qu’elle s’est imposé et évoque pour la première fois le viol qu’elle a subi dans un livre confes­sion Mon secret, destiné à sa fille Laura. Les mots sont simples, directs, crus. « Mon père – il avait trente-cinq ans – glissa sa main dans ma culotte ». Ou encore : « Mon père […] avait mis son sexe dans ma bouche ». D’une écri­ture fine et enfan­tine, elle se libère et renoue avec son enfance malheu­reuse : « Pour la petite fille, le viol c’est la mort ». Elle ne se cache plus derrière sa légè­reté légen­daire, une forme de poli­tesse aris­to­cra­tique face à la violence de la vie.

Niki montre ses failles et impose une nouvelle lecture de ses pièces que l’on a long­temps canton­nées à un art ludique, facile d’ac­cès comme ses nanas, ses femmes aux formes épanouies, libres, domi­na­trices, en maillot de bain colo­rés. Faut-il voir alors dans ce viol l’acte fonda­teur de son œuvre ? « Niki serait même sans avoir subi cette agres­sion devenu une artiste. Depuis toute petite, elle voulait être célèbre. Elle portait en elle la volonté de développer son univers, un mélange de légendes, de croyances anciennes, d’ani­maux sauvages, de serpents, d’arai­gnées. Elle fut surtout une artiste enga­gée, contre la ségré­ga­tion raciale, les injus­tices, le sida, pour le droit des femmes ».

L’art la sauve de ses démons inté­rieurs, mieux que la psycha­na­lyse. « J’ai guéri très vite quand j’ai commencé à peindre », confesse-t-elle. Sans l’art, il y a long­temps que je serais morte, la tête écla­tée. Elle ira même jusqu’à faire saigner la pein­ture, en tirant à la cara­bine sur ses toiles et en criblant de balles des poches de couleur. Le père est mort, vive la créa­tion, semblait-elle hurler ainsi. Un moment d’exal­ta­tion intense, jubi­la­toire. En peignant et sculp­tant, elle a exploré les méandres de son âme et a fini par se trou­ver. Niki ou l’his­toire d’une nana impres­sion­nante.
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Kashima
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