Sanary-sur-Mer, “La Capitale de la Littérature Allemande“

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Sanary-sur-Mer, “La Capitale de la Littérature Allemande“

Message  Invité le Sam 19 Oct 2013 - 23:05


Bertolt Brecht et  Lion Feuchtwanger à Sanary-sur-Mer

Sanary-sur-Mer vue par les exilés de langue allemande 1933-1942:
“La Capitale de la Littérature Allemande“
A quoi pense-t-on, si on entend “la capitale de la littérature allemande“? Quelles associations nous viennent-elles à l’esprit? Peut-être Berlin? Ou à la limite Hambourg, Francfort ou Munich? On pourrait le supposer! Mais l’écrivain allemand Ludwig Marcuse n’a pensé à aucune de ces villes cosmopolites quand il a lancé cette expression. Dans son autobiographie “Mon vingtième siècle“, il entend par “la capitale de la littérature allemande“ Sanary-sur-Mer, un tranquille village français au bord de la Méditerranée. Pourquoi sont-ils venus ici? A l’époque où Ludwig Marcuse vivait à Sanary-sur-Mer, c’est-à-dire entre 1933 et 1939 – il n’y résidait pas seulement des Français.
Entre 1933 et 1942, plus de cinquante intellectuels allemands et autrichiens - la plupart d'entre eux des écrivains très connus - y cherchaient refuge, quelques uns restaient seulement plusieurs semaines, d'autres des années. La plupart d’entre eux étaient des exilés qui avaient fui le régime nazi en Allemagne, parce qu’ils étaient poursuivis pour des raisons politiques ou religieuses. Parmi eux se trouvaient par exemple Bertolt Brecht ,Lion Feuchtwanger, Alfred Kantorowicz , toute la famille du prix Nobel Thomas Mann, Ludwig Marcuse, Franz Werfel et Arnold Zweig, pour n’en citer que quelques-uns.




Les intellectuels allemands exilés à Sanary:

"Plutôt que de frémir et de s'attrister de la mort de cet homme, mieux aurait valu frémir et s'attrister de sa vie." (Takeda Rintarô, Ningen)
En mai 1933, trois mois après l'accession d'Adolph Hitler au pouvoir, une campagne de destruction de la littérature "d'esprit non allemand" allume de nombreux bûchers dans tout le pays. Des milliers d'oeuvres disparaissent. De nombreux auteurs, dont plusieurs de tout premier plan dans la littérature allemande et mondiale, prennent le chemin de l'exil, craignant alors pour leur liberté, parfois même pour leur vie... Il en sera de même pour une quantité d'artistes peintres et musiciens. Beaucoup choisissent de s'expatrier vers la France. Certains, pour fuir la cherté des grandes villes, optent pour les petits villages comme Sanary. Cette destination est encouragée par la présence de Thomas Mann, prix Nobel de littérature qui y a élu domicile avec ses enfants Klaus et Erika, sur les conseils de Jean Cocteau. Grâce à sa fortune personnelle, il servira à tous ces artistes en exil de point d'accueil. Deux autres familles allemandes fréquentent Sanary depuis plusieurs années : le chanteur d'opéra Wilhem Ulmer et son épouse qui vivent à la Villa Bellevue en haut du quartier des Picotières et le peintre Anton Raderscheidt et Ilse Salberg qui font construire la Villa Le Patio dans le quartier de la Cride et où ils ouvriront un restaurant. Ils seront plus tard internés dans le Camp des Milles près d'Aix-en-Provence.

L'écrivain allemand qui vécut le plus longtemps à Sanary fut sans doute Lion Feuchtwanger. Il y passe plus de sept années avec sa femme. Après un court séjour à l'hôtel de la Réserve à Bandol, ils viennent s'installer à Beaucours à la villa Lazare, qu'occupait jusque-là le peintre Lou Albert-Lazard, ami de Rainer Maria Rilke dont elle traduit quelques-unes une de ses oeuvres. Ils louent ensuite la Villa " Valmer " à la Cride. Lion Feuchtwanger sera lui aussi interné au camp des Milles où il écrira Le diable en France, œuvre critique de l'administration de Vichy.
Autour de Thomas Mann et de Lion Feuchtwanger viennent se regrouper de nouveaux exilés : René Schikele, écrivain alsacien, Julius Meier-Grafe, historien d'art installé à St Cyr, Ernest Bloch, Hermann Kesten, Arthur Koestler, Franz Werfel et son épouse Alma, Ludwig Marcuse, Bruno Frank, Alfred Kantorowitz, le critique de théâtre Kerr, Annette Kolb et Berthold Brecht.



Certains viennent à Sanary quelques semaines, d'autres des mois, d'autres encore des années mais tous gardent le regard tourné vers l'Allemagne. Ils se retrouvent dans les cafés du port, le Nautique et la Marine. Hermann Kesten s'en inspirera pour son livre Le poète du café :
"Lorsqu'on vit en exil, le café devient à la fois la maison familiale et la patrie, l'église et le parlement, un désert et un lieu de pèlerinage, le berceau des illusions et le cimetière ... En exil, le café devient l'endroit unique où la vie continue ... "
C'est là que Berthold Brecht chante à la guitare des poèmes à l'encontre de Goebbels et Hitler. C'est là également que Fritz Lanshoff recrute en 1933 des auteurs pour sa nouvelle maison d'édition Quérido (Heinrich Mann, Lion Feuchtwanger, Ernst Toller et Arnold Zweig).
Un autre écrivain célèbre, Wilhem Herzog, en France depuis 1906, s'installe à Sanary dans la Villa Roge, rue de la Prudhommie. Interné en mai 1940 au Camp des Milles, il réussit à s'enfuir avant l'arrivée des troupes allemandes. Il écrit des biographies de Barthou et de Clémenceau et des ouvrages littéraires sur La Bruyère, Balzac, Daudet et Stendhal.

Que reste-t-il aujourd'hui des maisons habitées par les exilés allemands ? - La Ville Roge est toujours visible, rue de la Prudhommie. - La Villa Tranquille située à l'extrémité du chemin de la Colline a abrité Thomas Mann. Elle est détruite quelques temps après par les soldats allemands qui avaient fortifié la Pointe Rouge. - La Villa Valmer occupée par les époux Feuchtwanger existe toujours. C'est là qu'est écrit en 1933, le roman Die Geschwister Oppermann qui remporte un immense succès.
Le Moulin Gris qui a abrité Franz et Alma Malher se trouve au début du chemin de la Colline en face de la Chapelle de Notre Dame de Pitié.
- Derrière la Chapelle, un petit chemin rejoint le boulevard de Portissol et passe devant la Villa autrefois Mas de Carreirade où est mort Franz Hessel en 1941. - La Villa Kerr Colette, située sur le boulevard Raphaël Boyer où a séjourné Lola Sernau, secrétaire de Lion Feuchtwanger.

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