L'affamée (1948)

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L'affamée (1948)

Message  Kashima le Ven 23 Mai 2014 - 17:01

“J’ai lu L’Affamée. C’est ce que vous avez écrit de plus beau, de plus fort. Mais je ne m’attendais pas à être l’objet de tant d’amour.
—  
Simone de Beauvoir à Violette Leduc

Violette de Martin Provost

Sur la 4e de couverture, il est écrit que "l'Affamée est la description de l'Amour". On n'en saura pas plus à moins d'ouvrir le livre.
L'écriture est très simple, très rapide, les phrases sont courtes, et elle contient une fulgurance poétique. Le manque, l'obsession, l'amour et la souffrance tendent le style de Violette Leduc.
Sans la nommer, elle aime, elle attend sans cesse une femme (on sait que cette femme est Simone de Beauvoir). Elle attend les moments où elle la rencontre au café, elle redoute ses départs. Le manque d'elle est atroce, elle attend quelque chose qui n'arrivera jamais. C'est un amour fou, torturant, obsédant, irréalisé.

L'attente est insupportable, on la ressent physiquement avec elle :

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Comment se faire aimer...?

“Mendier autre chose que l’argent est impossible.”

“Devenir exceptionnelle pour la retenir un peu. On a piqué des ailes à mes efforts quand je la quitte.”

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Les images sont fortes et souvent brutales. Elle se souvient des truites qu'elle a cuisinées un jour et qui font maintenant partie d'elle ; elle pense à l'animal qu'on enferme dans un sac pour le noyer, sa douleur est à l'identique de la pierre qui fera couler ce sac au fond de l'eau...

“Quand j’ai été lâche avec quelqu’un, je souhaite le faire assassiner avec tout son entourage.”

Exemple de la beauté fulgurante de certaines phrases :

“J’entends encore le chat-huant qui chahute le silence.”


Lorsqu'elle la rencontre, la douleur de l’absence s'envole et n'a jamais existé, c'est une douleur qu'on oublie aussitôt :

“Je ne rêve plus car elle est là. Son arrivée est prestigieuse. Son absence n’a jamais eu lieu. Elle est là.”


L'amour ne se raisonne pas :

“J’appartiens, malgré moi, à la race inutile des glaciers.”

“Qu’est-ce que tu veux, larve du renoncement? Prépare-toi : la dalle lourde va retomber sur ton estomac.”


Son manque s'exprime en ces mots :

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Un jour, "elle" lui annonce son départ qui durera trois mois. La douleur est intenable, Violette ressent profondément le manque déjà et elle ne sait comment le faire taire. Elle se noie dans le monde d'un café, elle essaie de se laisser happer par ce qu'elle voit, par les bruits, la foule, mais toujours, en une phrase, "Madame" revient dans sa tête :

“Je ne peux pas l’empêcher de partir. Je ne serai jamais le caillou dans sa chaussure.”

“Je désire la salive de celle qui partira.”

“Elle partira. Dans ma tête se refait une aurore de condamné à mort.”


Simone de Beauvoir va la revoir avant son départ. Elle lui donne rendez-vous pour le déjeuner, mais Violette pense déjà à l'absence :

“Elle est là,  j’ai le frisson initial des concerts symphoniques.”

“Mais les hosties sont des étoiles sur le front des fous.”

“Pendant que j’écoute l’heure et le jour du rendez-vous, c’est cosmique tellement c’est important.”

“Elle dit : “Nous déjeunerons ensemble.” Déjeuner ensemble est une punition. Je veux dîner avec elle, c’est plus long.”

“Monstre, elle a les mêmes besoins que toi mais elle les a ailleurs.”

“Pendant qu’elle secouait mon bras, j’étais la souris qui tombe dans la petite tombe creusée sa mesure.”

“Elle est dans ma ville mais la voici au-delà de l’absence.”



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“C’est difficile d’abréger volontairement sa présence.”

“Quand je lui téléphone, elle continue de m’intimider. Elle déclare l’heure de notre rencontre et l’heure se noie. Je n’ose pas redemander. Le jour de la rencontre, l’heure est devenue un mythe.”

“Je danse une danse de derviche tourneur qui signifie qu’elle est heureuse.”


Et la dernière phrase du roman :

“Aimer est difficile mais l’amour est une grâce.”

Un livre sublime et qui est écrit avec le ventre.


Kashima
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L'Affamée

Message  Kashima le Dim 1 Mar 2015 - 18:04

“Quand on regarde le visage de celle qui lit dans un café, quand on l’admire, j’ai une gorgée de liqueur d’Izarra dans la bouche.”

Kashima
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L'Affamée

Message  Kashima le Sam 7 Mar 2015 - 13:49

“Ne tends plus les bras à l’amitié. N’ouvre plus la bouche. Tu le sais, personne n’a besoin de toi, ou bien crève-toi les yeux. (…) Je ne rattraperai pas le genre humain.”

Kashima
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Epinards

Message  Kashima le Sam 7 Mar 2015 - 14:13

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Re: L'affamée (1948)

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